Nous sommes à l’image du Très-Haut
Et vice versa.
Alors comme nous, le Très-Haut se sent parfois morose,
Lui, en regardant en bas,
Nous, en regardant en haut.
Un jour, le Très-haut en pensant à autre chose,
(Il a tellement de choses à penser)
Mit Son Auguste Doigt dans le ciel d’un bleu profond,
L’agita distraitement comme on remue son café
Et fut surpris de créer un céleste tourbillon
De grosses volutes d’azur attristé.
En voyant ce qu’Il avait créé contre Sa Volonté,
Il voulut compléter le tableau
Et demanda à un peintre un peu fou
De mettre une église dessous.
Le peintre qui ne vendait aucun tableau,
Accepta par désespoir cette proposition,
Mais ne se faisait aucune illusion,
Le Très-Haut ne s’abaisserait pas à payer son tableau.
En plus, Il voulait quelque chose de grand et de beau :
Une basilique ou une cathédrale,
Et le peintre qui n’en faisait qu’à sa folle tête,
Fit une église de guingois, toute bancale,
Avec une modeste paysanne à cornette.
Bien sûr, le Très-Haut n’était pas contre la modestie.
Un instant décontenancé par le peintre un peu fou,
Dans Sa Grande Bonté impitoyable, Il ne l’a pas puni.
Il lui avait déjà tiré l’oreille dans un accès de courroux
Et le Tout-Puissant ne connaissant pas Sa Puissance,
Le pavillon de l’oreille était resté dans Sa Divine Main,
Avant d’échouer dans celle profane d’une prostituée.
Il y a vraiment des gens qui n’ont pas de chance,
Même quand on est un peintre divin.
Alors le Très-Haut, dans Sa Grande Bonté
Permit au peintre un peu fou de se suicider
Devant une toile inachevée
Dans un beau champ de blé.
Paul Obraska
Vincent Van Gogh « L’église à Auvers »