La sémantique du « politiquement correct » va parfois, à mon avis, à l’encontre même du but recherché. J’ai relevé deux expressions (mais il y en a bien d’autres) dont je ne connais pas les auteurs imaginatifs, véhiculées par les médias, et qu’ils imposent petit à petit dans le langage courant. Ce sont des circonlocutions hypocrites qui cherchent à remplacer des termes simples et clairs et qui n’ont rien d’honteux, alors que vouloir les exprimer de façon indirecte rend justement honteux ce qu’ils signifient.
L’expression « issu de la diversité » couramment employée n’a aucun sens et est plutôt ridicule. On ne peut être issu que de sa mère et j’ai entendu un acteur dire avec bon sens qu’il n’était pas issu de la diversité mais de la Courneuve. Même si l’on accepte cette expression, nous faisons tous partie de la diversité. Mais voilà, la diversité est le plus souvent réservée aux citoyens noirs, à un moindre degré à ceux d’origine arabe et pratiquement pas aux jaunes. Pourquoi ? Serait-il honteux de dire « noir » ? « Issu de la diversité » est ainsi une expression discriminatoire, voire raciste pour éviter de prononcer le mot « noir » et que l’on traduit à la rigueur par « black ». Et pourquoi ce concept de « diversité » puisqu’il s’agit tous de citoyens français ? Pourquoi les différencier et les mettre à part ? Pour les promouvoir ? S’ils ne peuvent pas se promouvoir seuls, c’est que là est le problème.
Et que dire des « minorités visibles ». Un noir serait-il donc visible et un blanc invisible ? Pourquoi ne pas considérer qu’une personne dont la peau est noire ou sombre n’a qu’une différence de pigmentation comme peut l’avoir un roux et ne pas s’en préoccuper. Cette « visibilité » souligne une différence portant sur des caractères physiques : vous n’êtes pas comme nous, vous êtes « visibles ».
Voilà comment le « politiquement correct » devient incorrect, car il exprime une réticence hypocrite. Cette hypocrisie nuisible chargée d’arrière-pensées qui conduit à ne pas exprimer les choses telles qu’elles sont, à ne pas aborder les problèmes tels qu’ils sont, à les effleurer de la langue, en les masquant plutôt que de les résoudre. Un citoyen doit être considéré comme tel, avec ses droits et ses devoirs et n’être jugé que sur sa personnalité, quels que soient son aspect physique ou ses origines, sans passer par ces circonlocutions acrobatiques qui, en voulant les masquer, mettent au contraire en exergue d’éventuelles différences par rapport à l’ensemble de la population et qui devraient n’avoir aucune importance.

Magritte : « Les deux mystères »