J'aime beaucoup (je ne suis pas le seul) l'expression : « éléments de langage » qui a un touchant petit côté d’école maternelle. On voit très bien le maître des politiciens dire : « et tous ensemble, répétez après moi, et je ne veux entendre qu'une seule voix ! ».
Alors on les entend tous ânonner dans le poste sans image, dans le poste avec image, dans les papiers à encre, sur les réseaux à pensées squelettiques, les mêmes âneries avec, dans leurs yeux tristes de chien battu et dans leur voix qui s'étrangle, la nette sensation qu'ils dégorgent ces éléments élémentaires pour faire plaisir au maître, pour faire comme les autres, pour conserver leur maroquin et leur circonscription, mais sans y croire vraiment. Car ce sont des gens qui, pour la plupart, ont fait de longues études et sont en possession de beaux diplômes, il arrive donc aussi qu'ils réfléchissent par eux-mêmes, mais ils savent que c'est plutôt mal vu en haut lieu, surtout si cette réflexion conduit à s'exprimer tout seul en sortant du langage élémentaire tracé par leur maître et une brochette grillée de conseillers et de communicants.
Mr Copé croyait-il vraiment que de dire que le nombre de votants à la primaire socialiste était minable par rapport à la population française (et pourquoi pas mondiale) aurait un impact quelconque ? Sinon celui de le rendre ridicule, d'autant plus qu'il est bien possible que cet élément démographique soit de son propre cru (comme quoi les initiatives peuvent s'avérer dangereuses).
Et l’on sent poindre un autre élément de langage de la majorité : dire que ce qui va arriver dès à présent sur le plan économique, comme la dégradation éventuelle de la note de la France par les agences de notation, sera de la responsabilité de François Hollande, dont l'élection comme candidat socialiste aux prochaines présidentielles bouleverse et effraie le monde, alors que celui-ci voit en Sarkozy le seul sauveur possible de l'équilibre universel après avoir tenu à bout de bras et avec les dents l'économie française pendant quatre ans. Elémentaire, mon cher Watson !
Dessin paru dans le Canard Enchaîné du 19/10/11