Un an après la tuerie qui a décimé sa rédaction, « Charlie » sort une couverture accusatrice : « l’assassin court toujours ». Tout le monde a reconnu le personnage ensanglanté qui s’enfuit : Dieu.
Chacun l’a reconnu et pourtant personne ne l’a jamais vu. Même pas les prophètes à l’origine des religions monothéistes. Moïse l’a entendu mais n’a vu qu’un buisson, Mahomet n’a eu à faire qu’à un intermédiaire : l’ange Gabriel, cependant les premiers chrétiens ont vu son fils, on peut donc supposer que le fils ressemble à son père, mais ce n’est qu’une supposition.
Je voudrais ici intercéder en faveur de Dieu : il n’est responsable de rien.
Absolument rien.
Ce sont ses adorateurs qui se permettent de parler et d’agir en son nom, une usurpation qui frise le blasphème.
Bien qu’il n’existe pour les religions monothéiste qu’un seul Dieu (et encore), tout le monde a reconnu dans ce personnage en fuite (et apparemment terrorisé) le Dieu des chrétiens*. Pourtant l’enquête a conclu à un non-lieu pour ce qui le concerne s’agissant des crimes récents perpétrés au nom de la religion, et ce malgré ses antécédents lointains. A cela je vois deux raisons :
La première est que la seule représentation de Dieu est chrétienne sous l’aspect d’un vieillard puissant, sévère et barbu. Les juifs et les musulmans ne le représentent jamais, et si les musulmans ne cessent pas de prononcer son nom, et trop souvent juste avant de tuer (et le fait de le flatter en disant qu’il est grand, ne change rien à l’affaire), les juifs s’interdisent par respect de le prononcer.
La seconde est que n’ayant aucune image crédible d’Allah, le journal a préféré représenter le Dieu des chrétiens devenu beaucoup plus pacifique que celui des musulmans plutôt que Mahomet, qui n’était pourtant qu’un homme avec ses travers, mais dont les adorateurs ont une susceptibilité proche de la paranoïa, ce qui aurait pu mettre en danger les rescapés de la tuerie du 7 janvier 2015.
Cela montre que les assassins décérébrés ont gagné, et que la liberté d’expression est entamée par l’autocensure de la peur.
Le siècle des Lumières est bien éteint et n'est pas prêt de se rallumer.
* A noter que le triangle avec un oeil central qui sert de couvre-chef à ce personnage est aussi bien un symbole de la franc-maçonnerie que de la Trinité chrétienne