Le jardin de plantes de Paris n'est pas un jardin mais pour l'essentiel une vaste pelouse, et les plantes exubérantes sont confinées à l'étroit dans des serres.
Le paradoxe de la galerie de l'évolution est que pour montrer la fabuleuse histoire de la vie sur Terre, elle ne peut exposer que des êtres inanimés et morts, animaux imités ou empaillés ou des squelettes monstrueux, armatures ajourées enfermant le souvenir des entrailles. Et pourtant ces milliers de spécimens, du plus minuscule au plus gigantesque, donnent une idée du prodigieux élan vital qu'il a fallu pour créer cette profusion de formes, ce festival de couleurs, ce foisonnement d'organismes qui semblent sortis d'une imagination délirante mais qui fonctionnent ou qui ont fonctionné, en inventant des solutions pour survivre auxquelles l'intelligence humaine n'aurait même pas pensées. Créations lentes, générations après générations, de trouvailles pour se défendre contre les autres, puisque la vie pour vivre dévore la vie. Des innovations impensables, inattendues, bizarres, pour ne pas dire ridicules, comme celle du requin-scie ou du poisson-scie, la tête armée d'un long pieu hérissé de denticules acérés sur chacun de ses bords. On reste stupéfait que l'évolution ait pu ainsi inventer tant de choses et retenir l'innovation adéquate pour les générations suivantes. Hallucinant.

Une horde d'animaux les plus divers, menée par un éléphant, semble se déplacer au milieu de la grande salle, évoquant la horde des animaux imaginaires, menée par un mammouth, et fuyant les catastrophes naturelles des films d'animation de « L'âge de glace ».
Cette photo sombre – et elle peut l'être - montre l'entrée d'une galerie particulière, celle des espèces disparues ou en voie de disparition. C'est une galerie de fantômes. Certains de ces disparus étaient magnifiques comme le tigre de Chine. On défile comme dans un cimetière en regardant les épitaphes d'une dramatique simplicité : « Untel, en voie de disparition » ou « Untel, espèce éteinte » et comme l'a dit un de mes petits-fils qui nous accompagnait : « éteinte. Un point c'est tout. Poignant... ». Mais toutes les espèces sont destinées à se transformer et à disparaître (mais l’homme a maintenant sa part de responsabilité). A force de les voir passer, la Terre ne reconnaît plus les siens.
En sortant, un peu d'optimisme en voyant les nuages blancs colorés en rose par la verrière d'une serre.