A l’exception des orchestres et des chœurs, le degré d’intelligence est inversement proportionnel au nombre de cerveaux réunis. Or les réseaux sociaux ont permis de constituer des foules considérables où les individus sont liés virtuellement, avec le risque d’une atrophie cérébrale. Leur clameur anonyme est assourdissante, bien qu’inaudible, et leur force de lynchage, meurtrière, bien qu’impalpable. Le dessin ci-contre est de Jiho, c’est un dessinateur que j’apprécie. Il est le plus souvent politiquement incorrect et ses dessins, parfois cruels, résument en peu de traits et en peu de mots des situations complexes. Celui-ci illustre un petit article sur Spinoza paru dans Marianne du 17 novembre dernier. Ce philosophe avait en son temps privilégié la raison sur les croyances, et il fut de ce fait rejeté par la communauté juive à laquelle il appartenait. Les réseaux sociaux privilégient, comme à l’époque de Spinoza, les croyances sur la raison, les complots sur la vérité ou si la vérité n’est pas parfaitement déterminée, les fantasmes et les interprétations imaginaires sur le réel. Les réseaux sociaux ont donné une force inépuisable aux rumeurs, aux calomnies, aux mensonges et à la haine, tout en permettant de regarder par le trou de la serrure la vie intime de la médiocrité égocentrique exposée à la foule avide et influençable. On pourrait me rétorquer que je tiens un blog, c’est vrai, mais sans la foule.