Eklablog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Header cover

L’invasion des « en »

L’invasion des « en »Les « en » envahissent le langage officiel. On ne dit plus qu’une personne ou un organisme est capable d’une action, on dit que l’une ou l’autre est « en capacité » de la faire. Les gens ne sont plus responsables, ils sont en responsabilité. On n’est plus handicapé, on est « en situation d’handicap ». Le « en » est une manœuvre d’évitement qui tente de ne pas impliquer pleinement l’individu ou l’organisme, une sorte de faux-fuyant. Pour la personne handicapée, le « en » la ménage, ce n’est pas elle qui est handicapée, c’est la situation. Comme : on n'est pas trop gros, mais "en situation de surpoids". On pourrait me rétorquer que cette interprétation est discutable ou n’a pas d’importance. Cependant, je pense que l’invasion des « en » participe à un mouvement général de fragilité mentale, la volonté de ne pas heurter l’autre, et finalement de manque de courage. Le « en » est un petit équivalent linguistique du « save space » des universités américaines où l’on se réfugie pour ne pas entendre ce qui risque de vous blesser ou de vous offenser. Ainsi être « en capacité » ou être « en responsabilité » évite le jugement « capable » ou « responsable » ce qui mettrait en cause directement la personne impliquée et qui aimerait ne pas l’être. Cette petite troupe des « en » fait partie de la grande armée des « leurres sémantiques » de la novlangue qui ménage la susceptibilité des personnes, notamment celles qui se considèrent d’abord comme des victimes.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
S
Alain Schifres a commis en opuscule de 126 pages consacré à ce problème à cette problématique : Je préfère ne pas. Carnets d'un évitiste. Le Dilettante, 2021.<br /> En situation de handicap y figure, comme les allégories du care :<br /> "Le jour où j'appris que la Biodiversité était citoyenne d'honneur de la Ville de Paris, je ne pus m'empêcher 1) de pouffer. 2) de me la représenter, non point comme une de ces divinités municipales de la Rome Antique, Cloacum ou Terminus, mais comme Monique. Autant le sort du tenrec zébré des basses terres la met en rage, autant la vue d'un rucher en plein Paris la fait s'épanouir comme un mariage heureux.<br /> Je ne parviens pas, en revanche, à me figurer la Bienveillance, le Care, la Résilience, tout ce kitsch de la Bonté. Il faudrait un de ces artistes pompiers qui allégorisent comme on respire. Un Fernand Cormon nous ferait un Caïn fuyant l'Oeil avec le Carbone dans le rôle de Caïn et Greta Thunberg dans le rôle de l'Oeil...Au sculpteur Jules Coutant, on passerait commande, d'un Lâcher-Prise implorant de Faire-Société..."
Répondre
C
"la langue s'appauvrit et s'anglicise"...  Un linguiste faisait remarquer avec malice que plus de la moitié du vocabulaire anglais venait du français et donc que pas mal de mots que nous empruntons à l'anglais viennent... de chez nous. Comme le "conter fleurette" qui devient "fleureter" que les anglais adoptent en l'anglicisant en "flirt" et qui nous revient quelque siècles plus tard sous la forme "flirter" avec quasiment le même sens qu'à l'origine. 
Répondre
P
Le langage vire orwellien. Quant à la langue, elle est bien malade.
Répondre
L
Et  après ces "en" on a des peuples dociles a qui l'on peut faire tout gober !
Répondre