Les « en » envahissent le langage officiel. On ne dit plus qu’une personne ou un organisme est capable d’une action, on dit que l’une ou l’autre est « en capacité » de la faire. Les gens ne sont plus responsables, ils sont en responsabilité. On n’est plus handicapé, on est « en situation d’handicap ». Le « en » est une manœuvre d’évitement qui tente de ne pas impliquer pleinement l’individu ou l’organisme, une sorte de faux-fuyant. Pour la personne handicapée, le « en » la ménage, ce n’est pas elle qui est handicapée, c’est la situation. Comme : on n'est pas trop gros, mais "en situation de surpoids". On pourrait me rétorquer que cette interprétation est discutable ou n’a pas d’importance. Cependant, je pense que l’invasion des « en » participe à un mouvement général de fragilité mentale, la volonté de ne pas heurter l’autre, et finalement de manque de courage. Le « en » est un petit équivalent linguistique du « save space » des universités américaines où l’on se réfugie pour ne pas entendre ce qui risque de vous blesser ou de vous offenser. Ainsi être « en capacité » ou être « en responsabilité » évite le jugement « capable » ou « responsable » ce qui mettrait en cause directement la personne impliquée et qui aimerait ne pas l’être. Cette petite troupe des « en » fait partie de la grande armée des « leurres sémantiques » de la novlangue qui ménage la susceptibilité des personnes, notamment celles qui se considèrent d’abord comme des victimes.