Dans les commentaires de l’article précédent (« vu d’ailleurs ») j’ai rapporté un article paru dans Courrier international qui relève l’avis de quelques médias britanniques sur les émeutes survenues en France après le mort d’un petit voyou, Français d’origine algéro-marocaine, tué par balle par un policier. Mettre ce dernier rapidement en détention n’a pu suffi à les prévenir.
Bien entendu, les journalistes d’Outre-Manche vantent le modèle multiculturel britannique, les émeutes en France validant le « laisser-faire » (en français dans le texte) britannique en matière de multiculturalisme : encourager l’expression de la diversité tout en “surveillant de près le traitement des différentes minorités ethniques dans le domaine de l’éducation, la santé, l’emploi et même le sport” (Trevor Phillips du Times de Londres).
Le bon vouloir de la République française basé sur l’égalité et qui, à mon avis, consiste à définir les individus non par leurs différences mais sur ce qu’ils ont en commun, n’est pas critiqué en soi, mais les médias britanniques affirment que le modèle français est en échec, et admettent que si le modèle anglais n’est pas parfait, il s’avère moins pire que le modèle français pourtant pétri de bonnes intentions (les médias britanniques n’insistent pas trop sur celles-ci, bien trop contents de taper sur la France). Le désir louable de la France d’uniformiser sa population a pour conséquence d’être “aveugle à la couleur de peau”, la France démontre en réalité son incapacité à régler la discrimination de ses minorités ethniques en matière de logement, d’éducation, de transports et de santé, juge un ancien président de la Commission britannique à l’égalité et aux droits humains. “Du point de vue des banlieues, ce ‘refus de voir la couleur de peau’ n’est rien d’autre qu’une politique de l’autruche ; une volonté d’invisibiliser les minorités visibles. Dans la pratique, la seule chose que la France refuse de voir, ce sont les besoins de ses citoyens.”.
Pour Trevor Phillips : L’idéal républicain, au fond, renferme même une partie du problème : “La France étant une république fondée sur l’égalité, les différences ethniques n’ont pas leur place et ne doivent pas être reconnues officiellement.” Impossible, par exemple, de compiler des statistiques en la matière. Interdit, même. “Elles permettraient pourtant de s’attaquer à la discrimination à l’école et dans les entreprises. Il est en effet difficile de résoudre un problème quand vous ignorez précisément sa taille et son ampleur.”
Le laisser-faire britannique va cependant très loin jusqu’à permettre des tribunaux islamiques pour juger des affaires familiales des musulmans et il a même été proposé d’inclure des éléments de la charia dans le droit britannique (je ne sais pas ce qu’il en est). A ce prix on peut en effet obtenir la paix civile, mais il n’est pas certain qu’elle dure, à moins de baisser totalement la culotte.
Cependant ce « aveugle à la couleur de la peau », bien théorique, est à prendre en considération. On parle avec hypocrisie de « diversité » et ne serait-il pas plus sain de permettre des statistiques ethniques plutôt que de tourner autour du pot en utilisant par exemple le biais des prénoms ? A vrai dire, je ne suis pas sûr que cela change quoi que ce soit si l'on rejette l'appartenance au pays où l'on vit.
Illustration : Mondrian : "composition n° 11"