La Turquie est gouvernée depuis 2002 par le parti « islamo-conservateur », dont la dénomination est un régal pléonastique. Erdogan qui était à la tête du gouvernement et maintenant président du pays ne supporte pas les critiques et dégaine plus vite que son ombre l’article 299 du Code pénal turc qui permet d’entamer des poursuites pour « insulte » avec une peine maximale encourue de quatre ans d’emprisonnement.
Un journaliste d’un quotidien de l’opposition poursuivi pour avoir publié un entretien avec un procureur - celui-ci ayant été limogé depuis - déplore que "se retrouver au tribunal est désormais dans la nature de notre métier." Cependant, dans ce domaine Erdogan a des leçons à recevoir de Poutine dont les procès à l’encontre de l’opposition paraissent plus expéditifs.
Demain doit s’ouvrir le procès, d’un lycéen et militant de gauche de 16 ans, accusé d'avoir publiquement présenté le chef de l'État, mis en cause il y a un an dans un vaste scandale politico-financier, comme le « chef des voleurs ». Comparution qui soulève quelques remous en Turquie.
Il est cependant consolant de voir que cet article 299, qui bride manifestement la liberté d’expression ( mais nous avons aussi les plaintes pour diffamation), peut encore marcher dans les deux sens. Cette semaine, un tribunal a condamné M. Erdogan à payer 10 000 livres turques (3 500 euros) de dommages et intérêts à un sculpteur dont il avait qualifié une des œuvres de "monstruosité". L'avocat du président avait plaidé une simple "critique". Le juge a finalement estimé qu'il s'agissait d'une "insulte".
L’art d’aujourd’hui est mieux protégé des critiques en Turquie qu’en France, et il serait judicieux pour certains artistes d’aller exposer leurs monstruosités en Turquie plutôt qu’ici.
Dessin de Geluck