Avec le développement des télécommunications, le contact direct, en chair et en os,
entre le personnel d’un service et l’usager tend à devenir plus rare. Le personnel semble parler tout seul et entendre des voix, l’interlocuteur est un fantôme perdu dans le vide
électronique.
Le service d’information téléphonique de la ville de Kyoto a trouvé une parade à cette déshumanisation en se dotant d’une série d’usagers sous la forme de mannequins. Un mannequin est assis devant chaque employé, il a un nom et une personnalité. Les employés semblent satisfaits de cette présence factice et l’une d’entre eux a même déclaré : « Je me sens surveillée. C’est une tension positive qui me fait travailler plus efficacement ». Le personnel prête même des intentions à leur mannequin en se demandant quelle serait sa réaction devant telle ou telle décision.
Devant l’efficacité de ce mode relationnel, je me demande si l’on ne pourrait pas étendre son application. Par exemple :
Dans le bureau Elyséen on pourrait placer le mannequin de la personne à qui notre élégant Président a dit : « Casse-toi, pauvre con », ce qui le pousserait peut-être à modifier son comportement en sorte que ce mannequin accepte de lui serrer la main.
Assise dans un fauteuil en face d’Eric Besson, je vois bien une reproduction grandeur nature de Jean Jaurès. Il est toujours bon de se rappeler d’où l’on vient et le chemin parcouru.
On pourrait placer dans un fauteuil roulant le mannequin de Liliane Bettencourt en face du bureau d’Eric Woerth pour qu’ils puissent enfin faire connaissance.
Mais dans le bureau de Brice Hortefeux les mannequins risquent de se bousculer au point de devoir en expulser.
Ce ne sont que quelques exemples, mais je suis sûr que d’autres couples fructueux vous viendront à l’esprit.