John Sloan :"Nuit d'élections"
Par un beau soleil et des végétaux bien verts encore parsemés de fleurs, au bord de la cour d’une école, j’ai glissé mon bulletin de vote par la fente étroite de l’urne qu’une charmante dame avait ouverte pour moi. Je n’étais pas le seul. J’ai fait ce geste libre après avoir choisi un bulletin parmi la multiplicité qui m’était offerte. Un geste minuscule parmi la multitude où j’ai exprimé une opinion qui ne changera rien mais qui sera prise en compte, un atome parmi d’autres qui ne changera pas la destinée de la molécule, mais sans eux il n’y aurait pas de molécule. Ce geste est le symbole d’un pays libre lorsque les candidats ne sont pas triés au préalable et que tout le monde a pu s’exprimer. Certains se plaisent à dire que nous sommes en dictature : on est la victime que l’on peut pour justifier une pseudo-révolte et une vaine agitation sans véritable oppression. D’autres méprisent ce geste et s’abstiennent de le faire pensant que toute façon cela ne changera rien. C’est sans doute ce que pensaient les Allemands en votant pour Hitler. D’habitude, pour les présidentielles, les législatives ou les municipales, je votais pour un parti ou une personnalité sans trop m’attarder sur leur programme. Cette fois, j’ai voté en fonction des programmes sans tenir compte de la politique intérieure mais en privilégiant la perspective européenne, ce qui a conduit à changer mon choix initial. Est-ce bien raisonnable ?