Un certain Nicolas Carr a publié un ouvrage intitulé « The Shallows : what the Internet is doing to our brains » (rassurez-vous, je ne l’ai pas lu). Les Américains passeraient en moyenne 8,5 heures par jour à interagir avec leur PC, leur TV, ou leur smartphone, ils consulteraient chaque heure au bureau 30 à 40 mails, quant aux adolescents des States, fin 2008, ils auraient en moyenne reçu ou envoyé mensuellement 2272 textos. Je pense que ces statistiques pourraient s’appliquer à beaucoup d’Européens.
Cet auteur tente de démontrer dans son ouvrage que la dispersion, les multiples sollicitations, la multiplicité des informations offertes par les réseaux numériques et les fausses informations[1] risquent d’entraîner une modification de notre fonctionnement cérébral dans le sens d’une régression : défaut de concentration, mauvaise mémorisation, perte du sens critique, défaut d’appréciation de l’importance relative des informations.
Il est probable que la possibilité rapide et facile d’avoir les informations à notre disposition sur Internet encourage notre paresse et nous évite l’effort de la mémorisation pourtant à la base de toute synthèse.
Il est vrai que les informations secondaires ont souvent le même relief que les informations importantes et parfois plus lorsqu’elles prennent une tournure distrayante ou scandaleuse, même si leur véracité est incertaine.
Il est certain que la chaîne infinie des liens pousse à papillonner d’une information à l’autre avec le risque de ne pas approfondir chaque sujet et de se contenter d’une réflexion superficielle ou de s’en dispenser lorsqu’on est pris par le tourbillon électronique.
A l’opposé, vous êtes le prisonnier d’un livre bien fait, s’il vous intéresse vous lui resterez fidèle et n’irez pas ailleurs. Ce livre que vous avez entre les mains, vous croyez le manipuler mais c’est lui qui vous manipule et qui vous oblige à suivre la route qu’il a tracée. Un livre est un objet exigeant, vous n’avez que la liberté de la séparation provisoire en le fermant.
Mais en ce qui me concerne, me voilà rassuré, pour ma mémoire et ma concentration, ce n’est pas l’âge, c’est Internet le responsable. Par contre, j’ai une hypertrophie pathologique du sens critique, et je me demande si ma dose de toile est suffisante.
[1] Mme Royal s’est récemment fait piégée en citant un certain Léon Robert de l’Astran, dissident de la traite négrière en Poitou-Charentes qui n’a jamais existé mais présent sur Internet depuis 2007