
Vincent Van Gogh : « L’église à Auvers »
LE DIVIN PEINTRE
Nous sommes à l’image du Très-Haut
Et vice versa.
Alors comme nous, le Très-Haut se sent parfois morose :
Lui, en regardant en bas,
Nous, en regardant en haut.
Un jour, le Très-haut en pensant à autre chose,
(Il a tellement de choses à penser)
Mit Son Auguste Doigt dans le ciel d’un bleu profond,
L’agita distraitement comme on remue son café
Et fut surpris de créer un céleste tourbillon
De grosses volutes d’azur attristé.
En voyant ce qu’Il avait créé contre Sa Volonté,
Il voulut compléter le tableau
Et demanda à un peintre un peu fou
De mettre une église dessous.
Le peintre qui ne vendait aucun tableau,
Accepta par désespoir cette proposition,
Mais ne se faisait aucune illusion,
Le Très-Haut ne s’abaisserait pas à payer son tableau.
En plus, Il voulait quelque chose de grand et de beau :
Une basilique ou une cathédrale,
Et le peintre qui n’en faisait qu’à sa folle tête,
Fit une église de guingois, toute bancale,
Avec une modeste paysanne à cornette.
Bien sûr, le Très-Haut n’était pas contre la modestie.
Un instant décontenancé par le peintre un peu fou,
Dans Sa Grande Bonté impitoyable, Il ne l’a pas puni.
Il lui avait déjà tiré l’oreille dans un accès de courroux
Et le Tout-Puissant ne connaissant pas Sa Puissance,
Le pavillon de l’oreille était resté dans Sa Divine Main,
Avant d’échouer dans celle profane d’une prostituée.
Il y a vraiment des gens qui n’ont pas de chance,
Même quand on est un peintre divin.
Alors le Très-Haut, dans Sa Grande Bonté
Permit au peintre un peu fou de se suicider
Devant une toile inachevée
Dans un beau champ de blé.
Paul Obraska

Vincent Van Gogh "12 tournesols dans un vase"
UN AMOUR IMPOSSIBLE
Une petite marguerite des prés Etait amoureuse d’un tournesol cultivé Elle avait été élevée avec les herbes Alors que lui, entouré des siens, était superbe C’était le plus grand, le plus beau Avec son œil de braise et sa couronne solaire Il faisait tourner toutes les têtes Il sentait bon le sable chaud Comme dans la chanson du légionnaire Et la petite marguerite défaite Se languissait à ses pieds En palpitant de ses pétales pâles Un jour, la petite marguerite n’en pouvant plus Décida de s’offrir au grand tournesol Alors, elle s’effeuilla de sa jupe florale En retirant un à un ses pétales Qui tombèrent en pluie sur le sol Lentement Langoureusement Un peu Beaucoup Passionnément A la folie Et se retrouva petit à petit nue Dans le plus simple appareil Toute offerte devant lui Mais le grand tournesol ne l’avait même pas vue Son œil de braise toujours fixé sur le soleil Il tournait la tête lentement, très digne La petite marguerite désemparée Versa quelques larmes de rosée Et confuse, honteuse, se cacha Derrière une feuille de vigne Qui passait par là
Paul Obraska