On a toujours besoin des autres pour exister. Enfin de moins en moins, puisque les autres s'en vont de plus en plus.
Dans le monde des blogs les autres réapparaissent et ils ont l'avantage d'être désincarnés, lointains et plus ou moins anonymes. Ainsi se nouent ce que les blogueurs appellent des « amitiés virtuelles ». Il serait plus juste de parler de relations ou de correspondances car utiliser ici le beau mot d'amitié, c'est le galvauder. Il n'y a ni vision vivante, ni histoire commune, ni aide donnée ou reçue et les relations virtuelles peuvent disparaître aussi vite qu'elles apparaissent, ce qui n'est pas le cas des relations amicales. L'amitié comme l'amour est toujours risquée, pas la relation entre blogueurs. Bien sûr, les blogueurs jouent le jeu sans être dupes.
La question est de savoir si aller sur le blog d'autrui c'est y rechercher un contenu intéressant et/ou drôle ou si en laissant un commentaire en général flatteur, c'est espérer la réciproque. Ainsi peut s'installer un envoi de fleurs mutuel et la plateforme devient une entreprise assimilable à « Interflora ». Certes les insultes ne sont pas exclues, il faut bien que les psychopathes refoulés, cousins des délateurs anonymes, se défoulent et la plateforme se transforme alors en thérapeutique de libération émotionnelle.
Il est certain que le blog a une vocation de psychothérapie. Nombre de blogs se livrent à une concurrence victimaire, d'autres servent d'exutoires. S'épancher devant un public sans visage est moins cher qu'une psychanalyse, le blogueur à l'écoute est aussi silencieux qu'un thérapeute mais son commentaire a plus de compassion et son oreille est attentive aux récriminations, puisqu'il a les mêmes.
Mais alors, me direz-vous, pourquoi avoir créé votre blog ? C'est une très bonne question à laquelle je ne répondrai pas.