Les doigts restent au-dessus des touches du clavier, comme peut l’être la plume en suspend sur la page blanche, miroir du vide de la pensée.
Impression désagréable de se répéter quoi que l’on puisse vouloir écrire. Impression de déjà écrit ou de déjà lu, par soi-même ou par d’autres.
Encore parler des autoproclamés « insoumis » sans oppression qui vont défiler en jouant aux rebelles insurrectionnels contre un coup d’Etat inexistant ? Un jeu toujours dangereux quand on se prend au sérieux…Et ils se prennent malheureusement au sérieux. Encore causer de Macron « qui parle à l’étranger et se fait voir en France » ? (Entendu ce matin lors de la revue de presse sur France inter). Encore parler de la maison Le Pen et de ses querelles de succession pour le maire du Palais ? Avouez que c'est sans intérêt.
Je m’aperçois au cours du temps que je parle de moins en moins (même si j’écris encore, ce qui parait incohérent, mais peut-être est-ce par un effet de vases communicants) car je suis persuadé que ceux qui m‘écoutent ou qui font semblant d’écouter ont déjà entendu ce que je vais dire parce que je l’ai déjà dit, et que je vais donc me répéter (ce qui pour un auditoire jeune pourrait être qualifié de radotage) ou que d’autres l’ont dit avant moi, et que je vais donc les imiter. Ou que mon discours risque fort de n'intéresser personne.
Tout le monde se répète et tout le monde imite. Tout a été dit et écrit depuis l’antiquité sous une forme ou sous une autre, en adaptant la chose à l'époque, l’auditoire et les lecteurs se renouvelant heureusement sans cesse.
Le monde est une immense volière de perroquets où chacun caquète sur les caquètements des autres, morts (opportunément moins connus) ou vivants.
Ce qui est imprévisible ce sont les catastrophes, et la guerre en est une, non naturelle, elle en est davantage monstrueuse. Elles inspirent, mais c’est une inspiration dont le prix est gros de sang et d’absurdités.
Il est donc préférable de parler et d’écrire même pour ne rien dire, car la liberté de parler ou d’écrire est un bien précieux, comme celle de se taire sans avoir l’obligation d’approuver.