Dans ma jeunesse j’avais lu quelques livres de Boris Vian, notamment L’écume des jours et L’automne à Pékin, mais je n’avais pas lu LE livre : J’irai cracher sur vos tombes qui date, comme les deux autres, de 1946 et qui fut le best-seller de l’année 1947.
J’irai cracher sur vos tombes a déjà un titre suffisamment provocateur pour attirer, et il s’est accompagné d’un parfum de scandale séduisant. Il a connu une adaptation théâtrale dès 1948. Cependant, le roman lui-même publié sous le pseudonyme de Vernon Sullivan fut interdit en 1949 et l’auteur fut condamné en 1950 pour « outrage aux mœurs » concernant les livres publiés sous ce pseudonyme. J’ignore ce qu’il en est aujourd’hui de ce motif de condamnation, et comment on définit les mœurs au XXIème, notamment en fonction de la religion.
En furetant dans ma librairie préférée, je suis tombé sur LE livre dont le seul souvenir des commentaires à son propos était qu’il parlait de la ségrégation raciale aux USA, et j’avais donc logiquement extrapolé qu’il s’agissait d’une protestation romancée contre celle-ci. J’ai donc lu livre ces jours-ci, et j’ai été surpris car on ne peut pas faire pire pour défendre les Noirs. Sur fond de porno plutôt violent, l’histoire est celle d’un psychopathe noir, dont l’apparence blanche lui permet de fréquenter la société des Blancs (et d’être témoin de leur hostilité, sinon plus, pour les Noirs) et dont le but (on le sait très rapidement) est de séduire deux soeurs, deux jeunes femmes blanches de la bonne société pour les tuer sauvagement. Il s’agit d’une vengeance, celle de son frère, un enfant tué par des Blancs.
Il y a meilleur avocat qu’un psychopathe pour défendre les droits civiques des Noirs. De plus le « héros » ne s’attaque pas aux meurtriers de son petit frère mais va dans une ville où il est inconnu et s’attaque à des jeunes femmes, mais pas à des hommes. Psychopathe et lâche. Je n’ai aucune idée des critiques de l’époque mais pour défendre les droits civiques des Noirs, ce livre me paraît contreproductif. Comme quoi il faut regarder par soi-même plutôt que faire confiance aux rumeurs.