Les mutants envahissent la ville (voir mutation). Les jeunes adultes marchent dans les rues, se pressent dans les transports en commun, travaillent au bureau, les écouteurs ou le casque aux oreilles, des cordons flottant sur la poitrine et une boite en poche. Des heures pendant lesquelles se déversent dans les conduits auditifs un magma sonore dont les voisins peuvent parfois goûter la qualité.
Les jeunes femmes élégamment habillées, soigneusement maquillées, avec des tampons en plastique ornant leurs charmants pavillons auriculaires, agrémentés de cordons qui pendouillent sur des boucles d'oreille sophistiquées. Des belles soigneusement coiffées, la tête cerclée par un antique casque d'aviateur. Des jeunes gens, costume et cravate impeccables de cadre dynamique, le sérieux tempéré par des bouchons dans les oreilles et la corde au cou.
Adieu l'élégance, bonjour la surdité, mais pourquoi ?
Peut-on dire que les générations montantes ont un tel amour de la musique (du bruit ?) qu'elles ne peuvent pas se passer d'en écouter pendant des heures de façon ininterrompue et sans en être lassées?
Peut-on dire qu'il s'agit d'un effet de mode et que disposant d'une merveille technologique les jeunes et même les moins jeunes en usent et en abusent ?
Une musique rythmée donne-t-elle de l’énergie, comme le ferait une marche militaire ? Ou au contraire une musique douce permettrait-t-elle d’introduire du calme par les oreilles comme un tranquillisant en suppositoire auriculaire ?
Est-ce le besoin de s'isoler, de créer une véritable bulle sonore, les mettant à l'abri de l'environnement et des autres ? L’un m’a dit qu’ainsi il se concentrait mieux dans son travail, l’autre qu’il avait pris l’habitude de le faire pour ne pas entendre son collègue de bureau téléphoner sans cesse et il a continué même en son absence, ce qui suggère une dépendance.
Les gens marchent ainsi dans la rue, voyagent et même travaillent, la tête enfermée dans une bulle invisible comme déambuleraient des cosmonautes dans la Lune.