Chacun sait que le rire est une bonne chose à tous les points de vue. Mais je constate avec regret qu’avec l’âge je ris plus difficilement à un spectacle. C’est que pour déclencher un rire il faut surprendre et que pour surprendre il faut beaucoup de talent et d’invention, surtout lorsqu’on s’adresse à un vieux singe.
Par contre, rien n’est plus simple que d’émouvoir et je continue à l’être. Rien n’est plus simple que de décrire la noirceur du monde et des êtres, là, l’auteur ne nous surprend jamais, il n’invente rien, son talent est dans la mise en forme. Et pourtant la majorité des œuvres considérées comme des chefs-d’œuvre sont amères, tristes ou tragiques.
Combien d’œuvres, gaies ou comiques, quel que soit l’art, sont-elles considérées comme des œuvres majeures ? Et même pour un artiste, sa production dramatique sera toujours estimée supérieure à sa production comique qualifiée de « légère », et pourtant elles font plus de bien que les tragédies devant lesquelles on s’extasie et qui, en fait, ne nous apprennent rien que nous ne connaissions déjà, même si l’on peut admirer leur mise en forme.
Le plus difficile est de faire rire avec des situations dramatiques, c’est ce qui est tenté dans le film « Intouchables » qui connait un succès un peu inattendu. Les deux protagonistes vivent des situations désespérées : un grand noir, banlieusard, un peu violent, inculte, chômeur à la dérive, chassé de sa famille et un blanc riche, cultivé, amateur d’art mais tétraplégique dont il ne reste que l'intelligence et la parole. Ils n’ont en commun qu’une seule chose : l’humour. Le sourire (j’ai peu ri) vient de la confrontation de ces deux univers caricaturaux, aux antipodes, et pourtant proches l’un de l’autre de quelques kilomètres. Le noir apporte au blanc une certaine désinhibition, et une joie de vivre sans apitoiement, par contre je n’ai guère aimé sa dérision de la culture occidentale dont il ignore tout. Mais une façon de vivre son ignorance n’est-elle pas de dénigrer ce que l’on ne connait pas ?