
Titien "Vénus et Cupidon avec un organiste"
Pendant que dans le parc un satyre en pierre, porte un vase sur la tête et un sexe fleuri, Venus nue et alanguie écoute ce galopin de Cupidon, comploteur impénitent, lui murmurer à l’oreille quelques mots polissons.
Le musicien, les mains sur l’orgue, détourne la tête de l’instrument pour planter son regard sur le sexe de la belle.
Ainsi l’organiste, à qui on a simplement demandé de jouer de la musique, sort de son rôle.
Un jour, lors d’une visite à domicile, alors que j’auscultais le cœur d’une femme, évidemment la poitrine nue, le mari qui était à côté me regarda, à la fois admiratif et goguenard et me dit : « vous avez du en voir des nichons dans votre vie ! ». Je passe sur la vulgarité du propos devant son épouse dont je n’avais guère remarqué les attraits, ils m’avaient plutôt gêné pour l’examen et j’avais du soulever le sein gauche pour ausculter la pointe du cœur.
Contrairement à l’organiste du tableau du Titien, les médecins (en dehors de quelques rares brebis galeuses) se dédoublent dans l’exercice de leur profession au point d’annihiler complètement leur sexualité.
Un jour je me souviens d’avoir vu passer dans le couloir de l’hôpital où je travaillais une jeune femme joliment habillée et de l’avoir trouvée attirante. J’avais déjà vu son visage, mais où ? Il m’a fallu au moins une minute pour me rendre compte que je lui avais fait une heure auparavant un examen gynécologique.
Cette neutralité du praticien est naturelle et ne demande aucun effort. Le médecin s’investit intégralement dans son rôle, il n’est plus que ça, comme le comédien qui n’est sur scène que le personnage qu’il incarne. Comme lui, en quittant la scène, il reprendra sa personnalité, ses désirs et ses travers.