
George Grosz « La ville »
DANS MA VILLE
Dans ma ville
Les voitures à l’étroit frottent leurs ailes
Comme des oiseaux englués de mazout
Derrière les ramasseurs de poubelles
Remplies des rogatons de nos croûtes
Dans ma ville
Dans les profondeurs des tunnels
Roulent des gens qui s’usent peu à peu
A côté des eaux usées corporelles
Qui coulent dans les égouts bourbeux
Dans ma ville
Il y a ceux qui peinent à écrire
Mais paraphent les graffiti
Pour laisser leur souvenir
Sur l’école aux murs noircis
Dans ma ville
Circulent des drogues à mourir
Sous les porches ou dans les vécés
Dans le sang des épaves juvéniles
Qui flottent avant de sombrer
Dans ma ville
Guettant les patrouilles
Il y a des corps qui font le pied de grue
Et cherchent sur les trottoirs des rues
A happer un pénis en vadrouille
Dans ma ville
Des porte-manteaux à la file
Marchent d’un pas de robot
Des filles filiformes défilent
Une fortune tissée sur le dos
Dans ma ville
Il y a des hôtels pleins de lumière
Des tapis où s’enfoncent les vernis
Où pour dormir on paye très cher
Même en cas d’insomnie
Dans ma ville
Il y a ceux qui pour dormir ne paient rien
Ils s’allongent dans la rue
A la portée des chiens
Qui leur pissent dessus
Paul Obraska