« Rien n’arrêtera les réformes ». Le changement (ou la rupture) est un maître-copeau
dans le langage politique. Tous les partis et même les conservateurs l’utilisent. Son emploi est obligatoire au moment des élections, car on ne peut imaginer un candidat dire aux électeurs :
« Votez pour moi pour que rien ne change » (mais je ne peux pas affirmer qu’il ne serait pas élu avec une telle déclaration). Une fois au pouvoir, la plupart des gouvernants font comme
les comédiens qui piétinent sur place pour faire croire aux spectateurs qu’ils avancent : ils changent le nom des organismes déjà existants, ils en ajoutent d’autres qui feront double
emploi, mais tous seront toujours confrontés aux mêmes problèmes dont ils continuent à ne pas avoir la solution. D’autres, plus ambitieux, pris d’une frénésie législative pondent des chapelets de
lois qui viennent s’ajouter à celles qui n’ont jamais pu être appliquées et sans prendre le temps d’en prévoir les conséquences, cassant au passage ce qui ne marchait pas trop mal pour des
nouveautés qui seront cassées à la prochaine omelette ou balayées par la rue.
Il est curieux de constater que le mot réforme s’applique aussi bien au changement qu’à la mise hors service.
Je ne sais pas si les réformes s’arrêteront, mais les âneries sûrement pas. Encore que les ânes dans leur sagesse ne sont guère partisans de la fuite en avant et ont plutôt tendance à rester immobiles lorsqu’on cherche à les faire avancer.
« C’est la crise ». C’est aujourd’hui incontestable. Pourtant, j’ai toujours entendu les politiques dirent que la France était en crise, même pendant les « trente glorieuses ». La crise est en effet l’alibi le plus parfait pour dédouaner les politiques de leurs actes ou de leur impuissance. « C’est la crise » est un argument imparable pour faire taire les critiques. D’ailleurs, quand elle n’existe pas les politiques l’inventent, s’ils ne la favorisent pas par leur incompétence.
« Lancer des pistes ». Plutôt que de chercher des solutions ou de formuler des hypothèses, les politique préfèrent de plus en plus « lancer des pistes », de préférence le plus loin possible pour ne pas avoir à les suivre.
« Il est bon d'avoir une opposition forte ». Ce copeau est habituellement taillé par le parti qui détient le pouvoir et qui semble ainsi navré de la faiblesse de ses opposants. C’est un des copeaux les plus hypocrites de la langue de bois. En écrasant une larme, le parti au pouvoir est bien entendu ravi de la faiblesse de l’opposition et fait tout pour qu’il en soit ainsi.
« Je ne vous ai pas interrompu ». Il vient de le faire en interrompant celui qui l’a interrompu.