A un de mes visiteurs avec lequel j’ai des échanges courtois malgré nos désaccords sur nombre de points - ce qui est l’essence même d’un débat - j’ai reproché son manque d’objectivité, c’est à dire de ne pas prendre en compte des faits sans les déformer ou les sélectionner. Leur interprétation, par contre, est par définition subjective. Je me permets (et j’espère qu’il n’y verra pas d’inconvénient et qu’il me corrigera si j’ai mal interprété sa pensée) de rapporter une partie de sa réponse : « je n'ai jamais prétendu à une quelconque objectivité : j'expose mes convictions, mes opinions et j'essaie éventuellement de les justifier (même si ce n'est pas le terme que je trouve le plus juste). Qui, sur quel blog peut se prévaloir, de faire autre chose ? « Celui qui se croit objectif doit déjà être au moins à moitié ivre ». ~ Lu Xun ». Il a raison dans le sens où l’objectivité est difficile à atteindre avec ou sans boisson alcoolisée, on tente seulement de le faire, encore faut-il le vouloir. J’écris ce petit billet car étant pris par « l’esprit de l’escalier » je n’ai noté qu’après ma réponse que mon visiteur, qui ne prétend honnêtement à aucune objectivité, placent les convictions avant les justifications alors que les preuves devraient en principe précéder l’opinion. On se forge une opinion après l’examen des faits et non a priori. La démarche scientifique peut être différente, la recherche de preuves succède à une hypothèse mais celle-ci est émise après l'observation des faits.
Les convictions morales n’exigent pas de preuves. Ce sont des impératifs, qu’on leur attribue une origine divine ou pas, que la société impose pour éviter de s’entretuer. On comprend leur existence, l’être humain étant un animal autodestructeur, les guerres sont là pour le prouver en étant les manifestations d’une autodestruction industrialisée de masse. Les convictions morales n’étant pas basées sur des preuves, elles subissent de fâcheuses fluctuations et sont souvent transgressées par ceux- là mêmes qui, au nom de Dieu ou d'un intérêt supérieur, prétendent en être les garants.
En politique, on se vante aisément d’avoir des convictions en demandant aux autres de les respecter. Ces convictions sont respectables si elles ressortent de l’examen des faits. Mais le paradoxe est que si une conviction est basée sur les faits, celui qui se vante d’en avoir une devrait en changer au cours du temps car les faits changent également. Cela s’appelle du pragmatisme, ce qui est très mal vu. Changer de conviction est considéré comme une trahison, bien que sensé et honnête si la situation n'est plus la même. Comme le disait Edgar Faure ; « ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent ».
Les convictions qui ne tiennent pas compte des faits ou seulement de certains d’entre eux sont du domaine de la religion, de l’idéologie ou du complotisme :
Avoir la conviction que Jésus de Nazareth est Dieu et non pas un simple prophète, comme l’a décidé un Concile, n’exige aucune preuve ni dans un sens ni dans l'autre, c’est une croyance.
Croire que le communisme ou ses avatars est le régime qui donnera le bonheur à l’Humanité est une conviction insensée car les preuves du contraire n’ont cessé de s’accumuler au cours du temps, ce qui n’empêche pas des personnes apparemment saines d’esprit d’y croire, puisque nous avons toujours des communistes et fiers de l’être, se pensant dans le camp du Bien, alors qu'ils sont assis sur de monstrueux charniers en provenance de tous les horizons et garnis des peuples les plus divers.
Croire que l’on a mis une puce dans les vaccins contre la COVID-19 pour faire de nous des zombis ne repose évidemment sur aucune preuve mais c’est une conviction, peut-être pour donner un justificatif à sa peur ou par calcul politique.
Avoir des convictions n’est donc pas aussi valorisant qu’on veut bien le dire. En changer si les faits changent n'est pas si condamnable. Non forgées par des preuves, elles risquent de tourner en croyances dont beaucoup se servent pour justifier pire.