21 Juin 2014
Aujourd’hui, il fait un temps superbe sur Paris. Un ciel bleu clair sans un nuage et une légère brise. Une caresse. Je me suis donc rendu dans un parc en apportant un petit livre dans ma poche. Des nouvelles de Gérard de Nerval sur lesquelles j’étais tombé en farfouillant dans ma librairie favorite, et comme je connais très mal cet auteur – j’ignorais même qu’il avait écrit des nouvelles – c’était une occasion de faire plus ample connaissance.
Beaucoup de monde dans le parc, mais par miracle je trouve un banc libre. Première nouvelle : « Pandora ». Une histoire d’amour déçu, un style pompeux, des références itératives à la mythologie avec de temps à autre des rêves délirants qui ne manquent pas d’intérêt. Du romantisme exacerbé que notre époque trouve ridicule. Gérard de Nerval, dont la vie fut ponctuée par des crises de folie, a fini – dans le plus grand dénuement - par se pendre à l’âge de 47 ans en plein Paris couvert de neige par une température de – 18°.
La lecture de cette première nouvelle étant pratiquement achevée, un homme jeune s’assoie sur « mon » banc. Il s’apprête à faire une petite sieste lorsque son téléphone portable sonne. C’est une fatalité : dans les rues, dans le métro, dans le bus, à une terrasse, la solitude et le calme sont devenus impossibles. Nous sommes obligés d’entendre des moitiés de conversation, le plus souvent à voix forte comme pour atteindre directement les oreilles de l’interlocuteur malgré la distance. Je suis donc en demeure d’écouter la conversation tronquée de mon compagnon de banc :
"Comment tu vas ?…Tu a vu le match France/Suisse hier soir ?...J’ai été surpris…J’espère que l’Italie va gagner, d’ailleurs j’espère que tous les pays vont gagner, sauf la France…Je suis né ici, mais ce n’est pas mon pays…Tu vas à la fête de la musique ?...Elle ne me parle plus, même pas bonjour…Tu lui manques, son grand frère ! Elle doit partir en vacances, après le ramadan…"
Je n’ai pas lu la seconde nouvelle de mon romantique Gérard. Je me suis levé en laissant "mon" banc pour que cet homme puisse faire, après sa conversation édifiante, une sieste bien méritée en goûtant les charmes d’un pays qui n’est pas le sien.
Il fait toujours beau, un ciel sans nuage, et pourtant…