Il y a des ruptures qui ne devraient se faire que sur le dos de ceux qui nous gouvernent. Dans la terminale S il est prévu de réduire le temps d’étude obligatoire de l’histoire et de la rendre optionnelle. Bien sûr cela soulève un débat et on se demande si le but n’est pas d’en soulever un pour masquer l’existence de problèmes plus importants. Dans cette terminale qui fait la part belle aux matières scientifiques et qui est censée grouper l’élite des lycées, l’histoire risquerait d’encombrer les cervelles programmées pour utiliser de préférence la calculette.
On pourrait faire remarquer, comme d’autres l’ont sans doute fait, que les plus grands savants, ceux qui ont réellement fait avancer les sciences, étaient en général de grande culture, et avaient pour la plupart dépassé leur spécialité en abordant en particulier l’histoire (ne serait-ce que celle des sciences) et la philosophie. Se borner à la connaissance d’une technique ne stimule guère l’imagination et la création.
Par contre cette « réforme » comporte également la possibilité d’une autre option à laquelle les élèves pourront consacrer 8 heures par semaine ! Celle des « arts du cirque ». Ne ricanez pas, une telle option n’est-elle pas la meilleure façon d’étudier l’art de la politique ? Comment descendre dans l’arène, comment bonimenter pour présenter les numéros, comment apprendre les trucs de l’illusionniste, comment ne pas se laisser manger par un fauve, comment marcher sur la corde raide, comment faire cavalier seul, comment dresser les plus bêtes et se faire obéir d’eux, comment saluer la foule, comment s’en sortir même si le numéro est raté. Les enseignements de cette option sont multiples, aussi faut-il rendre grâce à Luc Chatel de son initiative et regretter qu’il n’ait pas pu en bénéficier en son temps.