5 Juillet 2024
En Grande-Bretagne, le parti travailliste vient de gagner largement les élections et son chef est venu serrer la main du roi d’Angleterre qui l’a chargé automatiquement de former le nouveau gouvernement pour diriger le pays. En même temps, le chef du parti conservateur qui vient de perdre les élections, et qui dirigeait jusqu’à présent le pays, démissionne en présentant ses excuses à la nation et laisse la place à son successeur. Si la situation de la Grande-Bretagne n’est guère brillante dans beaucoup de secteurs, on ne peut qu’admirer la simplicité de la marche des institutions britanniques.
Charles De Gaulle et Michel Debré avaient tenté par la Constitution de la Ve République d’instaurer un bipartisme. Celui-ci avait fonctionné à peu près correctement avec la possibilité originale d’une cohabitation entre les deux partis principaux qui avait l’avantage d‘apporter une respiration démocratique dans le cours d’un septennat qui est une période longue, mais l’inconvénient d’être inconfortable et parfois conflictuel entre le Président et son Premier ministre. La conflictualité dans les précédentes cohabitations pouvait porter sur la politique intérieure, mais par contre, il n’y en avait guère sur la politique extérieure, même si une représentation bicéphale lors des réunions internationales avait de quoi dérouter les interlocuteurs.
Emmanuel Macron, s’il n’a pas fait que des mauvaises choses comme ses opposants l’affirment, a dynamité le bipartisme et fait exploser les partis qui alternaient au pouvoir en faisant du RN le premier parti de France, et peut-être en lui permettant d’arriver au pouvoir.
Saluons l’artiste.
Si le RN gouverne la France, nous aurions une cohabitation d’une autre nature que les précédentes, car les divergences seront totales non seulement sur la politique intérieure, mais aussi sur la politique étrangère. Alors que Macron est un chaud partisan de l’Union Européenne, Mme Le Pen, et sa figure de proue qui y a fait de la figuration, y sont hostiles et ils veulent s’en libérer plus ou moins. Ils restent sensibles aux œillades de Poutine, tout en tournant la tête pour ne pas regarder dans les yeux le condamné par la Cour internationale de Justice, et en soutenant en apparence l’Ukraine mais du bout des lèvres. Une promesse de changement radicale et une probable libération des instincts (qui a déjà commencée) que les dirigeants du RN ont parfois du mal à dissimuler (une pudeur que n’ont même pas certains mélenchoniens) expliquent que les autres partis, et les 2/3 des électeurs tentent d’empêcher l’accession de Bardella (dont le bagage intellectuel laisse tout de même à désirer) au poste de premier ministre.
Il est vrai que cette tentative de barrage associe des gens qui n’ont rien à voir entre eux, en dehors de leur opposition au RN. Devant cette hétérogénéité des opposants au RN, les partisans de celui-ci crient à la magouille électorale comme s’il s’agissait de manœuvres illégales. Mais les désistements pour favoriser ou exclure un candidat ont toujours existés, ils tiennent de la tactique pour préparer l’avenir et n’ont rien de déshonorant. Dans le cas de ce 2ème tour des législatives, la radicalité du changement possible les explique encore davantage.