J’ai un défaut majeur et que l’on pourrait considérer comme stupide : je ne relis pas les livres que j’ai déjà lus. Comme si je considérais chaque livre comme un roman policier où la connaissance de la fin gâche le plaisir de la lecture. Peut-on concevoir de ne pas écouter un morceau de musique parce qu’on l’a déjà écouté ? Ne retrouve-t-on pas à chaque écoute la même émotion qu’à la première ? La surprise en moins tout de même, et le plaisir de la découverte d’un nouveau plaisir ultérieur puisque l’on sait que ce morceau de musique que l’on a aimé sera à nouveau écouté. Par contre, à chaque fois que je termine un livre, je sais que je ne relirai pas. Faut-il admettre que l’art qui s’adresse aux sens, comme la musique ou la peinture, s’use moins que celui qui s’adresse à l’intelligence ? Peut-être relit-on davantage de la poésie, qui est une forme musicale de la littérature, que de la prose où le récit risque de s’user à la répétition. Mais le style du récit a de l’importance et ne pas vouloir le goûter à nouveau est sûrement un défaut. A moins de considérer que la vie est trop courte et qu’il faut réserver le plus de temps possible à la découverte afin de retrouver le plaisir de la nouveauté. Illustration : Van Gogh : "livres jaunes"