Il y a quelques jours j’écoutais distraitement (dans le sens de se distraire) l’ineffable Sandrine Rousseau interrogée sur LCI à propos de l’invitation par les trois morceaux déglingués de la gauche d’un rappeur barbu qu’ils ont réussi à sortir de l’obscurité pour lui demander de les éclairer sur sa philosophie (une « explication de texte » SVP) et son parcours entre Dieudonné et Tariq Ramadan. Comme tous les politiques en difficulté elle a utilisé deux arguments que l’on pourrait nommer : les « points communs aveuglants » et la « relativité échappatoire ». Les « points communs aveuglants » est un argument qui consiste à mettre en exergue les points qui rapprochent et ne plus voir le reste d’une position. Toutes proportions gardées, on pourrait déclarer que puisque Hitler aimait son chien, comme j'aime le mien, on peut lui pardonner de ne pas avoir aimé les Juifs au point d’en exterminer 6 millions. Sandrine Rousseau n’a pas manqué de dire qu’elle avait comme points communs avec Médine sa lutte contre l’extrême droite (de ce point de vue, ils s’y prennent bien mal) et contre le racisme, en notant que l’un comme l’autre ont des préférences dans leur activisme antiraciste. On peut donc faire copain avec un triste personnage si l’on converge sur quelques points qui rendent aveugles sur les autres. Le deuxième argument est utilisé en désespoir de cause. Quand on est acculé dans sa défense, on sort la « relativité échappatoire ». Sandrine Rousseau n’a pas manqué de le faire à la fin de l’entretien. Elle consiste à minimiser la polémique en la confrontant aux malheurs du monde. Comment pouvez-vous me parler de Médine (il est vrai qu’il n’a aucun intérêt) alors que nous sommes menacés par le réchauffement climatique et la faim dans le monde ! Le journaliste ne pouvait guère répondre à cet argument, sinon qu’il prouvait que Sandrine Rousseau n’avait en fait rien pour justifier l’invitation de ce zozo aux sauteries des trois morceaux de la gauche sinon une volonté d’autodestruction. Illustration : Bosch "L'escamoteur"