20 Janvier 2024
Parmi les écrans visés il y a surtout le smartphone devenu un organe supplémentaire, certes extérieur à notre corps mais intimement rattaché à celui-ci. Si par malheur il vient à se détacher, le porteur éprouve des troubles psychologiques, mais également physiques du type sevrage d’une dépendance, des études les ont bien mis en évidence chez les jeunes. On voit le problème médical auquel vient de s’attaquer avec témérité notre président, peut-être inconscient de la rudesse de la tâche.
En effet, l’intelligence artificielle va prendre une place de plus en plus grande en offrant un nombre de services effarant. Toutes les marques s’y mettent pour nous proposer des prothèses qui vont penser pour nous (ou offrir une pensée à ceux qui n’en avaient pas). Et il est fort possible que dans l’avenir on assiste à une atrophie de notre cerveau au fur et à mesure que se développera l’organe smartphonique. Disposant d'un stockage des informations dans notre poche, nous n'entrainons plus notre mémoire, on parle même de créer un hippocampe artificiel, sans doute pour remplacer notre mémoire devenue défaillante. "L'homme augmenté" ne sera-t-il pas un "homme remplacé" ? Limiter l’utilisation de l'organe smartphonique sera perçu comme une amputation provoquant les douleurs d’un membre fantôme.
Un consultant chez Forrester Research ne déclare-t-il pas : « À l'avenir, je pense que l'IA permettra à nos smartphones de devenir notre sixième sens. Associés à des capteurs et à des approches écosystémiques de marque, ils anticiperont nos besoins et offriront des expériences plus contextuelles, invisibles et immersives…Avec un assistant personnel d'IA dans votre poche, la façon dont nous interagissons avec la technologie et les marques va changer ». Il s’agit d’en faire le moins possible et plutôt que d'anticiper les besoins, ces machines sont conçues pour en créer et pour ne pas oublier d’interagir avec les marques et parfaire ainsi notre mutation en "homo comestor" disposant d’un reliquat cérébral suffisant pour acheter les innovations technologiques.
NB : Rie Kudan, romancière de 33 ans, a reçu le prestigieux prix Akutagawa le 17 janvier à Tokyo. Lors d'une conférence de presse, devant un parterre de journalistes, elle a déclaré tout naturellement : « Concernant ce roman, j'ai beaucoup utilisé l'intelligence artificielle générative comme ChatGPT. Je dirais qu'environ 5 % de ce roman sont des phrases créées par l'IA que j'ai reprises telles quelles. ». Même la création.