Vincent Van Gogh « Vieil homme affligé »
EVE EST PARTIE
Eve est partie.
Il craint la venue de la nuit.
Le couvercle relevé sur le clavier
Dévoile les touches mortes du piano
Que personne ne fera plus vibrer.
Les pétales s’écaillent sur le plancher,
Plus personne n’apporte leur eau.
Eve est partie.
Il est échoué, assis le dos courbé,
La tête dans ses mains devenues inutiles,
Ressassant des pensées puériles,
Comme un enfant abandonné.
Eve est partie.
Il reste incrédule, l’esprit à la dérive.
Ses yeux humides refusent la clarté,
Il les protège de la lumière trop vive,
Ce soir la lune dans l’obscurité,
Posera sa pâleur sur son visage immobile.
Dans sa tête les images du passé défilent.
C’est impossible, mais Eve n’est plus là.
Dans ce soudain silence, il reste assis.
Malgré lui, il guette encore ses pas.
A quoi bon se lever, puisqu’elle est partie.
Paul Obraska