Le stéthoscope (voir la chronique médicale n°
15 « Les médecins bricoleurs ») a perdu de son aura depuis l’introduction en médecine de l’échographie, mais même jadis il ne pouvait pas
tout faire. Dans les années 1950, à l’époque où les patrons examinaient un malade « exemplaire » dans un amphithéâtre devant les étudiants réunis, le Pr Louis Pasteur Vallery-Radot,
manifestement préoccupé, mit son stéthoscope aux oreilles et dit, en appliquant le pavillon sur le dos du patient : « allo !! » dans un silence
respectueux.
Ce que l’on peut obtenir avec un stéthoscope, ce sont les bruits du corps et le silence du patient. Si chez certains patients il faut arracher chaque mot, chez d’autres, au contraire, le problème est d’interrompre ou d’orienter le flux ininterrompu de paroles. L’utilisation du stéthoscope permet d’obtenir le silence et un havre de paix (ou certains médecins fatigués peuvent penser à autre chose). Si pendant l’auscultation le patient reprend son discours, le médecin à l’écoute entend une musique cacophonique et traumatisante mais pas les paroles.
C’est ainsi qu’une vieille dame de 88 ans se mit à parler alors que j'avais le stéthoscope aux oreilles. Je l’ai donc retiré pour l'avertir que je n'entendais pas ce qu'elle me disait et elle me répondit : " ça n'a pas d'importance, ce que je vous dis n'a pas d'intérêt". Lucidité.