17 Juillet 2024
Van Gogh : "Autoportrait à l'oreille bandée"
Comme Van Gogh, Trump arborait à la convention républicaine un pansement sur l'oreille droite, certes plus petit, mais qui rappelait au monde qu'on lui avait tiré sur l'oreille, qu'à cette occasion son attitude fut virile, et surtout que Dieu est intervenu pour lui sauver la vie en lui faisant tourner la tête au bon moment. Devenu un miraculé distingué par Dieu, il voit ainsi s'effacer, avec l'appui bien humain de la Cour Suprême, le bruit des multiples casseroles qu'il traîne dans son sillage.
Van Gogh s'était tranché lui-même l'oreille, exemple fameux d'automutilation, en offrant le lobe détaché à une jeune fille.
L'automutilation est couramment observée en psychiatrie, expression de la recherche d’une aide et associée à un risque accru de suicide. Dans ma pratique j’ai eu l’occasion de rencontrer quelques cas d’automutilation et constaté les misères physiques que les patients s’infligeaient à eux-mêmes. Bien sûr, ce n’était pas de mon ressort mais celui de la psychiatrie.
Depuis l’apparition des réseaux sociaux on assiste de plus en plus à l’automutilation numérique. Cette nouvelle forme de douleur auto-infligée consiste à s’envoyer à soi-même, des messages d’insultes ou du contenu nuisible pour la personne à leur origine, de préférence anonymement pour que le contenu semblant avoir été envoyé par autrui apparaisse plus douloureux à la réception.
Aux USA, il existe une publication intitulée Journal of School Violence qui a réalisé une étude sur trois enquêtes nationales menées sur le sujet en 2016, 2019 et 2021. Celles-ci avaient interrogé des adolescents américains âgés de 13 à 17 ans et il a été constaté une nette augmentation du phénomène de 6,3 % en 2016 à 12% en 2021. Ainsi plus d'un adolescent sur 10 éprouverait le besoin d'utiliser une boucle de messagerie pour se dénigrer soi-même, la lecture d'un message paraissant plus éprouvant que de s'insulter à voix haute.
Le phénomène touche plus souvent les jeunes femmes, les jeunes issus de minorités raciales ainsi que les jeunes non-hétérosexuels. Les motivations seraient très variées ; appel à l’aide, la volonté d’être cool (?) et la haine de soi (qui peut aller jusqu’au suicide).
Il n'y a aucun risque que des personnalités publiques s’envoient à eux-mêmes des messages d’insultes alors qu'elles les méritent. Il est vrai que d'autres s'en chargent, mais l'autocritique serait bien plus efficace.
Source pour l'automutilation numérique : Journal International de Médecine 17/07/24