La nuit dernière l’agglomérat de gauche, le LR et le RN se sont congratulés en chœur après avoir rejeté deux des quatre articles du projet de loi sanitaire présenté par le gouvernement concernant notamment la possibilité pour celui-ci d’assurer un contrôle des arrivants aux frontières françaises en cas d’apparition d’un nouveau variant du SARS-CoV-2 pour s’assurer qu’ils n’en sont pas porteurs.
Ceux qui se sont opposés à ces articles du texte ne sont pas peu fiers de leur prouesse à l’égal d’un Dupont-Aignan « tweetant » : « Victoire extraordinaire, passe sanitaire aux frontières vient d’être rejeté par l’Assemblée Nationale. Le temps où le Président prenait le Parlement comme chambre d’enregistrement de ses folies est révolu !!! ».
Jusqu’à présent les nouveaux variants du virus sont apparus dans un autre pays que la France, on peut certes penser que quoi que l’on fasse celle-ci serait atteinte, c’est ce qui s’est passé jusqu’à présent, mais on peut aussi remarquer que les contrôles aux frontières laissaient beaucoup à désirer surtout au début de la pandémie. Le texte présenté par le gouvernement essayait d’anticiper une situation possible dans l’avenir, il s’agissait d’une mesure sanitaire de bon sens même si l'on ne peut pas en garantir une parfaite efficacité (1).
La question de fond que je me pose par ailleurs : une mesure sanitaire aux frontières pour tenter de protéger la population devrait-elle avoir l’aval du parlement ? A la limite pourquoi ne pas demander un vote du parlement pour l’introduction d’une prévention ou d’une thérapeutique quelconque ? C’est à dire soumettre les mesures médicales aux aléas de la politique politicienne où l'intérêt partisan, voire personnel, passe avant l'intérêt général.
Le triomphe de l’opposition pour avoir mis en échec le gouvernement pour une mesure sanitaire ne touchant que les contrôles aux frontières risque de tourner en désastre si par la suite des centaines de passagers contaminés par un nouveau virus débarquent un jour dans nos aéroports et se dispersent sans précautions aux six coins de l'hexagone. J’espère alors que Dupont-Aignan mettra son masque dans le bon sens et avertira son entourage s’il est contaminé.
Illustration : constitution de l'Assemblée Nationale à Versailles le 17 juin 1789. Estampe de JM Moreau.
(1) L'Espagne demeure épargnée par la vague actuelle : la remontée du nombre de cas y est très lente depuis le début du mois de juin, contrairement à ce qu’on observe en France par exemple. Or, l’Espagne est un des rares pays à avoir conservé ses restrictions pour entrer sur son territoire pour les voyageurs qui viennent de l'extérieur de l'espace Schengen, ainsi que l’obligation du port du masque dans les transports et les établissements de santé.