Comme l’illustre le dessin ci-contre, la première inquiétude à avoir est : aura-t-on pour la délivrance de ces passeports vaccinaux l’absence d’anticipation et la désorganisation que nous avons connues dans la gestion de cette crise sanitaire pour les masques, les tests, et la vaccination ? S’agissant de papiers, je pense que l’administration française sera à la hauteur. D’ailleurs après avoir reçu la première dose de vaccin Comirnaty, il m’a été délivré un joli badge rond avec l’inscription : « je suis vacciné.e contre la COVID-19 ». J’ignore s’il s’agit d’un ballon d’essai préfigurant le futur passeport, mais je n’ai pas l’intention de l’épingler au revers de ma veste, je n’aime pas être marqué.
La seconde inquiétude que l’on peut avoir tient à la réaction prévisible des Français très sourcilleux sur le plan des libertés, même si cette liberté va jusqu’à celle de mourir, et surtout en matière d’égalité. On voit poindre la polémique qui a déjà commencé. Quand tout le monde aura la possibilité d’être vacciné nous aurons deux catégories de population : celle avec anticorps anti-covid-19 qui pourra vaquer librement à des occupations enfin permises, et celle qui en sera dépourvue et dont la virginité virale devra être régulièrement vérifiée avant de baisser le masque, la liberté a ses revers, et l’on peut penser que la moindre des choses est de les assumer.
La troisième inquiétude à avoir est : quel va être l’impact sur l’épidémie de l’existence de cette fraction de la population qui refuse le vaccin ? Cette fraction, si elle est notable, permettra au virus de circuler et donc de muter avec l’apparition de variants susceptibles de résister aux défenses immunitaires acquises par les vaccinés avec le retour à une égalité parfaite dans la menace pour l’ensemble de la population, le temps de mettre sur pied de nouvelles campagnes de vaccinations. Si l’on n’arrive pas à atteindre une immunité collective qui exigera la vaccination d’une proportion importante de la population, il n’est pas exclu que l’on soit un jour amené à rendre le vaccination anti-covid-19 obligatoire.