« Après une bataille de plusieurs années, le logo nutritionnel coloriel Nutri-Score a été adopté officiellement en France en octobre 2017 (puis en Belgique, en Espagne, en Allemagne et aux Pays-Bas). Destiné à être affiché sur la face avant des emballages alimentaires, il a un double objectif : aider les consommateurs à juger, d’un simple coup d’œil, de la qualité nutritionnelle globale des aliments au moment de leur acte d’achat et inciter les industriels à reformuler la composition nutritionnelle des aliments qu’ils produisent. Le choix du Nutri-Score par les autorités de santé publique repose sur des bases scientifiques solides (plus de 40 études) qui ont validé l’algorithme sous-tendant le calcul du Nutri-Score et démontré son efficacité…Dans une étude récente de modélisation il a été démontré que le Nutri-Score apposé sur l’ensemble des aliments permettrait, en France, de réduire la mortalité par maladies chroniques de 3,4 %, soit de 6 600 à 8 500 décès qui pourraient être évités chaque année par cette simple mesure de santé publique. » (extrait d’un éditorial de Serge Hercberg paru dans la Revue du praticien de décembre 2019 )
L’auteur de cet éditorial appelle à rendre obligatoire pour toutes les entreprises l’apposition de ce logo nutritionnel coloré du vert au rouge, car nombre d’entreprises sont très opposées à cette exposition, et l’auteur cite entre autres : Coca-Cola, Mars, Mondelez, Unilever, Kellogg’s, Ferrero…
Le bénéfice en matière de santé publique avancé par l’auteur est impressionnant, et il parle de bénéfice démontré, or il s’agit d’une modélisation et non d’une démonstration. C’est une prospective probable mais non certaine. Loin de moi l’idée qu’il ne faut pas s’efforcer de manger plus sain, c’est à dire en général de façon plus ennuyeuse en retirant le plus souvent à la table le plaisir qu’elle peut donner. Je ne parle pas du Coca-Cola dont la consommation pour accompagner les aliments m’a toujours paru une aberration mais qui s’est malheureusement généralisée. Sélectionner ses aliments comme s’il s’agissait de médicaments (« nutriments ») me semble triste. Comme dit l’autre « je ne sais pas si en suivant ce régime vous prolongerez votre vie, mais il est certain qu’elle vous paraîtra plus longue »
Le « Nutri-Score » est sûrement une bonne chose, surtout s’il permet d’écarter des saloperies. Mais c’est encore une médicalisation de la vie courante, une inquiétude supplémentaire, une incursion dans notre liberté de choisir, un formatage des esprits.
J’ai eu l’expérience douloureuse concernant deux de mes amies, toutes deux obsédées par la sélection alimentaire, cuisant tout à la vapeur, se privant depuis des décennies de croissants ou d’autres mets qu’elles aimaient. Elles sont mortes toutes les deux prématurément d’un cancer du pancréas. Aucune valeur statistique, mais quelle triste ironie.
Illustration : Renoir "Le déjeuner des canotiers"