23 Septembre 2019
Adriaen Brouwer : "Devoirs paternels désagréables"
L’Académie de médecine s’est permis de faire remarquer que les enfants de lesbiennes ou de femmes seules obtenus par procréation artificielle en utilisant le sperme d’un inconnu pouvaient éventuellement pâtir de l’absence totale de père en étant, en quelque sorte, orphelin de naissance. Les académiciens pensent que les études qui ne relèvent aucune conséquence de l'absence de père sur la construction de l’enfant sont peut-être discutables sur le plan méthodologique et manquent, à leur avis, de recul.
Cette déclaration académique intempestive qui parle de "rupture anthropologique majeure" à l’heure de la discussion de la loi de bioéthique a été très mal reçue (on a de suite parlé d'idéologie) car il est pratiquement certain que le débat aboutira à permettre à toutes les femmes d’avoir des enfants par procréation artificielle. En outre, bien que les soins médicaux n’aient rien à voir ici (à moins de considérer l’homosexualité comme une maladie), il est plus que probable – le désir étant devenu un droit – que la fabrication de ces enfants orphelins de père sera à la charge de la société.
Il est ainsi admis que le père dans une famille est inutile, puisque l'on peut d'emblée s'en dispenser sans en éprouver le manque. (voir a contrario "L'ancêtre des nouveaux pères").
L’argument qui consiste à dire que l’enfant trouvera sûrement un substitut du père dans l’entourage me paraît spécieux et plutôt aléatoire et ne change rien à la proclamation que le père n'est aucunement indispensable pour l'épanouissement de l'enfant, et les études, surtout anglo-saxonnes, qui ont été faites vont apparemment dans ce sens.
Existe-t-il une différence entre l’absence de père comme une donnée de base et la disparition du père dès les premières années ? Dans le premier cas le père n’a jamais existé tel un zéro dans l’équation de la vie, dans le second, son existence fait partie du récit familial, il a pu laisser des traces de son passage, ne serait-ce que des photos.
Je n’ai aucune compétence pour émettre un avis quelconque sur le plan général, d'autant plus que je ne connais pas en détail les études sur le devenir des enfants en milieu exclusivement féminin, mais je pense qu'il est probable que la non existence d'un père a moins d'impact que sa disparition. Une fois n’est pas coutume, je vais parler de mon cas personnel, ce qui n’a, j’en conviens, aucune valeur statistique. J’ai perdu mon père à l’âge de dix ans et je suis devenu vieux très jeune.