10 Septembre 2019

Lorsque j’étais en activité, je trouvais regrettable la fermeture de services d’urgences afin de les concentrer façon usine, associée à la fermeture drastique de lits hospitaliers.
On justifiait la fermeture des « petits » services d’urgence par le fait que ceux-ci ne disposaient pas toujours de tous les équipements qui auraient pu s’avérer nécessaires pour prendre totalement en charge tous les patients, quelle que soit leur pathologie. La vérité est évidemment économique : concentrer les moyens et le personnel coûte moins cher.
Quant aux raisons de la fermeture des lits, elles étaient et sont toujours essentiellement économiques, en s’imaginant dans une logique à la Gribouille que la disparition des lits diminuerait un nombre équivalent de malades, mais cela permettait aussi de respecter le quota réglementaire d’infirmières et d’aides-soignantes en fonction du nombre de lits. La fermeture de lits a permis un remplissage maximum des services, avec une réduction de la durée de séjour au point de faire sortir parfois des patients à moitié guéris et à favoriser (ce qui n’est pas un mal) l’hospitalisation de jour.
La conséquence aujourd’hui est que devant l’afflux des patients se présentant aux urgences, on ne sait plus où les mettre lorsqu’une hospitalisation s’avère nécessaire. Ne parlons pas d’une éventuelle catastrophe.
Notons qu’un lit vide ne coûte presque rien (le maintien de la propreté) mais les règlements ne sont pas pragmatiques, même non fonctionnel, un lit vide doit avoir son quota de personnel qui, lui, doit être payé.
Quant à la fermeture de nombreux services d’urgence à laquelle nous avons assistée, c’était évidemment une ânerie, car s’ils n’avaient pas tous les derniers équipements, ils permettaient de faire un tri parmi les patients et de diriger sur de plus grosses structures la minorité de patients qui le nécessitaient (d'ailleurs le nouveau plan présenté prévoit la création de 50 "maisons médicales de garde")
La ministre de la Santé devant la grogne qui règne dans les services d’urgence débordés vient de sortir un plan. Pour juger de son efficacité il faudra voir les résultats une fois appliqué. D’après ce que j’ai pu en lire il s’agit surtout d’un programme d’organisation et de distribution des compétences, et je n’ai pas vu grand-chose d’autre (notamment pour le nombre de lits et du personnel à disposition).
La réforme présentée comme spectaculaire et qui me laisse dubitatif est la concentration sur un seul numéro de tous les appels à l’aide (si j’ai bien compris : santé, pompier, police) : le SAS (service d’accès aux soins). La ministre de la Santé Agnès Buzyn déclarant : "Je pense qu’il existe un continuum, qui va du conseil médical et demande d’orientation à la vraie urgence vitale, et nous devons répondre à ces besoins qui sont intimement liés", et elle appelle à cesser la "guerre de tranchée" entre les médecins libéraux, les hospitaliers et les secours d’urgence. Personnellement, je ne vois pas en quoi sont liés un conseil médical et une urgence vitale et je n'ai jamais vu de "guerre de tranchée" entre les libéraux et l'hôpital, mais mon activité était à la fois hospitalière et libérale.
Evidemment, je ne sais pas comment la chose sera organisée, mais je crains un bordel monstre. Les robots seront très probablement de la partie et je vois d’ici la famille affolée taper la main tremblante le 1, le 2, le 3 ou le 4 et probablement plus, à côté d’un malade au plus mal et recommencer en cas d’erreur sans pouvoir accéder à une voix humaine. Il me semble plus simple et plus rapide d'accéder directement au service recherché plutôt que de suivre une filière. Mais je fais sans doute un procès d’intention : tout se passera bien en mélangeant la police, les pompiers, une demande de RV, un conseil médical, et un appel pour une urgence vitale. Il est prévu en outre de diriger éventuellement un patient vers un cabinet médical. Est-ce que Mme Buzyn est entrée dans une salle d’attente d’un cabinet médical ? Sait-elle que les médecins se font agresser par des patients parce que l’attente leur paraît trop longue ? Pense-t-elle qu’ils pourront se charger en plus des demandes du SAS ?
Que l’organisation améliore les choses, je veux bien, mais ça n’augmentera pas le nombre de médecins, d’infirmières, d’aides-soignantes et autre personnel et de lits disponibles. Mais la ministre de la Santé actuelle hérite d'une situation dont elle n'est pas directement responsable et il faut des années pour former le corps de santé.
Illustration : Goya et son médecin