Rembrandt : "L'ange arrêtant Abraham avant le sacrifice d'Isaac à Dieu"
Si au cours de ma pratique j’avais eu l’occasion de recevoir un patient venu me dire qu’il entendait Dieu lui parler, je ne doute pas un instant qu’il en aurait été très inquiet et je l’aurais été également pour lui. Les hallucinations auditives comme les hallucinations visuelles sont en général inquiétantes et évoquent la possibilité d’une maladie psychiatrique sérieuse ou d’une tumeur cérébrale.
« Si vous parlez à Dieu, vous êtes religieux. Si Dieu vous parle, vous êtes psychotique » est une réplique du Dr House servie par un dialoguiste de la série américaine et qui montre qu’à notre époque avec les progrès du diagnostic médical aucun individu ne pourrait être pris pour un prophète connecté à Dieu, parlant en son nom, à l’origine d’une religion susceptible d’être suivie pendant des siècles par des milliards de croyants.
Aujourd’hui une telle personne serait soignée en ambulatoire par des drogues puissantes ou internée si elle se livrait à des actes violents envers les autres, comme Abraham ou Moïse ou envers lui-même, comme ce fut le cas de Jésus de Nazareth qui tenait apparemment à mourir crucifié afin de pouvoir, selon les chrétiens, ressusciter.
Slate.fr fait état d’ un article publié en 2012 dans la revue The Journal of Neuropsychiatry and Clinical Neurosciences où des neurologues et psychiatres américains ont pris au pied de la lettre les écrits de l’Ancien et du Nouveau Testament afin d’en étudier la sémiologie avec l’œil du médecin et d’établir les diagnostics différentiels concernant les quatre grandes figures bibliques: Abraham, Moïse, Jésus et Saint Paul.
A noter que ces médecins ne se sont pas intéressés à Mahomet qui dans sa légende aurait été pourtant effrayé (comme quoi il se rendait bien compte de la gravité de son cas) en entendant des voix et en souffrant de symptômes divers dans la grotte lors de ses expériences spirituelles.
Dans l’article de 2012, les diagnostics vont bon train et ont l’avantage de ne pouvoir être vérifiés, ce qui est également le propre des thèses religieuses.
Pour Abraham au cours de ses 175 ans de vie il aurait eu de nombreuses hallucinations mystiques. La crise la plus aigue étant la folie meurtrière où il faillit égorger son fils après avoir entendu Dieu le lui demander. Selon les psychiatres américains le diagnostic le plus probable serait celui de schizophrénie.
C’est également un des diagnostics retenus pour Moïse : de la révélation du buisson ardent à la dictée des tables de la loi, ses hallucinations visuelles et auditives sont multiples. Le diagnostic de trouble bipolaire est cependant évoqué en raison des changements brutaux d’humeur. Moïse s’était d’ailleurs révélé particulièrement violent en liquidant 3.000 adorateurs du veau d’or.
Pour Jésus Christ, aux hallucinations et délires mystiques s’ajouterait une mégalomanie s’il était vraiment persuadé d’être le fils de Dieu. Ces symptômes pourraient s’inscrire dans un trouble psychotique ou un trouble bipolaire. Les auteurs américains pencheraient plutôt vers le second diagnostic car à la fin de sa vie Jésus semblait présenter une note dépressive quand il expliquait la nécessité de sa mort, ce qui l’a conduit à un quasi suicide.
Pour Saul de Tarse (St Paul), qui fit du christianisme une religion universelle et sans qui elle serait sans doute restée la croyance locale et temporaire d’une secte juive, les psychiatres se sont surtout penchés sur l’épisode du chemin de Damas aboutissant à sa conversion alors qu’il était hostile aux chrétiens : aveuglé par un éclair blanc et chutant de son cheval, il entendit la voix de Jésus. Le diagnostic d’hystérie est évoqué. Mais le halo blanc aurait pu être provoqué par une crise d’épilepsie du lobe occipital entrainant sa chute de cheval et un traumatisme crânien expliquant une cécité de trois jours.
Bien entendu le point de vue du médecin n’est pas celui du croyant pour qui ces hallucinations et ces délires mystiques ne sont en fait que des manifestations divines subies par le prophète choisi par Dieu pour se révéler.
La vérité est désormais profondément enterrée sous le poids des siècles et de la foi que ne peut entamer aucun raisonnement médical (hypothétique) ou autre.