« Très attendu, l'essai Ipergay débutera en janvier 2012 avec la participation d'hommes séronégatifs ayant fréquemment des rapports homosexuels sans préservatif avec des partenaires occasionnels et donc fortement exposés au VIH. Il leur permettra de bénéficier d'une offre globale et combinée de prévention du VIH. Il permettra aussi d'évaluer l’impact de cette offre sur les participants et tiendra en particulier à mesurer les effets d’une prophylaxie "intermittente", "à la demande", qui comprend la prise d’antirétroviraux [Truvada] avant, pendant, et après les périodes de forte activité sexuelle » (AIDES 4/12/2011).
Cet essai comportait le suivi en « double aveugle » (ni le médecin, ni le malade n’ayant connaissance du traitement pris) de deux groupes, l’un prenant la prophylaxie pré-exposition et l’autre un placebo. Des études antérieures (aux USA) ayant déjà montré l’efficacité d’une prise quotidienne du produit (réduction du risque de 44%), on peut s’étonner qu’il y ait eu dans cet essai un groupe placebo, ce qui n’était guère éthique. Quoi qu’il en soit, devant l’efficacité du traitement, les investigateurs viennent (seulement) de décider de donner le traitement au groupe placebo.
L’efficacité de cette prophylaxie pré-exposition soulève évidemment nombre de questions.
Doit-on appliquer un traitement, certes bien toléré mais qui n’est pas dénué d’effets secondaires, à des gens en bonne santé (séronégatifs) ?
Doit-on le prescrire uniquement pour permettre à ceux qui sont le plus exposés à la contamination par le VIH de prendre des risques et de ne pas utiliser le préservatif ?
Le bien-fondé du remboursement par la sécurité sociale se posera. Le prix du Truvada est de l’ordre de 500 euros pour 30 comprimés ! Faut-il pour satisfaire des convenances très personnelles (multiplicité des partenaires, rapports anaux) que le contribuable débourse 50 euros (3 comprimés) à chaque fois que le bénéficiaire éprouve l’envie de s’envoyer en l’air à son goût ?
Il me semble que poser la question, c’est déjà avoir la réponse. Mais la polémique est à venir, car l’argument probablement avancé sera celui de l’intérêt de cette prophylaxie pour réduire le nombre de contaminations (ce que l’usage régulier du préservatif serait également capable de faire).