L’utilisation d’extraits de corps humain comme thérapeutique est devenue d’une grande banalité avec les transfusions sanguines et les transplantations d’organes, et il ne vient à l’idée de personne de parler de cannibalisme.
Pourtant, on trouve extravagant que par le passé les gens et notamment les monarques aient pu chercher à se soigner ou prévenir les maladies en utilisant des morceaux de corps humain : crâne, cervelle, os, chair, graisse ou peau sous diverses formes : décoctions ou appositions pour lutter contre la maladie ou renforcer leurs capacités. Charles II d’Angleterre distillait du crâne humain dans un laboratoire secret pour obtenir un élixir miraculeux appelé les « gouttes du roi ». Cette « médecine par les corps » aurait été appréciée par François 1er, le chirurgien d’Elisabeth 1er et bien d’autres. Une tradition qui d’après Richard Sugg[1] aurait perduré jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.
Les vampires des Carpates équipés de dents adéquates n’ont pas été les seuls amateurs d’hémoglobine. Dans le passé le sang était prélevé sur les morts encore frais. Il existerait un tableau de l’exécution du roi Charles 1er en 1649 où l’on voit les badauds récolter le sang du roi avec des mouchoirs. Le sang était le traitement de choix de l’épilepsie. « Au Danemark, le jeune Hans Christian Andersen a vu des parents faire boire à leur enfant malade du sang à l’échafaud » [1]. Les bourreaux demandaient à leurs assistants de recueillir le sang dans des coupes alors qu’il jaillissait du cou des criminels mourants. Lors d’une exécution au XVIe siècle en Allemagne, un vagabond aurait saisi le corps décapité avant qu’il retombe pour en boire le sang.
Recueillir le sang des condamnés exécutés ne faisait de mal à personne, même s’il était illusoire de penser qu’en le buvant on pouvait obtenir une guérison. Aujourd’hui le sang des autres permet de sauver chaque jour d’innombrables malades, mais ces donneurs restent heureusement vivants après leur don. Il est cependant arrivé que le donneur soit sacrifié sans avoir été condamné.
Au XIIe siècle, les conciles (Clermont, Latran, Tours) interdirent aux membres du clergé la pratique de la médecine et surtout de la chirurgie en vertu du principe : « Ecclesia abhorret a sanguine ». En 1492, le Pape Innocent VII, gravement malade, aurait dû s'en souvenir quand son médecin lui proposa la première transfusion sanguine humaine connue avec le sang de trois enfants. Les quatre en moururent. Le Pape aurait pu supporter la transfusion si son groupe sanguin avait été celui du « receveur universel », mais le monde est mal fait et ce groupe est le plus rare des quatre principaux découvert par l'autrichien Karl Landsteiner en 1901. La chance que les enfants soient tous trois des « donneurs universels » était également mince.
[1] Mummies, Cannibals and vampires : enquête sur le cannibalisme médicinal chez les monarques britanniques