Pour une fois, je vais me faire le porte-parole – très officieux - des trafiquants de drogues qui se sentent discriminés par les autorités. Ces trafiquants sont bien conscients qu’ils vendent des poisons redoutables à l’origine d’une dépendance qui leur permet d’assurer la fidélité de leur clientèle, mais aussi leur déchéance ; sont-ils les seuls ?
La publicité pour les jeux qui envahit tous les vecteurs médiatiques (y compris Overblog), les multiples possibilités offertes sur internet (depuis 2010) aux joueurs compulsifs qui peuvent ainsi prendre leur dose à domicile, n’est-ce pas pousser à une dépendance redoutable ? Dépendance qui peut conduire au désintérêt de tout autre chose, à négliger son entourage, au désarroi et à la ruine des familles. Publicité envahissante qui permet de recruter de nouveaux adeptes qui n’auraient peut-être pas songé à tomber dans cette « ludomanie » et ceci dès l’enfance[1].
Ils sont 200 000 en France à être accros aux jeux de hasard et d’argent[2]. 3 fois sur 4 ce sont des hommes, âgés en moyenne de 41 ans, gagnant moins de 1 100 euros par mois (60% des joueurs excessifs) et pour la quasi-totalité, avec un niveau d’étude inférieur ou égal au bac. La moitié des joueurs excessifs ont également une consommation excessive d’alcool. Deux tiers sont des fumeurs quotidiens et 6,1% ont consommé du cannabis au cours du dernier mois (contre 4,4% dans la population générale). Il faut donc souligner que les joueurs sont en majorité plutôt pauvres, et un certain nombre d’entre eux cherchent probablement à s’enrichir en jouant, ce qui conduit la plupart à s’appauvrir. A noter qu’il y a moins de « joueurs dits problématiques » en France que dans d’autres pays comme les aux USA, l’Australie, l’Italie, le Canada, la Belgique ou la Grande-Bretagne où la pompe à fric parait encore plus efficace.
Vous me direz aussi que les servants de la pompe à fric sont également conscients du mal qu’ils font puisqu’ils ont organisé généreusement des postes de secours pour les pauvres types qu’ils ont rendu dépendants et qui peuvent téléphoner à un numéro d’urgence ou se rendre dans un centre[3] lorsqu’ils ne supportent plus le mal que les mêmes ne cessent de favoriser et d’entretenir. Le jeu est d’ailleurs surveillé avec compassion par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies.
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La Française des jeux surveille également avec attention les joueurs (40 personnes à temps plein et 10 inspecteurs) pour dépister toute malversation. C’est ainsi que des handballeurs, qui se sont illustrés dans les compétitions mondiales, sont accusés d’avoir truqué un match sur lequel ils avaient parié alors qu’ils y participaient. C’est que l’on ne plaisante avec les jeux : le truquage d’un match est un délit puni de trois ans de prison et de 15000 € d’amende. Il eut été préférable pour le multiple médaillé Karabatic de faire comme le voyou accusé d’avoir participé à la rixe de Grenoble (deux morts) et qui avait été auparavant jugé en comparution immédiate le 27 août pour avoir attaqué un homme avec un couteau à un distributeur automatique de Grenoble et relaxé par le tribunal (le parquet aurait fait appel). |
Alors, puisque les Etats organisent ou encouragent la dépendance aux jeux et en tirent bénéfice, pourquoi ne pas permettre aux trafiquants de drogues de faire de la publicité pour leurs produits ? Et je suis pratiquement certain qu’ils seront d’accord pour créer, dans ce cas, des cliniques de désintoxication.
Les frères Le Nain : « Joueurs de cartes »
[1]Bien entendu, les jeux de hasard et d’argent existent depuis toujours. Le fait nouveau est la multiplication et la visibilité des possibilités offertes et encouragées.
[2]D’après une enquête récemment menée par l’Inpes (Institut national de prévention et d’éducation à la santé) et l’Ofdt (Observatoire français des drogues et des toxicomanies).
[3]Le numéro d’urgence du groupement Adalis (addictions en tous genres) est le 09 74 75 13. Il existe un centre au CHU de Nantes avec un site d’information et d’assistance, l’un et l’autre étant financés au 2/3 par la Française des jeux et le PMU.