• Répétitions

    Comme ce blog va bientôt avoir onze ans, je me rends compte que je suis amené à me répéter, et pas qu’une fois. Se répéter peut signifier bien des choses :

    Que les sujets de mécontentement ou d’ironie restent toujours les mêmes, seuls changent les personnages qui jouent la comédie et la façon de jouer un répertoire vieux comme le monde.

    Que les opinions que l’on a sur cette comédie restent toujours les mêmes, mais on ne sait pas alors si c’est un signe de constance ou d’obstination dans un point de vue qui n’est pas forcément le bon (mais qui peut dire quel est le bon ?).

    Reste aussi l’hypothèse où la répétition s’avère être un signe de sénescence, mais je serais alors en bonne compagnie avec tous les commentateurs que je vois défiler sur les écrans ou dans la presse.

    S’il existe un comique de répétition, la répétition à laquelle nous assistons depuis trois mois serait une tragi-comédie de répétition.

    Elle est tragique, car ces manifestations itératives se soldent déjà par des centaines de blessés dans les rangs des « gilets jaunes » et dans ceux des forces de l’ordre.

    Elle est tragique car la France en sortira forcément plus endettée qu’elle ne l’était auparavant, son économie se déglinguera davantage et ce seront les moins nantis (dont les « gilets jaunes ») qui en souffriront le plus. Mais le pire pourrait également survenir si l’Etat partait en vrille.

    Pourtant, cette répétition a aussi son côté comique ou plutôt absurde car on ne sait plus pourquoi ces gens défilent obstinément en se prenant du gaz lacrymogène et des balles de caoutchouc dans la tronche. Et plus comique qu’absurde quand ces milliers de personnes se considérant comme étant le peuple, en négligeant les millions d’autres qui ne manifestent pas, ont des exigences souvent farfelues comme de réclamer la direction du pays.

    Dans ce cas, le côté tragique risque de réapparaître si quelqu’un se lève pour parler au nom du peuple dans un premier temps puis pour le faire taire définitivement dans un second.

    « Malhonnêteté intellectuelle284. Stéréotypes du genre en biologie. Une querelle du XVIIème siècle »

  • Commentaires

    1
    Halley Jean-Claude
    Dimanche 3 Février à 18:42
    Cette répétition constitue un coup d'État permanent. Les responsabilités sontevidentes ! Triste démocratie !
      • Dimanche 3 Février à 19:18

        Disons que la légalité est amplement contournée.

    2
    Dimanche 3 Février à 18:53
    Pangloss

    Il y a aussi grave: la surdité du pouvoir qui ne voit de solution que dans la répression.

      • Dimanche 3 Février à 19:16

        Je ne pense pas que le pouvoir soit sourd et il l'a montré, mais il semble que toute solution venant du pouvoir actuel sera repoussée par cette minorité où les extrémistes jouent à présent un grand rôle. Je ne vois pas où est la répression quand il s'agit de protéger monuments et commerces, même si on peut discuter les modalités du maintien de l'ordre. Lorsque la manifestation n'est pas violente et se disperse lorsqu'on le lui demande, il n'y a, me semble-t-il, aucun problème.

      • Souris donc
        Lundi 4 Février à 08:47

        Le "pouvoir" songe à adjoindre aux élections européennes une sorte de référendum en forme de QCM. Il n'est donc pas sourd, et encore moins muet. On ne peut être qu'admiratif devant les "performances" et les "happenings" de l'artiste. 7 heures d'improvisation devant les publics les plus divers. Le "pouvoir" a de la répartie. Et donne satisfaction aux revendications, hélas sous forme de creusement des déficits (pas grave, c'est l'Etat qui paie).

        Et bravo pour votre blog, Dr WO, je suis très admirative de sa diversité, des illustrations, de la vivacité de vos réponses aux commentaires. Visuellement et intellectuellement, il est toujours surprenant. Signal d'alarme de la "répétition sénescente" : le radotage sentencieux. On en est loin.

      • Lundi 4 Février à 09:27

        Macron parait intellectuellement brillant et psychologiquement très maladroit, il a eu et continue à avoir des sorties provocatrices ("Jojo le gilet jaune") qu'un politique de petite envergure éviterait. Quoi qu'il en soit nous n'avons guère le choix dans cette situation périlleuse où le discours des manifestants dans la rue et sur les réseaux devient délirant et entretient une atmosphère explosive que les grèves prochaines ne vont pas arranger.

        Merci à vous de venir régulièrement pour enrichir et compléter mon blog de vos commentaires souvent documentés.

    3
    Lundi 4 Février à 11:27
    Pangloss

    Je suis de ceux qui pensent que ce "Grand débat" est une arnaque opération de communication.

    Assimiler violence et gilets jaunes comme le fait le gouvernement est un peu simpliste. Il y a de gilets jaunes qui pensent et qui proposent des thèmes dont on pourrait discuter dans ce grand débat au lieu de les cantonner dans des médias non-officiels. 

    https://youtu.be/QqmxLbpBil0

      • Lundi 4 Février à 11:52

        Le grand débat est peut-être une arnaque, mais il a le mérite d'exister. Personne n'assimile les gilets jaunes à la violence car c'est un groupe très hétérogène mais il comporte à présent beaucoup d'extrémistes et la violence est devenue le corollaire du mouvement (et son efficacité). Ceux qui ont créé le mouvement finissent pas s'en détacher. Il me semble que les gilets jaunes refusent de participer aux débats que la plupart condamnent d'avance. Ce mouvement s'auto-entretient sans vraiment savoir ce qu'il veut sinon des demandes parfois délirantes et pour certains la destruction des institutions. 

    4
    Lundi 4 Février à 12:14

    J'ai jeté un coup d'oeil sur votre référence. Bien sûr que nous vivons dans une démocratie imparfaite et qu'il y a des choses à modifier. Nous verrons ce qu'il adviendra de tout ça, mais ce mouvement finit par nuire lui-même à sa cause.

    5
    Lundi 4 Février à 14:09

    Les Gilets jaunes me font penser à la formule bien connue (connue il y a 30 ans, certes smile) : la politique c'est une façon d'agiter le peuple avant de s'en servir. 

    Ils sont là à se faire éborgner sans savoir pourquoi ("les choses doivent changer... on doit écouter le peuple... ")  alors que les bénéficiaires ne peuvent être que Mélenchon (dans ses rêves) et Marine Le Pen (dans nos cauchemars). 

     

    PS : Le problème n'est pas de répéter, Doc, c'est de le faire avec talent. Ce qui est votre cas.

     

      • Lundi 4 Février à 14:29

        "les choses doivent changer... on doit écouter le peuple... " est tout de même d'une grande vacuité. La cohabitation qui paraissait si aberrante pour l'exécutif était finalement une soupape de sûreté démocratique qui avait été bien vue par les auteurs de la Ve constitution. Voir "Les mérites de la cohabitation"

        NB lorsque l'on se répète on espère sadiquement que les lecteurs fidèles ont des trous de mémoire. Un blogueur ne devrait pas dire ça.

    6
    Lundi 4 Février à 18:40

    Puisqu'on est dans les problèmes de répétitions, permettez-moi de revenir sur un sujet que j'avais abordé il y a deux mois...

    (merci...)

    Imaginons... imaginons, qu'une lassitude sourde émane du petit peuple, lassé de devoir subir encore une augmentation du prix du carburant...

    Imaginons qu'il s'en suive un mouvement de colère sous une forme originale qui lui assure un succès tant populaire que médiatique...

    Imaginons un chef d'état, au plus mal dans les sondages qu'auprès de ses collaborateurs usés par un rythme harassant...

    Imaginons que ce chef d'état (intellectuellement brillant ou parfaitement conseillé) décide de tenter de retourner la situation à son avantage...

    Imaginons que ce chef d'état (psychologiquement "maladroit", bien qu'ayant derrière lui une scolarité et un carrière professionnelle hors pair) mette un peu d'huile sur le feu en commettant des "maladresses" indigne d'un politicien de petite envergure... directement par ses petites phrases maladroites ou par quelques projets spécialement impopulaires par définition, ou indirectement par... Indirectement, quoi...

    Imaginons que ce petit peuple se trouve excédé par tant de mépris, de dédain et  d'incompréhension qu'il persiste dans sa colère grandissante, amalgamant avec le temps toutes les insatisfactions, toutes les rancœurs et toutes les revendications, y compris les plus saugrenues et les plus contradictoires.

    Imaginons que tous les mouvements politiques, depuis les plus modérés jusqu'aux plus extrêmes (y compris -en sous main- celui de ce chef d'état) tentent de récupérer ou d'infiltrer d'une manière ou d'une autre ce mouvement devenu hétéroclite et sans réel chef d'orchestre...

    Imaginons que ce chef d'état, soudain à l'écoute d'un peuple dont il semblait jusqu'alors ignorer l'existence, se présente comme l'autorité suprême et seule légitime grâce à diverses opérations de communication apparemment démocratique...

    Imaginons, enfin, cerise sur le gâteau, le plébiscite que devrait représenter un éventuel référendum aussi inattendu que souhaité par tous... y compris par le même petit peuple qui commence à se lasser de toutes ces manifestations et toutes ces violences restées trop longtemps sans effet sur les décisions gouvernementales...

    Mais, bon, c'est juste un exercice d'imagination de ma part. 

    Je vois, non pas des nains, mais des complots partout...

    ... mais je ne sais pas si ça se soigne.

      • Lundi 4 Février à 19:19

        Merci pour cet article (on peut le qualifier ainsi) qui ne doit rien ni à l'imagination ni au complot mais au machiavélisme supposé du chef de l'Etat, ce qui est lui attribuer un talent qu'il n'a peut-être pas ou des espérances qui ont peu de chances de se réaliser et auxquelles il serait illusoire de sa part de croire.

      • Jeudi 7 Février à 15:47

        Emmanuel Macron plus populaire qu'avant les gilets jaunes ! Merci qui ?

        "...ce n’est pas la finesse qui caractérisait l’exultation extatique de Christophe Barbier, mercredi matin, sur RMC, commentant la nouvelle remontée d’Emmanuel Macron dans un sondage IFOP-Fiducial pour Paris Match et Sud Radio : +6 points, après un +5 en janvier, soit une popularité supérieure (34 %) à celle qu’il avait en octobre, avant le début du mouvement des gilets jaunes ! Trop fort, notre Président ! "

         

      • Jeudi 7 Février à 16:06

        Que Macron essaye de se tirer d'affaire dans une situation difficile (et  qui n'est pas terminée) est une chose, mais penser qu'il a convoqué les gilets jaunes sur les ronts-points pour remonter dans les sondages et imposer quelques lois est plutôt amusant. Les GJ (avec à leur traîne casseurs et extrémistes) en emmerdant beaucoup de gens pendant trop longtemps ont fini par nuire à leur cause et à permettre à Macron de faire ce qu'il aime faire : parler.

      • Jeudi 7 Février à 16:25

        C'est sur que Macron n'a pas lancé un mot d'ordre clandestin pour envahir les ronds-points... mais on ne peut pas penser qu'il a su parfaitement et efficacement...

        "...Retourner totalement la situation à son profit, effacer une élection qui s’annonçait difficile par un référendum qui brouillera les cartes..."

      • Jeudi 7 Février à 17:07

        Macron est loin d'être tiré d'affaire.

    7
    Mardi 5 Février à 17:16

    Cher Dr WO, je peux affirmer que vos "répétitions ne me lassent jamais ! Par contre, le jaune, que j'appréciais beaucoup comme couleur, commence à me donner des boutons ! Il m'arrive même de regarder mon canapé jaune (moutarde) d'un oeil inquiet… heureusement, contrairement aux gilets, il est utile et confortable ! yes

      • Mardi 5 Février à 17:21

        Et vous pouvez vous asseoir dessus...

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