• Les médecins ont-ils été davantage misogynes que les autres ? La médecine, comme beaucoup de professions, a été longtemps interdite aux femmes. 

    Un Moyen Age  plus ouvert que d’autres périodes de l’Histoire.

    Les historiens citent avec complaisance quelques individualités mémorables et rares comme l’athénienne Agnodice qui se déguisa tout de même en homme pour devenir l’élève d’Hérophile à Alexandrie au IVe siècle avant notre ère ou Abella, professeur à Salerne, au XIe siècle, qui écrivit un traité sur le sperme et ce n’était pas la seule femme ayant étudié à l’école de médecine de Salerne sur la rive du golfe de Paestum, au sud de Naples, première université médicale occidentale, fondée avant l’an mille par le grec Pontus, le sarrasin Adela, le juif Helinus et le romain Salernus. Exemple même de la tolérance en plein Moyen Age. On y enseigne en grec, arabe, hébreu et latin. Les femmes sont admises et certaines y professent. Son rayonnement atteint son apogée au XIIIe siècle sous la protection de l’Empereur germanique et Roi de Sicile Frédéric II, à la barbe du pape. Ses élèves essaiment dans toute l’Italie, à Montpellier et au-delà. Mais une telle ouverture d’esprit ne saurait durer et fut progressivement étouffée. La renommée de cette université se maintiendra cependant jusqu’à la Renaissance puis déclinera. Elle disparaît en 1811, liquidée par Napoléon.
    Hildegarde de Bingen, mystique bénédictine du XIIe siècle, compositeur de musique, a également écrit un ouvrage de médecine : « Les causes et les remèdes » où elle préconisait surtout l’utilisation des plantes. Visionnaire, elle soutenait que l’esprit des femmes valait celui des hommes.
     
    L’art de l’accouchement a été longtemps un domaine strictement féminin. 
    Au Moyen Age, les hommes n’assistaient à un accouchement qu’au moment de leur naissance ; au-delà, ce droit n’était réservé qu’aux femmes. Un médecin de Hambourg, habillé en femme pour le faire, fut condamné au bûcher. Les matrones, avant la formation des sages-femmes et leur apparition en milieu rural, avaient également droit au bûcher : la mortalité néonatale était si importante qu’on les soupçonnait d’être des auxiliaires du malin qui – comme chacun sait - se réjouit des enfants morts sans baptême[1]. L’Eglise finit d’ailleurs par enseigner aux accoucheuses les rudiments du baptême et elles s’en acquittèrent par délégation. 
    Le corps médical masculin pour respecter la parité mit la main sur l’obstétrique dès la Renaissance. Le premier traité destiné aux sages-femmes est le Jardin des roses pour les femmes enceintes et parturientes  du docteur Eucharius Rösslin de Worms. En France, un peu plus tard, c’est Ambroise Paré qui s’y intéresse et forme des sage-femmes dont Louise Bourgeois qui accoucha Marie de Médicis. Au XVIIIème, Angélique le
    Boursier du Coudray issue de l’Office des Accouchées de l’Hôtel-Dieu de Paris, référence de l’époque, entreprit un tour de France, accompagnée d’un mannequin de démonstration, permettant aux novices ou aux matrones de se faire la main. Après la Révolution, ce fût l’Hospice de la Maternité de Port-Royal qui tint la vedette et Marie-Louise Lachapelle qui le dirigeait résista à la forte pression du corps médical qui voulait que les élèves chirurgiens y soient admis. Il est vrai que les élèves sages-femmes y vivaient comme internes pendant un an au moins et que la mixité aurait pu entraîner des travaux pratiques en amont de l’accouchement.
     
    Une misogynie "scientifique"
    La société a toujours considéré et beaucoup considèrent encore les femmes comme des handicapées. Le milieu médical n’a pas été en reste et au XIXe siècle des travaux pseudo scientifiques ont tenté de donner une caution scientifique à la ségrégation sociale dont les
    femmes étaient victimes. « La petitesse relative du cerveau de la femme dépend à la fois de son infériorité physique et de son infériorité intellectuelle » (Paul Broca, 1861). C’est mieux qu’Hippocrate qui considérait l’utérus comme le cerveau des femmes. Cerveau baladeur, car on a longtemps cru que l’utérus était mobile à l’intérieur du corps. « Quelques philosophes anciens, et Platon lui-même, regardaient la matrice comme un animal, non seulement capable de se mouvoir d’un lieu à l’autre, mais encore susceptible de fureur ». [2]
    Le « cerveau utérin » des femmes était pour Hippocrate à l’origine de l’hystérie, névrose volontiers féminine.

    De quoi je me mêle ?
    Le diagnostic d’hystérie est aisément porté par les hommes lorsqu’ une femme s’oppose à leurs vues ou lorsqu’ils réprouvent ses actions. Ce fût le cas pour Florence Nightingale, jeune fille anglaise de bonne famille, amenée à consacrer sa vie aux malades et aux blessés après une injonction divine. Elle créa en 1860 la première école d’infirmières à Londres et inventa le « nursing ». Lorsqu’elle débarqua avec trente-huit jeunes femmes à l’hôpital militaire de Scutari, dans les faubourgs de Constantinople, en pleine guerre de Crimée, les chirurgiens militaires et les autorités, bousculés dans leur routine ne pouvaient la considérer que comme une hystérique obstinée. Par contre pour les blessés, ce fût « l’Ange de Scutari ». Lorsqu’elle fût atteinte à la fin de sa vie d’une paraplégie que les médecins ne comprenaient pas, c’est évidemment le diagnostic d’hystérie qui leur vint naturellement à l’esprit.

    Comment éviter la concurrence des femmes
    Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, lorsque des femmes veulent devenir médecin, l’opposition est farouche. L’Américaine Elisabeth Blackwell est refusée par douze universités avant d’être admise à la Faculté de Genève, dans l’état de New York, où elle obtient son diplôme en 1849. A Paris, en 1868, c’est une Anglaise qui obtient l’autorisation de s’inscrire à la Faculté grâce à l’appui de l’Impératrice Eugénie et de Victor Duruy, ministre de l’Instruction publique. La même année s’inscrit la première Française, Madeleine Brès, à qui on interdit de se présenter à l’externat. Il faudra attendre 1881 pour l’externat , et 1885 pour l’ internat quand Paul Bert oblige l’Assistance Publique à ouvrir le concours aux femmes. La première interne  est une Américaine, Mrs Augusta Klumpke, future épouse du grand neurologue Jules Déjerine, elle deviendra présidente de la société de Neurologie. La première chef de clinique à la Faculté de Paris n’arrive qu’en 1911[3] . Enfin ce n’est pas avant les années 1930 que des femmes deviennent médecin ou chirurgien des hôpitaux.
    Actuellement plus du tiers des médecins sont des femmes et dans quinze ans elles seront la majorité[4].

      

    Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora


    [1] J. Delumeau, La peur en Occident, éd Fayard

    [2]Joseph Raulin, Traité des affections vaporeuses du sexe 1759, cité par Ph. Brenot, Les mots du sexe, éd L’esprit du temps.  

    [3]J.Borgé et N.Viasnoff, Archives des médecins, éd Michèle Trinckvel 1995.

    [4] Au 1/01/2005, en France, 54% des médecins actifs de moins de 40 ans sont des femmes


    votre commentaire
  • magritte42.jpg
    René Magritte "La géante"

    LA GEANTE
     
    L’homme dans sa vie d’errance
    Rencontra un jour une géante
    La femme inattendue, immense
    A la nudité impressionnante
     
    Le regard de l’homme stupéfait
    Suivit les hautes colonnes galbées
    Qui montaient, montaient, montaient
    Jusqu’au triangle aimé des perditions
    Jusqu’à l’ample nid de l’Humanité
     
    L’homme qui ne cherchait que sa satisfaction
    Posa son regard sur les sphères du désir
    La femme géante leva les bras
    Et lassée poussa un soupir
    En révélant ses appâts
    Comme une invitation
     
    Se voulant dominateur même d’en bas
    L’homme chercha son regard en vain
    La femme détourna les yeux avec ostentation
    Un peu méprisante
    Le regard lointain
     
    La femme n’était pas géante
    C’est l’homme qui était nain

    Paul Obraska
     
    AUX FEMMES
     
    Femmes exposées nues à chaque coin de rue
    Femmes rendues honteuses au corps masqué
    Femmes épousées de force par des inconnus
    Femmes abandonnées une fois engrossées
    Fillettes au sexe mutilé pour ne pas jouir
    Filles coupables d’avoir été violées
    Femmes contaminées sans pouvoir rien dire
    Femmes battues pour une soupe en retard
    Femmes tuées dans des relents d’alcool
    Filles impubères vendues aux vieillards
    Fillettes assassinées après l’école
    Femmes prostituées que l’on met au pas
    Filles esclaves de gens sans parole
    Femmes-bétail juste bonnes à mettre bas
     
    Femmes cachées, forcées, répudiées, vendues
    Femmes, exploitées, prostituées, battues,
    Femmes violées, mutilées, tuées
    Au nom des hommes demeurés
    Au nom des hommes sans nom
    Je vous demande pardon

    Paul Obraska

    12 commentaires
  •  

    D-rer-Albrecht-Christ-afflig--1493.jpg


    Albrecht Dürer "Christ affligé"

    LA MAUVAISE EDUCATION

     
    C’est un spectacle muet où les étoiles crépitent
    Et le Cosmos explose dans un silence abyssal.
    Les éclats incandescents roulent comme des pépites
    Dans la noirceur du vide glacial.
    Des confins de l’Univers sans frontières,
    Dans la sidérante immensité sidérale,
    Voyagent leurs éternelles lumières.
     
    Et Dieu dans tout ça ?
    Et le royaume des cieux ?
    Ils sont quelque part. La place ne manque pas.
     
    L’Homme est à l’image de Dieu,
    Dieu est blanc
    Dieu est jaune
    Dieu est noir
    Mais Il n’est pas Femme
    Et Il est barbu
     
    Aux Cieux, les anges et les vierges sont séparés.
    Le sexe des anges est incertain et la prudence s’impose.
    La volière des vierges s’épuise et doit être préservée,
    Aux suicidés assassins de les consommer.
    Dans l’ennui éternel, le sexe rend moins morose.
     
    Dans l’infini de l’Univers,
    Parmi les myriades de galaxies,
    Dieu ne s’intéresse qu’à la Terre.
    Il écoute chacune des innombrables prières
    Et les appels gratuits qui montent vers lui,
    Il envoie des livres, Il envoie des anges,
    Il a même envoyé son Fils sur la Terre.
    Les Hommes moins gâtés que pourris,
    L’ont renvoyé, mal en point, en échange.
    Mauvaise éducation.
    Bien que le sacrifice du Fils fût dans Ses intentions
    Pour les punir, le Père laisse faire le Malin.
    Et s’en lave les mains

    Paul Obraska

     


    votre commentaire
  •  MECREANCES II
     Rembrandt "L'ange arrêtant Abraham avant le sacrifice d'Isaac à Dieu"

    CHICHE !  

    « Stop ! » dit l’ange du Ciel En arrêtant le bras du père Armé de la dague sacrificielle, Prêt à égorger son fils à terre. En sacrifiant son descendant, Il obéit à l’ordre du Père Eternel, Jusqu’à devenir bourreau d’enfant.   Le père tremblant lâche sa dague, Il ne comprend plus rien. Alors l’ange lui dit, badin : « Voyons, Abraham, c’était une blague » « On ne comprend plus l’humour juif ? » « Sacrifie le bélier à la place de ton fils » « Et tu auras de la viande et du suif ». Et le Ciel rit encore de ce faux sacrifice.

    Paul Obraska        

    MECREANCES II

     
    Titien "David et Goliath"


    DAVID, GOLIATH ET LE CIEL
     
    Et David se tourna vers le ciel
    Les deux mains en prière vers les nues
    Et demanda à l’Eternel :
    « L’ai-je bien descendu ? »
     
    A cheval sur le bras puissant de Goliath
    Colosse renversé à la tête tranchée
    Au milieu d’une flaque écarlate
    « L’ai-je bien décapité ? »
    Demanda encore le berger
     
    Et le ciel resta silencieux
    Mais qui se tait consent
    Alors David remercia les cieux
    Faisant du Tout Puissant
    Son allié victorieux
     
    Il regarda la tête qui semblait dormir
    Et le tronçon rouge du cou béant
    Du ciel il avait accompli le désir
     
    Le silence du peuple des cieux
    Permet de lui faire dire
    Tout ce que l’on veut


    Paul Obraska


    caravaggio22.jpg  
    Le Caravage "Judith décapitant Holopherne"

    LE GENERAL QUI PERDIT LA TÊTE  

    Charmante Judith à la peau si blanche Au visage si lisse bien qu’un peu dégoûté Est-ce bien raisonnable de couper une tranche D’un Holopherne séduit par votre beauté   Charmante Judith si innocente Décapiter un homme même infâme N’est guère un travail de femme Les giclées de sang sont si salissantes   Charmante Judith si virginale Que de force vous avez déployée Pour détacher la tête du général Qui même enivré semble hurler   Charmante Judith si volontaire Le plus difficile reste à faire Les vertèbres sont à peine entamées Et la vieille attend tendant son tablier

    Paul Obraska
     


    votre commentaire
  •  

    Ce n’est heureusement ni souhaitable, ni possible. Mais les médecins aimeraient que certains les choisissent. Le rêve de quelques-uns est de soigner un haut personnage ou un personnage connu. C’est pour eux la meilleure façon et la plus rapide d’acquérir de la notoriété…à condition qu’ils réussissent et se taisent.
     
    Un record
    Ambroise Paré, grand chirurgien du XVIe siècle, surtout de guerre, détient le record puisqu’il a été le chirurgien de quatre monarques. Sa vie a été un roman d’aventures dont on a fait autant d’images d’Epinal : simple barbier, devenu chirurgien des rois Valois, bien avant de recevoir le titre, à 45 ans, en narguant les cuistres de la Faculté ; prisonnier, échappant à l’exécution et libéré grâce aux soins donnés à son geôlier ; acclamé par les soldats à son arrivée au siège de Metz ; le pied sur la tête du duc de Guise pour retirer la pointe de lance qui traverse l’orbite ; sauvé du massacre de la Saint Barthélemy, caché par Charles IX lui même, dans un placard, ou sous son lit, on ne sait pas trop, et même s’il n’était pas huguenot, peu importe… Il mourût à quatre-vingts ans, riche et honoré
     
    Le fondement d’un hymne national
    La fistule anale la plus célèbre de l’histoire est celle de Louis XIV. Après que tous les traitements médicaux aient échoué, c’est son premier chirurgien, chirurgien-barbier, Charles François Félix, qui l’opère avec succès. Il est grassement honoré et anobli. Pour célébrer la guérison, les demoiselles de St Cyr chantent un motet composé pour la circonstance : Dieu sauve le Roi. Haendel l’ayant entendu en fait un hymne pour l’Electeur de Hanovre qui devient le roi d’Angleterre George 1er : God Save the King !
     
    Le coup de pouce royal
    Au XVIIIe siècle, le roi d’Angleterre George II était affligé d’une douleur aiguë d’un pouce rebelle à tous les traitements. En désespoir de cause, on fit venir un certain Joshua Ward, devenu célèbre en France pour ses remèdes. Mis en présence du souverain, il examina le pouce et le tordit violemment malgré les véhémentes protestations royales, mais Sa Majesté pût enfin bouger son pouce sans la moindre douleur. Ward avait débuté sa carrière en salant et en fumant des jambons, puis voulant faire de la politique, il entra en 1717 à la Chambre des Communes comme représentant de Marlborough. Il en fût chassé car on s’aperçut qu’il n’avait obtenu aucune voix lors des élections. Le coup de pouce royal assura sa carrière  : il eut droit à une consultation dans Whitehall et trois maisons dont il fit un hôpital où il put appliquer ses remèdes aidé de dames de qualité. Malgré ses désirs, ce grand homme ne fût pas inhumé devant l’autel de l’Abbaye de Westminster.
     
    Une loupe qui rapporte gros
    Au début du XIXe siècle, le chirurgien anglais Ashley Cooper n’a pas été anobli pour ses innovations et notamment la première opération pour anévrisme de l’aorte, mais pour avoir débarrassé d’une loupe l’auguste crâne du roi Georges IV. La loupe n’étant qu’un kyste sébacé dont l’ablation est des plus simples.
     
    Si soigner un haut personnage permet d’atteindre la notoriété, c’est rarement une sinécure. La thèse de Jean Nicolas Corvisart des Marets était prémonitoire, son titre : «  Agrément de l’étude de la médecine et désagrément de sa pratique ». C’était le médecin de Napoléon 1er
    Soigner un personnage connu est un rêve qui risque de se transformer en cauchemar. La position du médecin est souvent difficile devant les exigences et dans la conduite du traitement d'un patient dont les décisions ont une grande importance

    Somme toute les médecins n'aimeraient pas choisir leurs patients. Ne soigner que des gens sympathiques, c'est aussi trop s'y attacher et ressentir encore plus douloureusement son éventuelle impuissance et leur perte. Les médecins accompagnent leurs malades parfois pour le meilleur mais souvent pour le pire.                                                                                

                                                                                   
    Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora

    3 commentaires
  •  

    METAL   Grilles des palais princiers Garnies de piques d’or acérées Protections métalliques illusoires Contre les fièvres de l’Histoire Meutes ivres de vengeance Tête embrochée sur une lance Grimace figée au-dessus de la foule Chair sanglante flottant sur la houle Tête sur têtes exposée sans étal Chair brandie sur métal   Heaume guerrier emboîtant la tête Menottes de celui qu’on arrête Etau broyant la chair du torturé Esclaves d’Afrique enchaînés Fers cliquetants des galères Métal contre chair   Aiguilles piquées dans la toile cutanée Chair marquée comme objet exposé Corps à la mode perforés de métal Anneau dans l’oreille, anneau nasal Pointes au visage, langue et ombilic Serties de pierres du dernier chic Trous dans la peau pour plaire Métal pour rire planté dans chair   Piques, lances, épées à embrocher Couperet et hache à décapiter Flèche et couteau plantés dans le cœur Mine dans les membres du marcheur Eclat d’obus dans le ventre éclaté Vague de balles trouant le fusillé Outils de mort, art de la guerre Métal pour pleurs planté dans chair

    Paul Obraska    
    Raphaël "La libération de St Pierre"
    (Fresque "Stanza di Eliodoro")


    GRILLES   Les prisonniers vont de grille en grille Le ciel emmuré est strié de barreaux On les surveille par des écoutilles Leur vie navigue dans un caveau   Les hommes libres derrière les barreaux Espèrent en luttant arriver à leurs fins Même s’ils savent que le bourreau Est peut-être au bout du chemin   Le monde des hommes est hérissé de grilles On voit à travers mais on ne pénètre pas Un monde que les barreaux quadrillent Des barreaux que personne ne voit   Les mendiants voient les gens qui ne mendient pas Ceux qui les regardent et ne mendient pas encore Observent à travers la grille qu’ils ne voient pas Ceux qui accumulent leurs barreaux d’or   Ceux grillés de leur peau écrasent leur nez Sur les grilles pointillées des frontières Voient ce qu’il y a de l’autre côté Et meurent pour aller derrière

    Paul Obraska
                

    MEUTES II


     
    MURS   Murs bien droits, fierté du maçon Caressant les pierres avec amour En rêvant des murs de sa maison Qu’il espère bâtir un jour   Murs décrépis des cités Ornés de déjections de peinture Les désœuvrés à leur pied Devenus aussi durs que les murs   Murs tristes des prisons Grimpant haut dans le ciel Margelles d’un puits sans fond Où stagne le temps pénitentiel   Murs craintifs des citadelles Aux ouvertures meurtrières Où le capitaine à ses jumelles Redoute un ennemi qu’il espère   Murs illusoires des frontières Entraves à l’espoir du désespéré Même s’il se retrouve au cimetière Le rêve est de passer de l’autre côté   Murs humiliants des ghettos Dressés par l’injustice de l’Histoire Que franchissent les bourreaux En quête de sang pour exutoire   Mur sans issue du condamné Acculé debout dans l’impasse Dos au mur, les yeux bandés Et la mort annoncée en face   Murs obscurs des idéologies Aussi rigides que la pierre Qu’aucune raison ne franchit Armés de vérités premières

    Paul Obraska
     


    1 commentaire
  • « L'altruisme humain qui n'est pas égoïste est stérile » (Paul Valéry). Si quelques-uns agissent surtout par intérêt, on trouve chez les médecins beaucoup de gens désintéressés, mais soigner les autres ne doit pas être considéré comme un dû.

    Certains patients sont impressionnés par le montant des honoraires. C'est un piège. La qualité d'un praticien n'est aucunement proportionnelle aux honoraires exigés.  D'autres sont capables aujourd'hui de rendre le même service sans gonfler les leurs. Le dépassement d'honoraires nécessite la complicité du patient qui oublie qu'aucun médecin, aucun chirurgien, ne possède de remède miracle ou un savoir-faire que d'autres ne possèdent pas.

     

    Dans le passé certains praticiens ont eu tendance à fertiliser largement leur altruisme.

    Pendant des siècles, il était convenu que les médecins devaient soigner les pauvres gratuitement et faire payer les riches bourgeois, car pour les aristocrates il fallait espérer leur générosité. Si celle des souverains était souvent grande, « Madame de Coislin soutenait qu'autrefois une personne comme il faut ne se serait jamais avisée de payer son médecin » (Chateaubriand)[1].

     

    Les honoraires fabuleux que demandaient certains médecins de l'Antiquité sont parfois le principal motif de leur passage à la postérité, tel Asclépiade de Bithynie, le premier des grands médecins grecs venus s'installer à Rome au premier siècle avant notre ère.

    Un médecin de l'école de médecine de Salerne au XIIe siècle conseille à ses étudiants une méthode peu orthodoxe pour récupérer des honoraires impayés : « Fais-lui prendre de l'alun à la place de sel dans sa nourriture, ce qui ne manquerait pas de le couvrir d'éruptions »[2]

    Au XIVe siècle, John of Arderne, le père de la chirurgie anglaise, imagina de demander une certaine somme cash puis la même chaque année de survie du patient. L'inverse d'une rente viagère.

    Ferdinand Sauerbruch, pionnier de la chirurgie thoracique, inventa au début du XXe siècle une chambre pneumatique permettant d'ouvrir un thorax et d'opérer un poumon sans tuer le patient. Chirurgien le plus célèbre d'Europe, ses honoraires étaient pharamineux. A un parent qui lui demandait un rabais, il aurait répondu : « au-dessous de cette somme mes mains tremblent »

     

    Des cuillers à tirer les bébés et l'argent.

    On pouvait faire fortune en inventant un instrument dont on conservait le secret, ses avantages assurant la clientèle. Ce fût le cas pour les forceps, cuillers à extraire les  bébés inventées par William Chamberlain ou son fils aîné Peter, huguenots émigrés de France en Angleterre en 1569. Pendant un siècle leurs descendants formèrent une dynastie d'accoucheurs qui délivrèrent, entre autres, les reines d'Angleterre, en gardant le secret de l'instrument par cupidité. Pour ce faire, ils isolaient la parturiente derrière des rideaux et oeuvraient seuls pour que la sage-femme ne voit pas l'instrument et éviter qu'on ne  vole leurs cuillers. Evidemment le secret finit par être éventé avant qu'on ne retrouve le forceps des Chamberlain, un temps perdu, dans sa boîte, et dans la maison de famille au début du XIXe siècle. Entre temps le forceps avait été également inventé par le Flamand Johannes Palfyn et par le Français André Levret.

     

    Il n'y a pas que l'argent qui compte.

    Alphonse Baudin  « Médecin des pauvres », député à l'Assemblée législative de la Deuxième République, s'écria sur une barricade le 12 décembre 1851 :  «  Vous allez voir , citoyens, comment on meurt pour 25 francs par jour » et fut tué.


    L ‘Allemand Röntgen découvrit les rayons X. et en fût récompensé par le premier prix Nobel de physique en 1901. Il offrit le montant du prix à son université, refusa l'utilisation de son nom et ne déposa aucun brevet, laissant sa découverte à la disposition de tous, exemple peu suivi de son temps et pas du tout du nôtre. Il répondit  à la firme AEG très intéressée par sa découverte : « Dans la bonne tradition des professeurs d'université allemands, je suis d'avis que les découvertes et inventions appartiennent à l'Humanité. Leur diffusion ne doit en aucun cas être entravée par des brevets, des licences ou des contrats et aucun groupe de personnes ne doit en avoir le monopole ». Dommage qu'il ne fût pas médecin

                                                                                                                                                               

    L'argent des autres

    Nombre de médecins gagnent leur vie en assurant la fortune des autres, chevilles ouvrières des chaînes de cliniques, à la merci du bon vouloir des financiers et des actionnaires.

    Les moyens de la recherche ne sont plus dans les moyens des chercheurs. Ils cherchent donc pour le compte de ceux qui payent et ce qu'ils trouvent n'est plus d'emblée  du domaine public pour l'intérêt de tous.

     

    Le patrimoine génétique humain est lui-même voué à la commercialisation. Les généticiens scrutent le génome et y  trouve la source de la plupart de nos maladies. Un déterminisme qui rend le médecin dubitatif sur son rôle et l'efficacité de son action. Les chercheurs et ceux qui les financent considèrent que la mise en évidence d'une séquence de l'ADN (Acide DésoxyriboNucléique)[3] est une invention. Des milliers de brevets ont été déposés, ils doubleraient chaque année, les inventeurs de la nature n'ont pas à s'inquiéter : l'ADN comporte trois milliards de nucléotides[4].  On parle également de droits d'auteur, il est vrai que l'on compare le code génétique à une bibliothèque. Rien n'arrête les investisseurs pour réclamer une redevance ou une exclusivité pour tout ce qui concerne le petit bout de notre patrimoine génétique dévoilé : procédés pour isoler les gènes dont les mutations peuvent entraîner des maladies, tests de dépistage et traitements correspondants.



    Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora

    [1] Mémoires d'outre-tombe

    [2] Cité par Kenneth Walker, Histoire de la médecine

    [3] Grosse molécule en double hélice support de l'hérédité dont l'agencement des éléments  est spécifique de chaque individu

    [4] Unités de la molécule d'ADN composées d'un sucre, d'un phosphate et d'une base

                                                                   
     
     

     


    votre commentaire
  • Vaux-04.JPG

    LA PREMIERE FOIS
     
    Te souviens-tu de la première fois?
    La première fois où je t’ai vue
    Entourée d’inconnus
    Je ne voyais que toi
     
    S’il me semblait te connaître déjà
    Tu ne m’avais pas aperçu
    Passant anonyme dans la rue
    Notre rencontre aurait pu s’arrêter là
     
    De loin je t’ai croisée par hasard
    Sans voir l’eau verte de tes yeux
    Je t’embrassais du regard
    Et le vent caressait le blond de tes cheveux
     
    Je rêvais de faire de toi ma compagne
    J’ai longtemps gardé ce souvenir
    Pour que le rêve m’accompagne
    Et que rien ne m’en détourne
     
    Ce rêve est devenu notre avenir
    Il est aussi devenu notre passé
    Quel que soit le côté où je me tourne
    Il n’y a rien à regretter

    Paul Obraska


     
     

    VISAGE
     
    Je vois ton visage dans la ramure
    Je le porte toujours en moi
    Comme une blessure
    Qui ne guérit pas
     
    Je vois ton visage
    Sur celui des femmes croisées
    Je me détourne à leur passage
    Sans trahir ma fidélité
     
    Obsession
    Monde limité
    Par un seul horizon
     
    Passion
    Blessure aimée
    Que l’on ne peut refermer

    Paul Obraska
     
     

    Félix Vallotton "Misia à sa coiffeuse"


    C’EST IMPORTANT
     
    Sérieuse
    Tu regardes le miroir
    C’est important
    Tu brosses tes cils
    La dentelle des yeux
    Tu mets un peu de brume                                                                                
    Autour du ciel de tes yeux
    Tu effleures d’un voile clair
    Ton visage offert à la lumière
    Tu brosses tes cheveux
    En penchant la tête
    D’un côté puis de l’autre
    Puis tu me regardes
    Sérieuse
    Comme tu regardais ton miroir
    Et je dis : « tu es belle »
    C’est important
    Alors tu souris

    Paul Obraska




     


    3 commentaires
  • Où l’habit fait le médecin
    Exiger une tenue correcte pour un médecin est une idée vieillotte, bien que la plupart des gens apprécient qu’un médecin soit propre sur lui.
    Dans le passé la situation était différente. Pendant longtemps les médecins portaient un habit caractéristique, comme les prêtres. Sous Louis XIII, les médecins amenés à visiter les pestiférés durent mettre un habit spécial avec un masque aux yeux de cristal et un long nez empli de parfums qui les faisait ressembler à de grands oiseaux. A partir du XVIIe siècle ils s’habillent comme les bourgeois, les notables, et aucune fantaisie vestimentaire ne doit porter atteinte à leur dignité. En 1782, Mme Necker s’oppose à la nomination de Corvisart comme médecin chef de l’hôpital qu’elle a fondé parce qu’il refuse de porter la perruque[1].

    Jusqu’en mai 1968 aucun étudiant, aucun médecin, n’aurait osé se présenter sans cravate. Le nec plus ultra étant le nœud papillon dont on disait que c’était la principale invention des chirurgiens orthopédistes, afin de ne pas tremper la cravate dans le plâtre. « Comment peut-on mourir quand on porte une cravate ? … » disait Cioran.Il ignorait que celle des médecins pouvait être un nid à microbes dangereux [2]
    La façon de se vêtir des médecins hospitaliers évolue. Jusque vers 1970 la capote bleue de l’Assistance publique, posée nonchalamment sur les épaules, était le signe distinctif, ô combien envié, de l’interne. Le patron  l’arborait parfois pour la visite, histoire de signifier qu’il était encore jeune, ou proche de ses élèves. La capote n’est plus de mise, et même souvent la blouse blanche non plus. Il faut avoir la tenue « casual », « friday wear » pour faire comme en Amérique. Maintenant, à la visite ou à la consultation publique, celui qui pérore, en civil, sans cravate, entouré de blouses blanches, c’est le patron tendance.
                                                                                                                                                                      
    Le médecin pathogène
    En 1683, Antonie van Leeuwenhoek eut la curiosité d’examiner à travers son microscope des dépôts de tartre recueillis entre ses propres dents et voilà ce qu’il y découvrit : « de petits animaux plus nombreux que toute la population des Pays-Bas et se mouvant de la façon la plus charmante »[3]. Cette vision charmante était celle de protozoaires et bactéries qui allaient faire parler d’eux plus tard.
    Les médecins sont susceptibles et orgueilleux. Il a fallu longtemps pour qu’ils admettent avec réticence qu’ils étaient eux-mêmes porteurs, comme tout le monde, des germes de l’infection. Qu’ils évitent d’examiner les malades après avoir disséqué les cadavres, qu’ils abandonnent les habits de ville pour opérer ou qu’ils se lavent tout simplement les mains. « L’opération mains propres » est une des plus belles découvertes de la médecine.
     
    Les difficultés de "l’opération mains propres"
    Comme certains artistes, il y a des médecins maudits. Ignac Fülöp Semmelweis en est le prototype. Assistant à la maternité de l’hôpital général de Vienne, il veut comprendre pourquoi la mortalité importante due à la fièvre puerpérale est plus grande dans le service des étudiants que dans celui des sages-femmes. Il étudie toutes les explications avancées, du temps qu’il fait à la détresse provoquée par la vue du prêtre apportant l’extrême-onction. Une seule lui paraît valable : dans le service le plus atteint les examens sont faits par les étudiants qui ont participé juste avant à des autopsies. Quand un de ses amis, blessé au cours d’une autopsie, meurt avec les mêmes symptômes et lésions que les accouchées, sa religion est faite. Il impose le lavage des mains au chlorure de chaux et la mortalité s’effondre. Ce devrait être un triomphe. C’était sans compter sur le patron, Klein, bête et méchant ; l’administration, qui veut éviter les dépenses ; les collègues et étudiants mis en cause, autrichiens, qui détestent ce hongrois ; les autorités politiques, contentes de se débarrasser d’un sympathisant de la révolution de 1848 . Semmelweis , chassé, revient dans sa ville natale, Budapest, où il applique avec succès ses règles de conduite. Il publie, mais la polémique se poursuit, même le grand Virchow est contre lui. En 1865, Semmelweis, devenu fou, est interné et meurt presque aussitôt, à 47 ans, non pas comme on l’a longtemps cru d’une piqûre anatomique de la même manière que son ami, mais des coups infligés par le personnel. Maudit jusqu’à la fin.

    Au cours d’une séance de l’Académie de Médecine en 1876, Claude Bernard dit à Louis Pasteur désespéré par l’incompréhension de ses opposants : «  Mais si, Pasteur, il restera quelque chose de vous. Ce matin Gosselin est venu, comme d’habitude vider ma vessie. Il était accompagné d’un chirurgien nommé Guyon qui se réclame de vous et de vos doctrines. Or Gosselin s’est lavé les mains après m’avoir sondé alors que Guyon s’est lavé les mains avant. Voilà, Pasteur, ce qui restera de vous. »[4].

    Se laver les mains est pour tout le monde une excellente idée. Pour un médecin, c’est un impératif. Lorsque nous faisions des visites à domicile, seules les personnes d’un certain âge préparaient à l’avance un savon et une serviette qui nous étaient destinés, nous obligeant à suivre, même si nous les avions oubliées, les règles élémentaires de l’hygiène.

    Pour les Français, c’est Henri Chaput qui inventa les gants de caoutchouc stérilisables à la fin du XIXe siècle. Pour les Anglais et Américains c’est, à la même époque, William Halsted qui ne supportait pas l’eczéma des mains de sa maîtresse infirmière qui elles, ne supportaient pas l’antiseptique . Quoi qu’il en soit, les chirurgiens actuels, élevés avec des gants moulés à usage unique qu’on change plusieurs fois au cours d’une intervention, ne peuvent imaginer ce qu’était une opération à mains nues :
    « …les mains, plongées dans le champ opératoire, perçoivent une impression de velours mouillé, d’humidité chaude qui rapidement colle aux doigts. Sous les ongles s’incruste une bouillie tissulaire et hématique qu’il faudra brosser longtemps pour s’en débarrasser. » (P.Léger) [5]
     
     
    Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora 

    [1] P. Meyer et P.Triadou, Leçons d’histoire de la pensée médicale
    [2] Nurkin et coll. Communication à la 104ème réunion de la Société Américaine de microbiologie en Mai 2004
    [3] Cité par Kenneth Walker, Histoire de la Médecine, éd. Gérard et C° 1962
    [4] Cité par P. Léger, Chroniques de l’Urologie française, éd Schering
    [5] Histoire de la cystectomie totale pour traiter les tumeurs de vessie, éd Schering

     


    votre commentaire
  • Brulloff-miroir.jpg  Karl Brulloff "Svetlana devinant son futur"

    MIROIR
     

    Une jeune femme inquiète regarde son image

    Cette image qu’elle aime sans cesse regarder

    Le miroir lui offre encore un beau visage

    Qu’elle ne peut s’empêcher de voir laid et ridé  

    Dans le miroir un étranger me regarde étonné

    Cette face inversée est pourtant la mienne

    Ce n’est pas celle que j’aurais imaginée  

    Et jamais les mêmes traits ne reviennent  

    Le miroir comme une horloge implacable

    Reflète peu à peu de cruelles apparences

    Et même la tristesse de se voir semblable  

    Ceux qui se mirent avec complaisance

    Devraient garder leur image en mémoire

    Et briser sans tarder leurs aimables miroirs

    Paul Obraska



     

    PORTRAITS II


    Manet "La mort du toréador"

     

     LE DORMEUR DE L’ARENE  

    C’est une arène ocre bordée d’étables.

    La clameur lentement s’est retirée,

    Comme meurt une vague sur le sable.

    La foule regarde en silence, fascinée.  

    Le toréador allongé sur son échine,

    Tranquille, la tête tournée de côté,

    Une main repose à plat sur sa poitrine,

    Celle qui tenait son épée abandonnée.  

    Il paraît endormi, il a terminé son rôle,

    La cape au sol comme un drapeau vaincu,

    Une flaque de sang près de son épaule,  

    Du sang que l’ocre de l’arène a déjà bu.

    Sable sanglant, jaune et vermeil

    Comme le drapeau hispanique et le soleil.

    Paul obraska
        polenov-le-conteur.jpg Vasiliy Polenov "Portrait du conteur Nikita Bogdanov"

    LE CONTEUR
     

    Dans le froid de l’hiver et le chaud de l’été

    Le conteur s’en va par les chemins boueux

    Des chiffons couverts de paille aux pieds

    Revêtu de ses hardes déchirées de gueux  

    C’est un roi qui va de village en village

    Reçu avec joie dans chaque chaumière

    Les serfs offrent eau et pain en partage

    Et les animaux la tiédeur des litières  

    C’est un roi sans terres et sans bagages

    Son royaume sans limite est celui des rêves

    A la veillée la flambée éclaire les visages

    Tournés vers le conteur qui parle sans trêve  

    Il allume des étoiles dans les yeux de chacun

    Elles illuminent pour un soir leur vie sacrifiée

    Les contes terminés et quand l’âtre s’éteint

    Les serfs sur leurs paillasses continuent à rêver  

    Demain le roi en guenilles reprendra le chemin

    Dans le froid de l’hiver et le chaud de l’été

    Il ira de village en village le bâton à la main

    Partager son royaume de rêves éveillés

    Paul Obraska


    4 commentaires