•  

    VOIR LE MONDE

     

    Je suis impatient de bouger

    Voir le monde avant de mourir

    Voir les merveilles de la Terre

    Emplir ma tête de souvenirs

    Que j'emporterai au cimetière

     

    Peut-être irai-je voir

     

    Les monts coiffés de neiges

    De moins en moins éternelles

    Barrés de rangs de gratte-ciel

    Et de chapelets de télésièges

     

    Peut-être irai-je voir

     

    La plongée lente des soleils orange

    Dans des mers d'huile de vidange

    Entre les dents de béton des rivages

     

    Peut-être irai-je voir

     

    Le ciel d'acier plongeant dans les déserts

    Les mèches rouges des puits de forage

    Poussant sur les champs pétrolifères

    Je croiserai peut-être sur mon chemin

    Des hommes habillés de bombes

    Personne ne connait son destin

    Et l'heure de rejoindre sa tombe

     

    Peut-être irai-je voir

     

    Les arbres encore exubérants

    Les dernières bêtes magnifiques

    En fermant les yeux pour ne pas voir

    Le sourire des potentats ventripotents

    Gavés par leurs peuples affamés

    Et les grappes d'enfants faméliques

    Le gros ventre et les paupières mouchetées

    Qui mourront peut-être avant d'être hachés

     

    Peut-être irai-je voir

     

    Les places, les palais et les fontaines des villes

    Leurs tours et leurs bidonvilles

    Les files fumantes des autos

    Et les enseignes des Mac Do

    Des mafias qui changent de nom

    De la drogue aux coins des rues

    Des enlèvements contre rançon

    Des agressions pour quelques pièces

    L'import-export de femmes vendues

    Des jeunes qui en détresse

    Louent leurs petites fesses

    Ou vendent un rein en plus

     

    Pourquoi suis-je parti ?

     

    Parcourir les monts et les mers

    Les forêts et les déserts

    Les villes et leurs palais

    Le décor change mais les hommes jamais

     

    Paul Obraska


    6 commentaires


  • Bernard Buffet "Je regarde le clown derrière le globe"


    votre commentaire


  • GENERATIONS

     

    Le père tient un œuf éclos dans sa main

    Génération encore humide, étonnée d'être née

    La mère est soulagée d'avoir fini de le couver

    C'est l'âge où les parents pensent au lendemain

     

    Le petit frère déjà conscient des menaces

    Sur sa tête que lui réserve la vie

    A gardé son casque de carton bouilli

    C'est l'âge où l'on croit encore aux cuirasses

     

    Une bande d'enfants sort de l'école

    C'est l'âge des confrontations

    Pas de parents jusqu'à la maison

    On se pousse, on se tape et on rigole

     

    Un jeune homme sur son scooter

    Pense à sa nouvelle amie

    Il va démarrer ventre à terre

    C'est l'âge des conneries

     

    La génération qui regarde en arrière

    Ne figure pas sur la photo

    C'est l'âge de poussières

    Elle est sortie du tableau


    Paul Obraska


    5 commentaires
  • Les revers de la conquête

    « L'amour est une agitation éveillée, vive et gaie...Elle n'est nuisible qu'aux fols » disait Montaigne. Des études ont montré que le mariage était bon pour le système cardiovasculaire, à condition toutefois que la relation conjugale soit satisfaisante. D'une façon générale, l'amour partagé est favorable à la santé, mais chacun sait qu'il peut être la source de bien des maux. Ô préservatif ! « Préserve-moi de mes amis, mes ennemis je m'en charge ». Des amoureux, même sages, ne sont pas à l'abri du danger. Ils sont exposés à la maladie du baiser (mononucléose infectieuse), le garçon est en outre menacé de paralysie radiale s'il laisse la tête de sa promise trop longtemps appuyée sur son bras, sans oublier la fracture du talon lorsqu'il saute par la fenêtre de la chambre à l'arrivée du père soupçonneux (syndrome de Roméo). Encore que par les temps qui courent, ce soit parfois le père menacé qui saute par la fenêtre après son intrusion intempestive.

     

    La maladie d'amour

    Jusqu'au XIXe siècle, les troubles du comportement dus à la frustration amoureuse étaient considérés comme une vraie maladie. Elle atteignait particulièrement les beaux-fils qui tombaient amoureux d'une belle-mère, bien entendu jeune et jolie. Hippocrate en fit le diagnostic chez le roi de Macédoine Perdicas II. Erasistrate en fit de même chez  Antiochus, et Avicenne pour un prince de Rhages en Perse. Au XVIIIe siècle, on se pose toujours la question : « L'amour peut-il être guéri par les plantes ? » (Thèse de Doctorat. François Boissier de Sauvages 1726).

    Une façon moderne et plus radicale que les plantes pour calmer sa flamme est d'incendier la femme qui se refuse.

    Au XIXème, on parle d'hystérie puis la psychanalyse s'en empare. De nos jours les médecins ne sont plus sentimentaux. Les seuls concernés sont les sexologues qui comme leur nom l'indique s'intéressent au sexe et non pas à l'amour. « Il m'avait toujours semblé que lorsque la sexualité tend à se muer en sexologie, la sexologie ne peut plus grand chose pour la sexualité » (Romain Gary).[1]  Cependant William Masters et Virginia Johnson, eux, sont passés de l'un à l'autre : réalisant les recherches fondamentales en sexologie, publiées en 1968 (Les Réactions sexuelles), William a fini par épouser Virginia, on ne peut impunément assister au coït des autres.

     

    L'amour dopé

    Le philtre d'amour est de tous les temps. Un des plus anciens est le fruit de la mandragore, offrande de Rachel à Léa pour coucher à sa place avec Jacob (Genèse 30/14). Un des plus utilisés, et des plus dangereux, a été la mouche de Milan ou cantharide qui réduite en poudre provoquait les érections souhaitées mais aussi des néphrites souvent mortelles. L'ecstasy l'a remplacée, vendue dans les grandes surfaces des rave parties, tout aussi dangereuse, pouvant provoquer des dégradations cérébrales sévères, même après une seule prise. L'argument libido est toujours présent pour faire vendre les vitamines et autres compléments alimentaires.

    La médecine traditionnelle chinoise attribue à la bile d'ours le pouvoir de guérir de nombreuses maladies et bien entendu de restaurer ou accroître les capacités sexuelles masculines. D'où un braconnage et surtout un élevage des ours, en Chine, Corée, Vietnam. Cette exploitation sans fondement des ours n'atténue en rien l'admiration béate de certains pour des médecines qui n'ont d'autre qualité que l'exotisme. Dans ces mêmes régions on attribue au phallus des phoques des vertus aphrodisiaques. C'est un des motifs de leur massacre à coups de gourdin sur la banquise, rouge de leur sang.

    Il est moins exotique, plus facile et moins cruel d'accroître le flux sanguin au bon endroit en avalant au bon moment un inhibiteur sélectif de la phosphodiestérase du type 5.

    En avoir ou pas

    Les hommes inquiets par la baisse de leur virilité se doutaient bien depuis longtemps que les testicules devaient contenir un principe actif. Dans l'antiquité et au Moyen Age, les testicules de castor étaient utilisés pour fabriquer des drogues et pommades et la légende voulait que le castor poursuivi par un chasseur se châtrait lui-même pour éviter d'être tué. Légende sans fondement car les testicules de castor sont internes. A la fin du XIXe siècle, c'est un américano-anglo-français venu de l'île Maurice, successeur de Claude Bernard, Edouard Brown-Séquard qui découvrit que même quand ils sont externes les testicules sont aussi des glandes à sécrétion interne. A 72 ans il s'injecta des extraits de testicules de chiens et cobayes et constata avec satisfaction que ses «  ardeurs défaillantes »[2] étaient ranimées. Mais cet effet s'avéra fugace. Dans les années 1920  le russo-français Serge Voronov, directeur du laboratoire de chirurgie expérimentale du Collège de France et son frère Georges greffèrent des testicules de singe, d'abord sur un arriéré, puis sur un vieil anglais disposant apparemment de toutes ses facultés et enfin sur des membres de l'intelligentsia et l'Archevêque de Paris. Ce « traitement paraît si prometteur que les compagnies d'assurances l'interdisent aux porteurs de rentes viagères »[3]. En Amérique, c'est le professeur d'urologie de Chicago, Lespinasse, qui greffa des morceaux de testicules humains récupérés après suicide ou exécution.

     

     

    Des fourmis dans un membre

    Une autre recette possible à base de fourmis est donnée par Maimonide :"Prenez une unité d'huile de carottes, une autre de radis et un quart d'unité d'huile de moutarde. Mélangez et ajoutez-y une demi- unité de fourmis jaunes vivantes. Exposez l'huile au soleil durant quatre à sept jours. Oignez-vous-en le membre deux ou trois heures avant les rapports. Vous constatez qu'il se maintiendra même après l'émission de sperme. Rien de plus efficace n'a été trouvé en ce domaine !... " [4].

    Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora


    [1] Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable 

    [2] Bariéty et Coury, Histoire de la médecine

    [3] M. Dupont, Dictionnaire historique des médecins

    [4] Cité par R.Küss et W. Gregoir, Histoire illustrée de l'urologie


    votre commentaire
  •  

    MADONE

     

    Une jeune fille, laissant un peu de ses seins apparaître

    Visage rond et bras dodus

    Accoudée à la fenêtre

    Est penchée sur la rue

     

    Elle ne regarde pas les gens passer

    Le défilé des toits des voitures multicolores

    Les casques jaunes des noirs creusant un fossé

    Les réverbères dressés pour que les chiens les honorent 

     

    Elle n'écoute pas les sons tonitruants qui s'échappent

    Et s'évanouissent des voitures en mouvement

    Les vociférations scandées du rap

    Les paroles mystérieuses des mélopées d'orient

     

    La jeune fille accoudée est seule au monde

    Le visage pénétré d'une madone

    Rien ne peut la distraire à la ronde

    Elle téléphone


    Paul Obraska
     


    Le téléphone portable, irremplaçable pour l'urgence, s'est transformé en doudou pour adultes et en moyen de communication perpétuelle, même lorsqu'on a rien à dire et simplement pour savoir où se trouve une autre personne et dire où on se trouve soi-même. Ce qui, il faut en convenir, est d'un intérêt limité.

    Les personnes seules espèrent qu'un jour le téléphone qu'elles emportent soigneusement  sonnera. Peut-être qu'elles seront surprises au volant de leur voiture au risque de provoquer un accident.

    Le portable a cela d'étonnant que, dès qu'il est porté à l'oreille, il semble se construire instantanément autour, comme par miracle, une cabine téléphonique protectrice. Si bien que les personnes parlent comme si le monde autour d'eux avait disparu, n'entendait pas et ne présentait aucun danger. La preuve en est que les cyclistes conduisent d'une main et les piétons traversent la chaussée en pleine conversation sans se préoccuper des voitures.

    Bien sûr dans les lieux publics les autres ne sont pas sourds et entendent parfois des choses très intimes. Si l'on prend le bus aux mêmes heures on peut suivre avec intérêt les démêlés de chacun et surtout de chacune.

    La mise en scène des films a elle-même changée. Une partie de l'intrigue et du dialogue se passe dans la rue avec un seul acteur et il est beaucoup plus rare à présent de voir un malheureux chercher désespérément une cabine téléphonique libre, ce qui enlève une partie du suspense (il est vrai que l'on peut avoir une batterie épuisée, également prétexte pour interrompre une conversation qui vous est désagréable).

    Les sonneries sont très enrichissantes sur le plan musical. Pour peu que les sonneries soient identiques ou voisines, on voit, lorsque l'une retentit dans un lieu public, plusieurs personnes indiquer aux pickpockets où se trouve leur portable.

    Les femmes mettent le plus souvent leur appareil dans leur sac au risque de ne pas l'entendre sonner. Les hommes le mettent fréquemment dans la pochette de leur veste et un nombre impressionnant de téléphones se retrouvent dans la cuvette des WC.

    J'ai vu un jour dans le métro une musulmane ouvrir la porte du wagon, tout en téléphonant, après avoir coincé son portable entre son oreille et son voile, un intérêt du voile qui a probablement échappé aux instances religieuses

    Le portable est un appareil espion qui permet de se faire repérer. Les adultères se sont compliqués, certes on peut fermer son téléphone, mais cette manœuvre même devient suspecte et on est obligé d'ajouter aux mensonges habituels des histoires de couverture (de réseau, pas de lit) ou de tunnels malencontreux.

    Ce ne sont pas les seuls inconvénients possibles des  téléphones portables. Il n'est aucunement démontré que leur utilisation provoque des tumeurs cérébrales (si la démonstration est un jour faite, il sera bien entendu trop tard) mais on peut d'ors et déjà choisir sa localisation éventuelle, à droite ou à gauche (à éviter pour les droitiers). Les ondes auraient même accéléré le vieillissement des rats alors qu'ils n'étaient même pas soumis à des conversations insipides.


    4 commentaires
  •  

    Si l'excès en cholestérol provient de l'alimentation, pourquoi des personnes maigres ou mangeant peu gras ont un cholestérol sanguin élevé et qu'inversement des obèses ou de « bons convives » n'en n'ont pas ?

     

    L'alimentation n'est pas seule en jeu. Quel que soit l'apport alimentaire en cholestérol (20 à 40p100 du cholestérol total), son taux s'élève dans le sang s'il n'est pas épuré par les cellules.

    Les transporteurs

    Le cholestérol et les lipides (insolubles dans l'eau) sont transportés dans le sang inclus dans de grosses molécules complexes : les lipoprotéines. Ce sont des agglomérats formés par du cholestérol, des triglycérides, des phospholipides et des protéines : les apoprotéines. La proportion de ces différents composants varient selon le type de lipoprotéine : les chylomicrons (riches en triglycérides) formés par la cellule intestinale à partir des graisses alimentaires, les lipoprotéines de très basse densité : les VLDL formées dans le foie, responsable également de la formation des lipoprotéines de basse densité : les LDL (riches en cholestérol), les lipoprotéines de haute densité : les HDL (riches en phospholipides et en protéines) naissent de sources diverses. Les apoprotéines sont la marque de reconnaissance par les cellules de ces différentes lipoprotéines et chaque catégorie a sa marque, par ex l'apoprotéine B 100 pour les LDL et les apo A1 et A2 pour les HDL. Les apoprotéines sont des signatures, mais également des clés pour pénétrer éventuellement dans la cellule.

    .

    Les serrures de la cellule

    Les LDL transportent 70p100 du cholestérol total du plasma, des récepteurs spécifiques de la membrane cellulaire les reconnaissent et permettent leur pénétration à l'intérieur de la cellule : ce sont ses serrures. Mais la cellule n'est pas goinfre et si la quantité de cholestérol à l'intérieur de la cellule est suffisante, elle inhibe l'enzyme principale de la synthèse du cholestérol (l'HMG Coenzyme A réductase) qui lui sert à fabriquer son propre cholestérol et diminue le nombre de récepteurs LDL, donc le nombre de serrures  permettant la pénétration du cholestérol extérieur dans la cellule.

    Des cellules portes ouvertes

    Les LDL « exclues » (20 à 30p100) iront alors ailleurs, là où il n'est pas nécessaire d'avoir une clé pour pénétrer dans la cellule car il n'y a pas de serrures efficaces : macrophages, cellules vasculaires lésées, incapables de régler elles-mêmes l'absorption des graisses, elles deviennent des cellules spumeuses qui jouent probablement un rôle dans la formation de l'athérosclérose.

    C'est l'hérédité qui fournit les serrures

    Le maintien d'un taux correct du cholestérol plasmatique dépend donc pour un grande part du nombre de récepteurs LDL fonctionnels et il est sous la dépendance du programme génétique. Ainsi dans l'hypercholestérolémie familiale (1 personne sur 500), la forme incomplète (hétérozygote) est caractérisée par une diminution de la moitié des récepteurs LDL fonctionnels avec 2 fois moins d'épuration et dans la forme complète (homozygote) par leur absence totale avec un taux plasmatique de LDL multiplié par 6. L'activité des récepteurs diminue également avec l'âge et la consommation excessive d'acides gras saturés par rapport aux acides gras insaturés (modifiables car pourvus au moins d'une double liaison chimique).

    Chacun transforme et épure le cholestérol à sa façon, ainsi a-t-on parfois un taux « immérité » de cholestérol sanguin.

    D'autres facteurs peuvent intervenir

    Mais à côté de la capacité de chaque individu à se débarrasser de son cholestérol en excès, des maladies peuvent augmenter le cholestérol : une insuffisance de sécrétion hormonale de la thyroïde [hypothyroïdie], une rétention de bile au niveau du foie [ictère par cholestase], une perte importante d'albumine par les urines [syndrome néphrotique], un diabète. Des médicaments et la contraception orale peuvent également augmenter la teneur en graisses du sang (triglycérides et VLDL surtout).


    2 commentaires
  • Photo de Stéphane Kindler


    TRAINS DE NUIT

     

    Jetés comme une brassée de branches mortes

    Les rails s'entrelacent avant de mourir à la gare

    Luisantes sous la lune qu'un nuage emporte

    Les gerbes de métal se fondent dans le noir

     

    Les rectangles de lumière alignés dans la nuit

    Défilent à la volée dans un fondu enchaîné

    Des visages à peine entrevus s'enfuient

    Dans un vieux film aux images saccadées

     

    Le train de nuit s'échappe à travers champs

    Dans l'obscurité il suit son chemin de fer

    De battement en battement

    Il file droit ses roues dans les fers

     

    Le train de nuit emporte sa charge humaine

    Course dans le noir dans le  cours des jours

    Une charge de pensées de joies et de peines

    Quitter ceux qu'on aime ou aller aux amours

     

    Le train de nuit transporte des soldats en armes

    Le goût amer sur les lèvres du dernier baiser

    Des femmes qu'ils ont quittées en larmes

    Défilent les villages qu'ils espèrent retrouver

     

    Dans la nuit un train de wagons pour bestiaux

    Déporte sa cargaison d'humains prostrés

    La clarté des gares éclaire à travers les barreaux

    Les faces hagardes et les corps étouffés

     

    Le train de nuit fonce dans le noir assassin

    Un aller simple pour un unique voyage

    Les voyageurs immobiles s'effacent un à un

    Le convoi désert devient paysage

    Paul Obraska


    2 commentaires
  • Comme chacun sait  « l'air guitar » consiste à jouer de la guitare sans guitare, en mimant sur une scène tous les gestes et toutes les attitudes du guitariste y compris les plus folles. Ce simulacre est une discipline internationale avec ses vedettes, son festival et ses championnats. La Fédération française d'air guitar a d'ailleurs récemment organisé son championnat de France au parc de la Villette.

    Rien n'est plus proche du rêve que cette discipline. Elle rappelle le jeu des enfants qui servent un repas sans mets ou le mime qui ouvre une porte sans porte. Mais pourquoi ne pas étendre les simulacres ? Des champions de course automobile sans bolide tenant un volant imaginaire et manipulant des vitesses et des pédales absentes, des hommes politiques tenant un discours sans discours, tout dans la mimique et le geste, est-ce que les gens y verraient une différence ? Mais pour être plus sérieux : pourquoi ne pas demander aux soldats de tirer sans armes et aux terroristes de sauter sans bombe. On voit que l'air guitar ouvre des perspectives qui pourraient bouleverser le monde. Chacun sait que le monde est un simulacre, l'ennui est qu'on ne lui retire pas la guitare.


    votre commentaire
  • Le pape infanticide

    Au XIIe siècle, les conciles (Clermont, Latran, Tours) interdirent aux membres du clergé la pratique de la médecine et surtout de la chirurgie en vertu du principe : «  Ecclesia abhorret a sanguine ». En 1492, le Pape Innocent VII, gravement malade, aurait dû s'en souvenir quand son médecin lui proposa la première transfusion sanguine humaine connue avec le sang de trois enfants. Les quatre en moururent. Le Pape aurait pu supporter la transfusion si son groupe sanguin avait été celui du « receveur universel », mais le monde est mal fait et ce groupe est le plus rare des quatre principaux découvert par l'autrichien Karl Landsteiner en 1901. La chance que les enfants soient tous trois des « donneurs universels » était également mince.

     

    Sang noir et sang blanc

    Pour éviter d'avoir recours à des volontaires (nous ignorons si les enfants sacrifiés pour le Pape l'étaient) pour une transfusion immédiate, Charles Drew inventa la banque de sang. Issu d'une famille noire pauvre de Washington, ce chirurgien américain découvrit, peu avant la seconde guerre mondiale, les techniques de conservation du plasma et du sang et montra que la transfusion de plasma seul, toujours possible quel que soit le groupe sanguin, pouvait être salvatrice. Pendant la guerre il organisa à Londres la collecte de sang pour la Croix Rouge anglaise, puis pour l'armée des Etats-Unis. Il démissionna lorsque le Département de la guerre américain décida que les dons de sang des noirs et des blancs devaient être séparés. Après la guerre, devenu chirurgien-chef du Freedmen's hospital de Washington,  il fût  reconnu et honoré. Victime d'un accident d'automobile en 1950, la rumeur veut qu'il soit mort parce qu'on aurait refusé de le transfuser dans l'hôpital le plus proche, réservé aux blancs. L'histoire, trop « belle » pour être vraie, a été déniée par sa veuve, mais la rumeur court toujours. Il reste vrai que l'on cherche en vain le nom de Charles Drew dans les dictionnaires des grands médecins et dans les histoires de la médecine éditées en Europe.

                                                                                   

    Un record sanglant

    « L'affaire » du sang contaminé par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) responsable du sida s'est révélée en France médicalement incorrect et politiquement correct. Elle a illustré avec éclat, dans les années 80, l'exception française et les avantages du service public : le taux cumulé de sida d'origine transfusionnelle (hémophiles et transfusés) par nombre d'habitants en 1998 a été en France près de cinq fois supérieur à celui de l'Italie, près de dix fois celui de l'Allemagne et plus de treize fois celui du Royaume-Uni[1]. Ce record a été établi grâce à la préservation revendiquée de la vie privée des donneurs de sang pour ne pas écarter, par des questions insidieuses, ceux qui avaient le plus de risque d'être atteints par le virus : homosexuels, toxicomanes, et délinquants emprisonnés, permettant ainsi de le transmettre aux futures victimes dont la vie a paru moins respectable que le politiquement correct. Le droit a été donné à un futur opéré ou un malade de refuser la vérification de son « statut viral », c'est à dire la révélation d'une éventuelle atteinte par une hépatite ou le sida alors que son sang pouvait contaminer le personnel soignant. L'intérêt industriel national a permis de prendre trois mois de retard par rapport aux autres pays développés pour appliquer le test de dépistage français, et près d'un an pour éliminer le virus des produits sanguins, pour éviter d'importer les méthodes déjà mises au point aux USA, alors que d'autres pays n'avaient pas  hésité à le faire. Quant aux produits en stock et en circulation dont le virus n'avait pas été éliminé, ils ont été laissés à la disposition du public pour des raisons économiques. Les laboratoires privés dans les pays voisins s'étaient empressés de les retirer du commerce pour éviter d'éventuels procès, ce que le service public en France n'a pas fait, pensant être à l'abri de ce type de désagréments. Pour ce triste record nos politiques ont admis être responsables mais pas coupables et les médecins intéressés se sont avérés irresponsables et coupables.


    Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora


    [1] D'après un tableau figurant dans le « Dictionnaire de la Pensée Médicale »


    4 commentaires
  • Hiéronymus Bosch "Le Christ portant sa croix"


    MALEDICTION

     

    Dans le tableau de Hiéronymus Bosch

    « Le Christ portant sa croix »

    L'horrible foule toute proche

    Fait comme s'Il n'existait pas

     

    Le visage du Christ est serein

    Il souffre mais c'est pour ressusciter

    Les faces de la foule sont celles du Malin

    Le peuple de Jésus est déjà condamné

     

    La foule démoniaque se presse contre Lui

    L'entoure mais ne Le regarde pas

    Les gens parlent du temps et de la pluie

    Dans l'espoir qu'Il ne leur parle pas

     

    Car celui qui L'avait écouté un instant

    Mais refusé de l'aider à porter sa croix

    Fut condamné jusqu'à la fin des temps

    A marcher jusqu'à Son retour ici-bas


    Paul Obraska 

    Titien "Crucifixion"


    LE CRUCIFIE SOLITAIRE

     

    Mais que se passe-t-il ? je suis seul sur ma croix !

    Où sont passés les figurants ?

    Au début nous étions trois

    La croix sur le dos, ils ont levé le camp

     

    Ils ont cru que le spectacle était fini

    Dès qu'ils m'ont vu cloué

    Et ils sont tous partis

    Pas un Romain pour m'embrocher

    Pas un fidèle à mes pieds

    Pas une mère pour me pleurer

     

    Qu'il est triste d'être un crucifié solitaire

    Personne pour me voir souffrir

    Ils avaient sans doute mieux à faire

    Mais il n'y a pas de sacrifice

    Si personne n'est là pour l'applaudir

     

    Enfin ce n'est pas rien d'être Son Fils

    Ils auraient pu rester jusqu'à la fin de la scène

    Le drame avait été promu et annoncé

    J'avais préparé les rôles à la Cène

    Ils n'ont pas compris et m'ont abandonné

     

    Je suis seul sur ma croix comme un brigand

    Pas une âme charitable pour me déclouer

    Je sens que je vais y rester deux mille ans

    Paul Obraska


    2 commentaires