• Chaim Soutine " La cathédrale de Chartres"


    CATHEDRALES

     

    Dans le désert

    Il ne pensait pas aux cathédrales

    A ces vaisseaux lancés à la verticale

    A la fraîcheur de leurs pierres

    Au silence murmuré des prières

    Au soleil sur les vitraux plombés

    Dans la pénombre de morgue

    Aux statues blafardes éplorées

    Racontant des légendes du passé

    Sous le souffle grave des orgues

     

    Dans les cathédrales

    Il avait la nostalgie du désert

    De l'immensité jonchée de pierres

    De l'horizon horizontal

    Se glissant entre ciel et terre

    De la rosace du soleil blond

    De la chaleur pure de l'air

    Sous une voûte bleue de plomb

    Dans le vent aigu du désert

     

    Loin des dentelles de pierre

    Loin des idoles des chapelles

    Il était né dans le désert

    Où la terre est si proche du ciel

    Où l'homme est si solitaire

    Et se sent si mortel


    Paul Obraska


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  • On vaque à nos occupations. On pense à autre chose. On vit comme si rien n'était. Mais il ne faut pas se leurrer : le problème c'est le commencement. Comment les choses sont-elles nées ? Pour les croyants, c'est simple : c'est Dieu. C'est vrai que sans Dieu le monde est absurde, avec il est révoltant. Par égard pour Dieu je préfère qu'il soit absurde, mais avec on a au moins un responsable sous la main et comme le dit si bien Woody Allen,  espérons qu'il a une bonne excuse.

    Il est aussi difficile de démontrer l'existence de Dieu que son inexistence, tout est affaire de croyance, alors va pour Dieu. Pour les croyants Dieu n'est ni créé ni engendré, donc pour Lui il n'y a pas de commencement, avant de créer l'univers Dieu était donc dans le néant. Aïe ! Et depuis combien de temps ? Un temps infini et de surcroit seul pour les monothéistes. Le sort de Dieu n'était pas enviable avant la création. En fait notre existence que nous Lui devons a été pour le Seigneur une bénédiction. Pouvons-nous espérer de sa part un peu de reconnaissance ? L'évolution du monde ne va pas dans ce sens. Il est vrai que pour la Kabbale, Dieu s'est retiré du monde pour pouvoir le créer (cf « Responsable mais non coupable » dans les « bâtons rompus »)

    Pour les incroyants il y a le « big bang ». C'est un commencement explosif qui a de l'allure. Mais avant l'explosion il y avait quoi ? Et l'explosion a eu lieu dans quoi ? L'univers dans le creux de la main mais sans main (heureusement car le poids de l'univers condensé devait être infini, enfin d'après la rumeur). L'univers jouerait-il de l'accordéon ? Tantôt en rétraction, tantôt en expansion ? Mais avant l'accordéon ?

    Avant, je ne sais pas, mais après je prends de l'aspirine.


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  • D'après le Père René Laurentin (« Dictionnaire des apparitions de la Vierge Marie »), il y aurait eu 2450 apparitions de la mère juive de Jésus en 2000 ans. Mais l'Eglise, très prudente et plutôt réticente, n'en n'a reconnues que très peu, mais elle en a reconnues, car ces apparitions font du bien à la foi. Ceux ou plus souvent celles, en général humbles et d'une culture un peu limitée, qui voient Marie, pensent donc qu'elle existe et ceux qui voient ou qui se souviennent de ceux et surtout de celles qui ont vu, croient davantage à l'Au Delà.

    Je ne peux m'empêcher de me poser des questions que les croyants jugeront primaires.

    1° Ce que l'on voit existe-t-il ? La réponse de bon sens est oui. Alors les hallucinations provoquées par une maladie mentale ou une tumeur cérébrale existent.

    2° Pourquoi est-ce surtout Marie qui apparait aux terriens ? Serait-ce pour sa douceur supposée et comme ambassadrice, son sens de la diplomatie ? Ou peut-être simplement que l'apparition d'une femme est sûrement moins effrayante que celle d'un homme (il existe donc encore la différenciation des sexes parmi les purs esprits). Enfin pourquoi ces terriens sont-ils toujours chrétiens ? Seuls les chrétiens sont donc susceptibles de la faire apparaître ; ce qui, il faut en convenir, est une forme de discrimination.

    3° L'apparence que revêt Marie est plus ou moins toujours la même : jeune et jolie. C'est-à-dire avec l'apparence donnée par les artistes (qui n'ont jamais eu la moindre représentation de la mère du Christ) sur les tableaux et les statues.

    4° Depuis 2000 ans où-t-elle ?  Pour l'Enfer il ya un lieu possible, le magma terrestre pourrait faire l'affaire. Mais pour le Paradis où elle est censée séjourner ? On parle du Ciel, mais il est quotidiennement exploré (certes les trous noirs nous échappent), alors reste la solution avancée par l'imagination des auteurs de science-fiction : les mondes parallèles. Voilà : si l'on croit aux apparitions de la Vierge Marie, il faut aussi croire aux mondes parallèles et à la faculté qu'elle a de passer d'un monde à un autre sans difficulté et sans rien  perdre de son intégrité.

    Peut-être irai-je à Lourdes, car j'aime bien l'idée des mondes parallèles et j'apprécie toujours la beauté des femmes.


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  • Salvador Dali "Ascension"


    LE MONDE EST A MES PIEDS

     

    Et le monde est à mes pieds.

    Moi qui prêchais la modestie et l'égalité,

    Ils se mettent à genoux devant ma figure,

    Devant le marbre, le plâtre et la peinture.

     

    Ils me représentent dans les églises et les rues,

    Ils baladent à bras d'hommes ma statue,

    Je suis peint sur des milliers de tableaux,

    A dire vrai je ne me voyais pas aussi beau.

     

    Mais comme nourrisson ils ne m'ont pas réussi,

    Contrairement à ma mère toujours très jolie,

    Ils aiment beaucoup la promener dans les rues,

    Ou la faire apparaître à des enfants perdus.

     

    Ceux qui me représentent ne m'ont jamais vu.

    Pour croire en moi ils ont besoin d'une statue,

    Alors que nous voulions chasser les idoles

    De nos temples et les animaux qu'on immole.

     

    Comme eux j'ai beaucoup aimé ma mère,

    L'adoration qu'on lui porte ne me rend pas amère,

    Mais ils disent que ses statues pleurent du sang !

    Et pourquoi tous ces saints qu'on sollicite en priant ?

     

    Je confesse que je suis peiné par cette idolâtrie.

    Ces gens qui se traînent à genoux devant une effigie,

    Qui se découvrent, pleurent et prient devant elle,

    Comme si se nichait dedans le Père Eternel.

     

    Dois-je réapparaître pour corriger les choses ?

    L'histoire recommencerait et ça me rend morose,

    De nouveaux tableaux, de nouvelles statues,

    Et peut-être qu'à me voir enfin seraient-ils déçus


    Paul Obraska


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  • Ces dernières années ont vu des modes radicales pour modifier le corps.

    Le « body building » a ses adeptes, cette dénomination a remplacé celle ancienne de « culturisme ». Les produits obtenus permettent d'illustrer les planches anatomiques pour l'étude des muscles.

    A l'inverse, beaucoup trop de femmes sculptent leur corps jusqu'au squelette. Une fois enlevés le papier et la ficelle on tombe sur un os. Les mannequins, leurs fémurs et leurs tibias en équilibre sur des talons hauts, oscillent sur les estrades, à peine maintenus par des muscles atrophiés

    J'ai déliré ailleurs sur le piercing (« Un mystère à percer ») dont l'excès me parait avoir plus d'inconvénients que d'avantages. Mais le piercing est réversible, ce qui n'est pas le cas du véritable tatouage qui ne peut être remplacé que par une greffe de peau. Il faut faire attention au motif tatoué. Un de mes anciens patients qui s'était fait faire un large tatouage sur le torse n'a jamais voulu retiré son tricot de corps pour être examiné, aucune personne de sa famille ne l'avait vu torse nu. D'après une étude américaine récente ce sont 7 fois sur 10 les femmes qui veulent faire  retirer leurs tatouages, une dizaine d'années après, pour des raisons familiales ou professionnelles, on les tolère moins chez elles que chez les hommes. 
    En eux-mêmes certains tatouages ne manquent pas de beauté. J'ignore si l'on continuera longtemps à prendre la peau humaine pour une peau d'animal et en faire un parchemin chargé d'enluminures, mais les tatouages, eux, persisteront.

    Malheureusement je n'aurais pas le loisir d'accompagner ces jeunes tatoués jusqu'à la vieillesse et de voir leurs tatouages se déformer, se flétrir comme des fleurs fanées lorsque leur peau deviendra lâche et ridée.


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  • Marc Chagall "Les saltimbanques dans la nuit"


    LES MUSICIENS

     

    Les saltimbanques sont venus ce soir

    Masques blafards dans le bleu sombre

    Troués d'orbites vides au regard noir

    Flottant sans corps dans la pénombre

     

    Les instruments s'amusent entre eux

    Leurs chapelets de notes enjouées

    S'élèvent clairs dans la nuit bleue

    Les musiciens exécutent la gaité

     

    Les mains comme des oiseaux

    Virevoltent sur le violon pâle

    Caressent le corps d'un flûteau

    Et attirent les gens dans le bal

     

    Les instruments bêtes fidèles

    Flattées par la main  des artistes

    Plus vivants par leurs ritournelles

    Que leurs maîtres au regard triste


    Paul Obraska 

     




    BANDONEON

     

    Le bandonéon se love sur toi Astor

    Il baille et se courbe et s'étire

    Tes mains  tiennent son corps

    Et sous la caresse de tes doigts

    Il pousse un profond soupir

    Alors tu le presses contre toi

    Et son souffle rauque, saccadée

    Gronde entre tes bras

    Puis tu le laisses doucement aller

    Et il entoure tes genoux serrés

    Pour te remercier, Astor Piazzolla.


    Paul Obraska


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  • La médecine arabe était la médecine gréco-latino-byzantine traduite en arabe et complétée par l'expérience des médecins arabes et  juifs au Moyen Age.

    C'est grâce au fanatisme et à l'intolérance religieuse des byzantins que les connaissances médicales des grecs et latins n'ont pas été perdues. La médecine byzantine continuait celle de Rome avec d'éminents praticiens, comme le clinicien Alexandre de Tralles au VIe siècle, un des plus importants de l'histoire de la médecine, et le chirurgien Paul d'Egine au VIIème, particulièrement inventif.  C'est au VIIIe siècle que des Nestoriens hérétiques chassés de l'empire byzantin se réfugient en Perse, à Goundi-Shapour où ils développent une école médicale. Ce sont eux qui vont traduire les ouvrages grecs et latins en arabe et permettre l'essor de la médecine en terre d'Islam d'où elle reviendra en Occident par Salerne et l'Espagne à partir du Xe siècle. Ce ne sera pas la dernière fois qu'une émigration forcée d'hommes de science est à l'origine d'un nouvel essor de celle-ci.

    Le premier livre de médecine  en arabe est la traduction par un juif d'un livre écrit en grec par un prêtre chrétien d'Alexandrie (M.Bariéty et C.Coury, Histoire de la Médecine). Au Moyen Orient, au XIe siècle, le plus célèbre des médecins arabes est Avicenne (à gauche, en haut), originaire de Boukhara. Dans une œuvre encyclopédique : le Canon, Avicenne fait le diagnostic par le pouls dont il distingue dix sept variétés, établit traitement et pronostic selon les astres, considère l'amour comme une maladie, dessine des schémas  abscons et naïfs qui pourraient évoquer les arbres de décisions et algorithmes à la mode de nos jours. Le Canon a encombré les études médicales pendant des siècles : «  un fatras obscur dont on ne peut tirer aucune déduction utile aux malades » (J-C Sournia, Histoire de la médecine). On comprend que Paracelse l'ait jeté au feu. En Espagne, un siècle plus tard, le grand médecin est à Cordoue, Averroès (à droite), qui s'intéressait plus à la philosophie et à la théologie qu'à la médecine. Esprit sceptique, c'était un musulman pas très catholique contesté par ses coreligionnaires orthodoxes, puis par les chrétiens. Egalement à Cordoue et son contemporain, le plus célèbre médecin juif, Maïmonide (à gauche, en bas), devenu médecin du Vizir au Caire,est lui aussi plus mémorable pour son œuvre théologico-philosophique que par ses traités médicaux , si appréciés fussent-ils à l'époque.



    Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora


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  • Jacques Marseille dans un article paru dans le Point du 4 septembre 2008, à propos du RSA,  propose (entre autres) de remplir un peu les caisses vides en taxant davantage les « hyper-riches » plutôt que les classes moyennes, puisque ces 0,01% des Français ont vu leurs revenus fortement augmenter ces 10 dernières années. Voici ces horribles propositions :

    - Soumettre au droit commun (scandaleux !) les 8,6 milliards de stock-options distribuées par an à 100000 personnes environ =

    3 milliards €

    - Soumettre au droit commun (quelle injustice !) les « parachutes dorés » de 51000 dirigeants =

    700 millions €

    - Imposer une taxe 100 € par an aux 4 millions de plaisanciers (où va-ton !) =

    400 millions €

    - Taxer de 1 € supplémentaires les 13 millions de cigares fumés par 200000 personnes (si on ne peut plus la ramener !) =

    13 millions €

    - Taxer de 10% supplémentaires les montres de luxe (mon Dieu ! A qui s'attaque-il !) dont le marché ne cesse d'augmenter (+ 29% et + 22% les 2 dernières années) =

    120 millions €

     

    Total : 4 milliards et 233 millions €

    Ce Jacques Marseille n'a aucun bon sens.


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  • Rembrandt "La parabole de l'homme riche"



    VORACE

     

    J'accumule...J'accumule...J'accumule...

    Même quand je dors, pendant mon absence

    J'accumule de l'argent à ne savoir qu'en faire

     

    Il arrive dans mes poches sous toutes ses formes

    Actions, bénéfices, jetons de présence

    Indemnités, primes, salaires

    Ma fortune est énorme

     

    Je n'ai jamais assez de sous

    Je tire de l'argent de partout

    Même si je ne sais qu'en faire

    Mes autos, je ne m'en sers guère

    J'ai bien sûr une voiture de fonction

    Je possède appartements et maisons

    Mais je ne m'y rends que pour recevoir

    Ceux dont je cherche à tirer de l'argent

     

    Du matin jusqu'au soir

    Je consacre tout mon temps

    A grossir mes avoirs dont je n'ai nul besoin

     

    J'ai un pied dans la tombe mais j'accumule toujours

    La Faucheuse n'est pas à vendre et je serai fauché un jour

     

    Je regrette les temps anciens

    Où les morts emportaient leur trésor dans leur tombe

    Je n'aurai sur moi qu'un costume moche

    Et pas un sous en poche

    C'est le comble

     

    Je laisserai aux autres mon énorme pécule

    Ils attendent de me mettre dans la tombe

    J'accumule...J'accumule...j'accumule...


    Paul Obraska 

     

    George Grosz "Eclipse de Soleil"


    LA LOI DU MARCHE

     

    Le général à la table du conseil

    Croisé couronné médaillé

    Ecoute dans le creux de l'oreille

    Le discours tentateur murmuré

    Par un monsieur propre sur lui

    Qui propose pour un prix exorbitant

    Une très merveilleuse panoplie

    De quoi mettre des pays à feu et à sang

    Cacher le soleil d'un écran de flammes

    Et remplacer la nuit par un jour orangé

    Mais le général a des états d'âme

    Il hésite à conclure le marché

     

    Rien à dire sur la marchandise du vendeur

    Et les anonymes sans tête la payeront

    Oh ! Une guerre ne lui fait pas peur

    Puisque ce sont les autres qui la feront

    Le général hésite car il sait compter

    Et il trouve que sa commission

    N'est pas assez élevée


    Paul Obraska


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