• Quel est l’hurluberlu qui a parlé de société apaisée ?

    Il y a près de 50 ans, nous avions assisté à une pseudo révolution. Rendons grâce à ce « pseudo » qui met l’accent sur l’absence de sang versé. Quoi que l’on puisse dire sur les évènements de mai 68 et de ses conséquences ultérieures qui ne sont pas toujours à mettre à son crédit, ceux qui ont vécu cette période (et j’en suis) se souviennent probablement de l’ambiance générale du moment, certes bordélique, mais marquée par une libération trans-hiérarchique de la parole, qui fut nécessaire, bien que  trop souvent irrespectueuse et destructrice, mais également de l’installation d’une confiance mutuelle où tout le monde parlait à tout le monde, quel que soit le milieu social, où pendant la grève générale chacun aidait chacun, et je ne compte plus les personnes que j’ai pu prendre en stop à travers Paris, les transports en commun étant en grève.

    Libération de la parole à travers les couches sociales, mais aussi libération des mœurs et de la sexualité.

    Et aujourd’hui nous assistons à l’inverse de Mai 68 : une société de suspicion généralisée. La parole se libère aussi, mais c’est pour dénoncer l’autre, nous vivons à présent dans une société de délation généralisée où la justice et les syndicats sont le plus souvent court-circuités par la rumeur et le lynchage qui sévissent sur les réseaux dit sociaux.

    Des femmes dénoncent des hommes, jusqu’à une call-girl qui se plaint d’avoir été violée par surprise (mais sans violence) des années auparavant par un ministre actuel dans le cadre d’un élégant « balance ton porc ». Une prostituée violée et par surprise, surprenant, ce qui n'empêche pas une pétition de réclamer de suite la démission du ministre; l'accusation suffit à établir la culpabilité. Quel est l’hurluberlu qui a parlé de société apaisée ?Mouvement aiguillonné par des féministes en extase comme Caroline de Haas (photo ci-contre, à connaître, car on peut se demander si cette femme n’est pas dangereuse) qui fait quasi profession de son féminisme, tirant au moins un profit médiatique des accusations qui suffisent, sans preuve formelle et sans intervention de la justice, pour déconsidérer et priver de son travail un homme connu (et plus il est connu et plus il descend aux enfers, plus on se régale). Une féministe éclairée, mais on ne sait pas trop par quelle lumière, qui accuse ceux qui se sont élevés contre les centaines d’agressions sexuelles commises par des Arabes à Cologne de « déverser leur merde raciste » sur les coupables, et de proposer d’élargir les trottoirs pour éviter les agressions contre les femmes dans les quartiers à prédominance maghrébine.

    Mais le mouvement de délation généralisée ne s’arrêtera pas là. Il y a du grain à moudre : citons comme exemples : après #BalanceTonHosto dont le contenu est sans doute valable mais la méthode discutable, le # DénonceTonOrdo où l’Organisation nationale des syndicats d’infirmiers libéraux (un syndicat qui s’efforce de rentrer dans la partie) appelle les soignantes à dénoncer sur les réseaux sociaux toutes les prescriptions abusives des médecins.

    Nous avons dépassé l’artisanat minable de la lettre anonyme, la délation a atteint un niveau industriel et universel.    

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  • Commentaires

    1
    Lundi 29 Janvier à 17:55

    Je me souviens de mai 68 car à Nantes ce fut très hard, et il y eut un mort !

    J'avoue que j'évitais de sortir sauf dans le quartier dans les boutiques où j'allais régulièrement et où je pouvais espérer obtenir quelques chose, ma belle mère qui avait connu la guerre et les tickets de rationnement (que les soixante-huitards avaient remis à Nantes, bons d'essence distribués au compte goutte)  était très impressionnée. Je n'ai pas trouvé cela bon enfant, comme vous le laissez entendre !

    Quand à cette Caroline Haas, qui a enfin émergée, on n'a pas besoin de se demander si elle est dangereuse, car elle l'est assurément pour la société.

    Et puisqu'on a laissé faire, cela va aller crescendo, on n'est pas au bout de nos 'mauvaises" surprises!

      • Lundi 29 Janvier à 18:18

        J'ignore ce qui s'est passé hors Paris. Ce n'était bon enfant (aucun mouvement d'ampleur l'est), mais le fait dominant était que tout le monde se parlait, bien que souvent pour dire des bêtises utopiques.

    2
    Souris donc
    Lundi 29 Janvier à 18:04

    J'avais fait un contresens complet. Issue de la grande pauvreté, je trouvais les soixante-huit-tares des enfants gâtés. De plus, enceinte jusqu'aux yeux, rentrer à pied sous la canicule, en suppliant les bistrotiers de me donner un verre d'eau, ne me laisse pas un souvenir inoubliable, sauf ma petite drôlesse qui va sur ses 50 ans. De plus, à Nanterre, ils ont malmené le recteur de l'université, un grand résistant, j'ai oublié son nom.

      • Souris donc
        Lundi 29 Janvier à 18:25

        Pierre Grappin.

        Lors de la remise de son diplôme de docteur honoris causa de l'Université de Nanterre (pas rancuniers !) en 2014, Daniel Cohn-Bendit lui rend hommage 46 ans plus tard et affirme : "En 68, il y a eu des choses admirables ici même, mais aussi des paroles qu'il faut regretter. Dans le feu de l'action, le doyen de l'époque, Pierre Grappin, ancien résistant, a été traité de nazi. Le traiter de nazi, c'était ne pas savoir ce qu'étaient les nazis"

         

         

      • Lundi 29 Janvier à 18:26

        Vous avez en fait raison : les 68arts étaient des enfants gâtés et au départ ce mouvement n'avait aucune raison d'être, mais en matière de libération de la parole (même pour dire des âneries), on n'a pas fait mieux. Oui, dans les universités on a assisté à la revanche des ratés comme dans toute révolution, et parfois comme je l'ai dit à un irrespect scandaleux. Dans les mouvements de masse, on voit de tout : du meilleur comme du pire.

      • Lundi 29 Janvier à 18:38

        J'ajoute qu'en repensant aux "assemblées générales", je les trouvais à l'époque parfaitement ridicules.

    3
    semaphore
    Mardi 30 Janvier à 00:52
    semaphore

    Petite typo, Doc !

    un profit médiatique des accusATions... yes

      • Mardi 30 Janvier à 08:22

        Merci. On ne voit que ce que l'on pense voir.

    4
    Mardi 30 Janvier à 10:47

    Je me suis laissé dire qu'un obscur blogueur en mal de publicité et dont l'ambition affichée n'est rien moins que de "remettre l'église au milieu du village" envisagerait de lancer un #BalanceTabBalance pour dénoncer les dénonciations abusives ou injustifiées...

    Mais où va t-on s'arrêter ?

      • Mardi 30 Janvier à 11:05

        Les grands esprits se rencontrent : j'avais envisagé un titre semblable pour le billet...

    5
    Mardi 30 Janvier à 20:47

    Sous l'occupation allemande, les délateurs signaient leurs lettre "Un bon Français". Quels genre de "bons" sont-ils, les délateurs actuels?

      • Mardi 30 Janvier à 20:51

        Un bon mouton.

    6
    Souris donc
    Mardi 30 Janvier à 22:29

    La délation a atteint un niveau industriel.

    C'est la détestostérone à bout de soufre.

      • Mardi 30 Janvier à 22:59

        Une fabrique de modification endocrinienne où l'on soufre en silence.

    7
    Mardi 30 Janvier à 23:17

    Elle a été la directrice de campagne de Cécile Duflot lors des primaires de EELV, avec le succès qu'on sait. 

    Notre époque permet à n'importe qui de s'auto-proclamer "défenseur" de gens à qui on n'a pas demandé leur avis : de Haas représente LES femmes comme Besancenot représente LES travailleurs et Edwy Plenel  LA presse.

      • Mardi 30 Janvier à 23:27

        L'auto-proclamation est plus sûre que la nomination ou l'élection. 

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