• Chaim Soutine "Deux enfants sur la route"


    DEUX ENFANTS

     

    Ils sont seuls

    Les deux enfants sur la route

    Au milieu des champs labourés

    Le garçon est l'aîné

    Il tient par la main la petite fille

    Et elle tient un petit panier

    Que font-ils seuls sur la route 

    Ont-ils une famille 

    Ils ne vont pas à l'école

    Ils n'en reviennent pas

    Les enfants ça ne se promènent pas

    Quand ils sont seuls ils jouent

    Eux ne jouent pas

    Alors que font-ils seuls

    Sur la route à pied

    Au milieu des champs labourés 

    Çà n'a pas de sens

    Mais la vie a-t-elle un sens

    Pour deux enfants abandonnés

    Seuls sur la route

    Sans savoir où aller


    Paul Obraska 

     

    Chaim Soutine "La petite fille à la poupée"


    LA POUPEE

     

    Assise dans un fauteuil de bois

    La petite fille de Soutine

    Entoure de ses bras

    Une poupée à triste mine

     

    Pourquoi la poupée pleure-t-elle 

    Sait-elle qu'elle sera un jour jetée

    Démembrée dans une poubelle

    Quand la petite fille aura cessé de l'aimer 

     

    Et pourquoi la petite fille

    A ce regard angoissé 

    Est-elle sans famille 

    Est-elle abandonnée 

     

    Elle craint peut-être un jour de l'être

    Peut-être viendra-t-on un jour la prendre

    Des étrangers peut-être

    Qui feront d'elle des cendres

     

    Son sort sera-t-il celui de la poupée

    Qui pleure déjà entre ses mains

    Avec la peur de ne plus être aimée

    Avec la  crainte de son destin

     

    Si vous voulez sentir votre fragilité

    Regardez les yeux des poupées


    Paul Obraska


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  •  

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    Pierre Bonnard "Sieste"



    CHALEUR

     

    Il fait chaud

    La femme nue assoupie

    Etreint le lit

    La tête dans ses bras en berceau

     

    Il fait chaud

    Le corps découvert alangui

    Dans la beauté de son impudeur

    Dans le charme de sa candeur

     

    Une heure de sommeil

    Volée sur la nuit

    A l'ombre de la chambre fleurie

    Dehors le soleil

    Frappe sur les volets fermés

     

    Au pied du lit

    Les vêtements éparpillés

    De trop

    Et un chien endormi

     

    Il fait chaud

    La femme s'est s'abandonnée

    Nue

    Sans retenue

    Dans la chaleur de l'été


    Paul Obraska 

     

     Pierre Bonnard "Homme et Femme"


    APRES

     

    L'homme nu debout à l'écart se rhabille déjà

    Sans un regard pour la femme sur le lit défait

    La femme assise nue est laissée là

    Dans le silence de l'après

    La tête basse

    Mélancolique

    Impudique

    Lasse

     

    Qu'attend-elle ? De la tendresse ?

    L'homme a eu ce qu'il voulait

    Ce qu'il attend d'une maîtresse

     

    Mais peut-être n'est-il pas satisfait ?

    Peut-être vont-ils se quitter

     

    Alors la femme reste nue sur les draps

    Comme une coquille vide abandonnée

    Une main sur une cuisse et une jambe repliée

    Le talon devant son sexe qu'elle ne couvre pas


    Paul Obraska


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  • Pierre Auguste Renoir "Jeune fille peignant ses cheveux"


    RIDEAU

     

    Que c'est beau

    Ces longs cheveux de femme défaits

    Qui tombent comme un rideau

    Sur un visage sans apprêt

     

    Qu'il est fier

    Ce mouvement de tête têtu

    Qui ramène les cheveux en arrière

    Et révèle le visage un instant disparu

     

    Dehors le vent joue au magicien

    Quand il tire un rideau ajouré

    Sur les beaux visages féminins

    Puis  le soulève sur leur clarté

     

    Et les hommes sont séduits par ce jeu

    De la tête, du vent et des cheveux

    Par le visage changeant de la féminité

    Un jour lumineuse le lendemain voilée


    Paul Obraska




    Pierre Auguste Renoir "Gabrielle avec la boîte à bijoux"


    BIJOUX

     

    Dans les cités fantômes ensevelis sous la terre

    On trouve comme des bouts de soleil dans la boue

    Enchâssés dans le sable comme des éclats de verre

    Les bijoux

     

    Ils ont appartenus à des beautés antiques

    Ces bracelets aux poignets et ces chaînes aux cous

    Des douces chairs fantômes ce sont les reliques

    Les bijoux

     

    Des femmes qui portaient ces boucles d'oreille

    Aussi intimes avec leur corps que des dessous

    De leur séduction il reste ces merveilles

    Les bijoux

     

    On se prend à rêver devant le métal ciselé

    A son dur éclat d'or sur des corps si doux

    Au parfum évanoui qui devait escorter

    Les bijoux

     

    Comme s'étonner que les femmes les aiment

    Que leurs yeux brillent devant l'éclat des cailloux

    Ils sont un peu d'elles-mêmes

    Les bijoux


    Paul Obraska


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  • Berthe Morisot "La lecture"


    LECTURE

     

    Jeune fille absorbée dans le livre ouvert

    La page blanche éclaire ton visage pur

    Tu es partie légère dans un autre univers

    Transportée dans des rêves par ta lecture

     

    Un monde imaginaire se déroule dans tes mains

    La page peuplée de petits signes noirs

    T'emporte loin des plantes du jardin

    Dans le récit muet de belles histoires

     

    On ne sait dans quel monde t'emporte ta lecture

    Les petits signes noirs se pressent en rangs

    Et te donnent les clefs des serrures

     

    Pour voyager dans l'espace et le temps

    Tu as dans tes mains de la pure magie :

    Le livre jette un charme, celui de l'oubli


    Paul Obraska 

     

     Sir John Everett Millais "La fille aveugle"


    L'ENFANT RACONTE

     

    Et l'enfant raconte le lourd ciel assombri

    Au-dessus de la maison aux tuiles rouges

    L'étal en arc dans les gouttes de pluie

    Des entrailles de lumière, du violet au rouge

     

    Elle raconte l'herbe piquée de noirs oiseaux

    L'accouplement des fleurs et des papillons

    Et le museau humide enfoui des animaux

    Les pattes dressées dans la pâture à foison

     

    Elle raconte les arbres comme des naufragés

    Perdus au milieu des vagues douces du champ

    Et la lumière des flaques d'eau à leurs pieds

     

    L'aveugle attentive écoute les paroles de l'enfant

    Elles bâtissent le monde, mais le nom des couleurs

    Réveille en elle le sombre regret d'un ancien bonheur

    Paul Obraska


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  • Marc Chagall "Autoportrait avec Muse (rêve)"


    LA MUSE DE CHAGALL

     

     

    L'âne, le bœuf et l'agneau aux yeux sereins

    Offrent leur chaleur innocente aux humains

    Le coq pointe son bec aigu aux épousailles

    La mariée blanche fleurie de bleu

    Est prête dans son bel attirail 

    Les mariés s'envolent dans le ciel bleu

    Comme des feuilles mortes

    Que le vent amoureux emporte

     

    Les bêtes se mêlent aux hommes

    Et les hommes au ciel et le ciel à la terre

    Dans les volutes d'azur d'un maelström

    Les corps ondulent en apesanteur dans l'air

     

    Des flammes de bougie sortent des maisons de bois

    Sang sur la neige étalée comme une robe de mariée

    On ne sait pourquoi

    Un peu déplacé

    Surgi de loin, de n'importe où

    Un christ triste sur sa croix

    Peut-être là pour se faire pardonner

    Mais le violoniste le bois contre la joue

    Ne le regarde pas

    Les petites gens affolés

    Courent en tous sens

    Ne le regardent pas

    Dans l'indifférence de leur souffrance

    Eux aussi portent leur croix

    Paul Obraska


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  • Sir John Everett Millais "Bulles"

    LA BULLE

     

    Une petite merveille ronde

    Naît de la pipe du gamin

    Démiurge aux petites mains

    Il vient de créer un monde

     

    La belle bulle de savon irisée

    Courbe les reflets de lumière

    S'élève gracieuse et légère

    Au-dessus de l'enfant étonné

     

    S'il est fier, il parait s'inquiéter

    Encore combien de temps

    Sa merveille va-t-elle durer ?

     

    Il sait qu'elle va bientôt crever

    Résigné, il attend ce moment

    Et se tient prêt à la remplacer

    Paul Obraska


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  • Pablo Picasso "La tragédie"

    COMMISERATION

     

    Un homme disait n'importe quoi

    Il disait qu'il était heureux

    Sans la moindre preuve

    Ça va de soi

    Dire que l'on est heureux !

    Pas étonnant que les gens s'en émeuvent

    L'être peut-être mais le dire !

    Et à des gens qui ne le sont pas

    Ou qui ne parlent que du pire

    Ou sont peut-être heureux

    Mais ne le savent pas

    Ou le cachent bien

    Pour ne pas provoquer le destin

    Montrer que l'on est heureux

    Ce n'est pas malin

    C'est de la méchanceté

    Ça rend les autres un peu malheureux

     

    Alors les gens attendent d'être vengés

    Oh ! sans se l'avouer

    Ils ne sont pas envieux

    Qu'allez-vous penser !

    Ils guettent seulement l'homme heureux

    Ses yeux rieurs et son sourire

    En espérant le voir s'évanouir

    Ils guettent l'ombre d'une peur

    Ils guettent un petit soupir

    Ils guettent un petit malheur

    Parce que le malheur ça arrive tout le temps

    Alors ils attendent le moment

    Patiemment

    De le plaindre de tout leur cœur

    En écrasant une larme en soupirant

    De bonheur

     

    Paul Obraska


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  • Constantin Korovin "Un pauvre tir"

    LE CHASSEUR

     

    Qu'il est doux le chasseur

    Qui fait peur aux oiseaux

    En tirant à terre

    Et le nez en l'air

    Les regarde s'envoler

    Un envol d'oiseau

    Est bien plus beau

    Qu'un oiseau tué

    Météorite de chair

    Le sang sur les ailes

    Empêche de voler

    Le sang qui s'en va

    Ne rend pas plus léger

    Il est si lourd sur les corps

    Qu'il les écrase sous son poids

    Les couche contre terre

    Et même

    Le sang qui s'en va

    Les fait entrer dedans

    Le sang n'est pas fait pour être dehors

    Il est fait pour tourner

    Dans une valse à trois temps

    A l'abri bien au chaud

    Et dehors il fait toujours froid

    Il ne fait jamais un temps

    A mettre le sang dehors

    Et pourtant

    Il sort


    Paul Obraska 

     

    Salvador Dali "Le voyeur"


    LE VOYEUR

     

    A travers ses lunettes

    A travers sa fenêtre

    A travers son écran plat

    Le voyeur voit les autres

    Ça ne le concerne pas

    Ça n'arrive qu'aux autres

    Il n'intervient pas, il compatit

    Même s'il a parfois de la peine

    Un spectateur reste assis

    Et ne monte pas sur scène

     

    Devant l'accident, il ralentit

    Les tôles froissées, les valises éventrées

    L'intimité étalée sur la chaussée

    Un cadavre et une flaque de sang

    Fascinant, de quoi émouvoir

    Et passer son chemin

    Ça n'arrive qu'aux autres

     

    Un désespéré tordu sur le trottoir

    Comment peut-on se suicider ?

    Un clochard sentant le vin

    Peut-être un drogué, un vaurien

    Comment peut-on se droguer ?

    Ça n'arrive qu'aux autres

    Pas aux siens

     

    Et les agressions, le sadisme, le viol

    C'est à la télévision

    Pour donner le frisson

    Entre deux réclames frivoles

    La faim, la misère

    Les tortures, les bombes, les tueries

    Et les guerres, les putains de guerres

    Ça n'arrive qu'aux autres

    Loin d'ici

     

    Et la maladie, le fauteuil roulant, la mort

    Ça n'arrive qu'aux autres

    Quoique...

    Paul Obraska


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  •  

    Camille Pissaro "Jeune paysanne portant un chapeau"


    LA SOUPE A LA CAMPAGNE

     

    C'est beau la nature

    C'est beau la verdure

    Un peu ennuyeux peut-être

    Que faire de ce calme champêtre ?

    Que faire sinon se promener et penser

    Penser fatigue bien davantage que marcher

    Alors on regarde autour, mais il n'y a rien à voir :

    Des champs verts à perte de vue ornés de corbeaux noirs

    Et des bovins qui mâchent entre leurs pattes leur pâte à mâcher

    On regarde les vaches qui daignent un regard mou en vous voyant passer

     

    Les poumons étonnés aspirent à pleines narines le pollen emporté par le vent

    On crotte ses souliers de ville dans la terre boueuse mâtinée d'excréments

    Les fourmis en cavale vous courent dessus si l'on s'assoie sur une racine

    On surveille d'un œil inquiet le vol hésitant des guêpes assassines

    On chasse les mouches qui trempent leurs pattes n'importe où

    Les molosses découvrent leurs crocs et tirent la laisse au cou

    Vigiles attachés aux fermes que l'on observe sans entrer

    Avec les poules caquetantes occupées à becqueter

    Dans la boue aux rigoles serpentines de purin

    Et sous les abois on passe son chemin

     

    Et toi jeune paysanne de Pissarro

    Qui porte si joliment ce chapeau

    Tu as l'air aussi triste que rêveuse

    Les mains déjà rougies et calleuses

    Tu rêves peut-être de la ville où l'on ne voit plus la terre

    Et où les fleurs sages sont en rang dans des parterres

    Où l'herbe disciplinée est enfermée dans des grilles

    Où tu n'auras plus l'ennui de souper en famille


    Paul Obraska


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  • Gustave Caillebotte "Intérieur"


    ENNUI

     

    La femme debout regardait par la fenêtre fermée

    Elle regardait sans regarder

    Elle ne se souvenait pas de son dernier rire

    Et poussa un discret soupir

    Son époux était dans son dos

    Il lisait son journal sans dire mot

    Installé dans son fauteuil

    Il tournait les grandes feuilles

    Dans un bruit de papier froissé

    Faisait-il semblant d'être absorbé ?

    Quel ennui !

    Depuis combien de temps n'avait-elle pas ri ?

    Elle avait des choses à dire

    Mais pourquoi les dire ?

    Il n'écouterait pas

    Des enfantillages encore une fois

    Dira-t-il d'un air indulgent

    En abaissant son journal brièvement

    Alors elle eu un petit rire silencieux

    En s'imaginant dans un geste malicieux

    Faire avaler son journal au triste mâle

    Content de lui

    Qui lui servait de mari


    Paul Obraska


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