• Noirmoutier-07-022.jpg

    PARTITION   Au soleil couchant Les mouettes se rassemblent Sur la grille des marais salants Les oiseaux assemblés ressemblent Aux notes blanches sur une portée Avec leurs hampes pointées Dans tous les sens   Au soleil couchant Les mouettes se déplacent en silence Alors que la fin du jour décline lentement Elles se posent en douceur les ailes repliées Sur les longues lignes de la portée en terre Leur blancheur se reflète dans l’eau salée Elles attendent ainsi la nuit de concert   Le soleil couchant Joue de sa lumière d’or En glissant sur les pages d’argent Sur les notes blanches qu’il colore Des tons d’un chant évanescent En brûlant le jour mort Sur les marais salants

    Paul Obraska
     
      

    LES FORMES DE L'EAU III

    PERTUIS   Il avait une vue imprenable sur le pertuis breton Les voiliers imprimés sur la mer bleue ou grise Et même par beau temps il avait la vue du pont Il humait l’odeur des algues amenée par la brise Et voyait au lointain l’infini azur de l’horizon   Sa vue plongeait sur les remparts Fantômes de pierre de Vauban Balcons de blocs gris dérisoires Où les promeneurs nonchalants Passaient sans lever un regard   Dans chaque mirador guettait une ombre Et en se haussant sur la pointe des pieds Par le pertuis étroit de sa cellule sombre Le prisonnier de Saint-Martin-de-Ré Avait une vue imprenable sur la liberté

    Paul Obraska

    DSC00379.JPG
    IL VENAIT CHAQUE JOUR   Il venait chaque jour sur le port Voir le ciel se briser dans la mer Les voiles pendues comme des corps Les bateaux ballottés ligotés à la terre   Il venait chaque soir sur le port Voir les dernières lueurs du jour Teinter les voiles d’un peu d’or Le long des quais gris de pierre   Il venait à chaque lever du jour Voir ses amis marins quitter le port Avant, il partait avec eux chaque matin   Les marins lui faisaient signe de la main Leur sourire perdu en s’éloignant du port Sur son fauteuil roulant, il goûtait les embruns

    Paul Obraska
     


    monet-impression.jpg

    Claude Monet "Impression au soleil levant"   IMPRESSION   Un homme dressé dans sa barque sombre La main sur sa rame abandonnée Contemple fasciné Le soleil effacer la nuit et façonner les ombres   L’œil rouge maquillé de mauve et de bleu Encore petit comme mal réveillé Saigne un peu Sur les écailles de l’eau glacée   Les braises froides des nuages lourds Couvent de leur inquiétante lumière Le bleu tendre et naissant du jour   L’azur commence à teinter la mer Par petites traînées de pleurs Sous le regard émerveillé du pêcheur


    Paul Obraska
       


    votre commentaire

  •  
    LES FILS DE LA MER   Nourris de la mer, poussés par le vent, les fils volages Quittent les flancs aquatiques pour nicher dans le ciel Dans la mer nourricière se reflète leur image Doucement balancée par la houle éternelle   Fils légers, inconstants, aux volutes diaprées Ils prennent leur envol incertain vers la terre La mer, épouse des gouffres immergés Oscille pesamment sous la caresse lunaire   Les fugueurs ne connaissent qu’un court destin Ils doivent rendre à la mer ce qu’elle leur a donné Fils prodigues, ils retournent en son sein   La mer possessive accueille dans ses flots Ses enfants vaporeux au périple aérien
    Matrice prolifique, elle reprend ses eaux

    Paul Obraska


    undefined VENTS Les vents écartelés, voyageurs invisibles Entre levant et ponant ou septentrion et midi Promènent sur la Terre leur force invincible De dépression en dépression jusqu’à la folie   Ils rendent ridicules même les plus beaux Décoiffent les dames et soulèvent leurs atours Courbent les hommes et volent leur chapeau Sous leurs risées, ils jouent de mauvais tours    Papiers et feuilles valsent en mesure Les ballons abandonnés roulent sans arrêt Les perruques dévoilent les tonsures Battent les portes, claquent les volets   Ils fouettent sans égard les drapeaux déchirés Les bâches arrachées ondulent comme des oiseaux Nappes retournées, chaises renversées Craquent les voiles, emportent les bateaux   Le grondement des vents grossit dans les bois Les arbres gémissent, les racines cramponnées Les ramures en folie se révulsent aux abois Dans un barrit ligneux, ils sont déracinés   Les vents irascibles secouent la mer Blanchissent ses crêtes hérissées Les vagues affolées se ruent sur la terre Et vomissent sur le sol leurs hoquets salés   Une brise persiste sur les lieux brisés Un zéphyr doucereux caresse les visages Une main légère pour se faire pardonner D’avoir, en colère, commis tant de ravages   La mer exténuée clapote sur les rivages Frangée de détritus, d’algues et d’épaves Lutteuse marquée par un combat sauvage Elle laisse stagner de sa bouche la bave

    Paul Obraska
      
    undefined
     POUTRES  Poutres mortes du ponton Clouées en croix sans crucifié Bois tondu par les moutons Des sempiternelles marées   Poutres plongeantes, rongées Par les algues et les coquillages Grimpés le long des travées Grappins vivants à l’abordage   La vie goulue grimpe sur les morts Engloutit lentement les carcasses Festin patient des corps sur les corps La volonté d’être aux plus voraces   Poutres du ponton battues par l’Atlantique Tréteaux où se joue un spectacle magique : Le secret de la mort transmutée en vie Par une prodigieuse et divine alchimie

    Paul Obraska

     


    6 commentaires
  •  
    LES FORMES DE L’EAU

      Tu n’es pas incolore : tu reflètes le ciel Tu n’es pas inodore : tu sens les algues marines Tu n’es pas insipide : tu es le sel Je ne t’ai jamais quittée : tu es en moi Mer intérieure, mer clandestine Je suis fait de toi  
    En sortant des ondes, je t’ai emportée
    Eau codée jetée sur la terre Poussé par le hasard et la nécessité Vers une aventure fabuleuse Je suis resté longtemps près de ton univers Près du sein de la mer accoucheuse   Puis l’eau a marché sur la terre Elle a pris les formes les plus belles Ou les plus grotesques Le sculpteur délirant et cruel M’a attribué une forme simiesque   Regarde ce que je suis devenu Je jette mes ordures dans tes flots Regarde cet inconnu Pirate gorgé de sang et d’eau Mais toujours assoiffé De la naissance au tombeau
    Jamais apaisé

    Paul Obraska



    DSC00326.JPG


    LES AMANTES   Va-et-vient des mers, amantes obstinées L’écume aux lèvres, les yeux scintillants Sur la peau granuleuse des côtes abandonnées Leurs bras étreignent les continents   Grosses d’une vie grouillante et fabuleuse De navires engloutis, de marins fascinés Elles veulent prendre les terres amoureuses Qu’elles ont jadis ensemencées   Avec la douceur câline ou la passion déchaînée          Des plaintes chuintantes ou de sourds grondements Elles se jettent à l’assaut des terres convoitées   Elles veulent sans relâche attirer les infidèles Les dissoudre encore une fois en leur sein mouvant Et revivre la Création dans une étreinte mortelle


    Paul Obraska


     

    MAREE BASSE   Avec un bruit de succion Comme un dernier baiser La mer s’est retirée Plus près de l’horizon   Chaque jour, sur rendez-vous Elle dévoile son intimité Relève sa robe et ses dessous Montrant ses touffes herbacées   Elle dénude en passant Les bateaux échoués Leurs ventres gonflés Dans le sable gluant   Elle viendra de nouveau Grande dame lunatique Recouvrir de ses flots 
    Ses dessous impudiques

    Paul Obraska



     

    DSC00432.JPG

    ALGUES
      Les hardes d’algues s’étalent sur la terre humide Abandonnées sur le sol par le corps de la mer Les traînées de guenilles verdâtres macèrent En exhalant dans l’air des effluves putrides   Les mouettes blanches à tête noire piaillent Leur corps de ballet tourne et plane Avant de fourrager les entrailles De la mangeoire océane   Comme les chercheurs de coquillages Buste incliné vers la boue puante Mollets nus ou bottes montantes   Un soleil gris argente les flaques du marécage Et les bateaux sur leurs quilles branlantes

    Se dressent ridicules privés de mouillage

    Paul Obraska






    CIMETIERE MARIN   Carcasses vides fendant la terre Boîtes dérisoires couchées sur le flanc Mâts dépouillés pointant dans l’air Sans pouvoir capter le vent   Poissons morts hors de l’eau Etalés sur le sable humide Après les ultimes soubresauts Immobiles sur la terre perfide   Squelettes rongés par les eaux Les poutres comme des côtes sans chair  Dressent leurs bouts d’os Epargnés par la mer   Leurs flancs ont porté tant de cargaisons Leurs coques ont sauté vagues et creux Leurs proues ont pointé tant d’horizons   Coursiers abattus entre terre et cieux Si beaux sur les flots et dans la risée Si laids ventre à l'air, les flancs troués

    Paul Obraska


    5 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique