• Le statut de coupable-victime

    Le statut de coupable-victime

    Être coupable et réclamer le statut de victime est une démarche qui devient coutumière. Un renversement de statut qui tente d’effacer ou de faire oublier les faits reprochés en réclamant la compassion due aux victimes, et en s’exonérant du même coup de toute culpabilité réelle après s’être fendu de quelques excuses destinées à forcer la compassion.

    Mais comme les faits sont là, la transmutation de coupable en victime exige néanmoins qu’un coupable soit désigné. Le coupable est évidemment celui qui révèle les faits incriminés car ceux-ci n’existeraient pas s’ils n’avaient pas été révélés, et/ou celui qui les exploite. Dans ce dernier cas, le coupable devient celui qui bénéficie de la révélation des faits délictueux, ce qui introduit évidemment la notion de complot.

    Un coupable, objet supposé d’une machination, acquiert le statut de victime de la machination. Le comploteur supposé a plus de noirceur machiavélique aux yeux du public que la victime - pourtant coupable - du complot évoqué, souvent sans preuve.

    Les politiciens pris la main dans le sac usent et abusent de cette stratégie avec plus ou moins de bonheur, mais elle est toujours crédible auprès de leurs partisans prêts à rejeter la responsabilité des travers de leur héros sur ses ennemis ou même sur les institutions coupables de le poursuivre injustement.

    Le statut de coupable-victime ne se limite pas aux individus mais est également recherché par des groupes humains qui s’exonèrent de leurs responsabilités et éventuellement de leur culpabilité en réclamant le statut de victimes.

    Ce statut est même recherché au niveau international : l’agresseur assure ne répliquer qu’à une agression de la part du pays agressé, et le dictateur se dit la victime de son peuple quand il se soulève, ce qui le conduit à le massacrer en prétendant défendre l’intérêt de la nation.

    Si dans l’histoire le statut de puissant était davantage recherché que celui de victime, aujourd’hui la victimisation tend à être privilégiée.

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  • Commentaires

    1
    Mardi 28 Mars à 20:01

    Le statut de victime est à ce point recherché que certains se livrent à des provocations pour pouvoir se plaindre de la répression qu'ils ont pourtant cherchée. Le fin du fin est de faire de la provocation l'expression de la revendication du statut de victime.

      • Mardi 28 Mars à 20:50

        En effet, la provocation peut provoquer une réaction prévisible qui permet alors de passer pour une victime

    2
    Mardi 28 Mars à 21:08

    Coucou Doc,

    En lisant votre billet je ne peux m'empêcher de penser à François Fillon qui utilise la victimisation à merveille pour brouiller le déroulement de la campagne électorale. C'est ce que les médias appellent l'effet Pasqua ... !!!

    Ce qui est certain, c'est qu'il n'y a pas de fumée sans feux, même présumé innocent, avec un télescopage de calendrier, il devra tout de même rendre des comptes à la république et aux français.

    Bonne soirée.

      • Mardi 28 Mars à 22:47

        Fillon est un exemple caricatural de la victimisation d'un coupable. L'affaire dans l'affaire comme disait Pasqua.

    3
    Mercredi 29 Mars à 08:59

    Vous avez eu raison de ne pas citer d'exemple, Doc. De cette façon, chacun lit votre article en ayant sa propre illustration en tête. Les uns Fillon, les autres les islamistes et d'autres encore ... pourquoi pas ? ce fameux "homme blanc" dont les sanglots vous agacent tant !wink2

     

    PS : Fillon se plaint essentiellement du calendrier et des fuites dans la presse. Et on peut comprendre au moins ça.

    Pourquoi communiquer à la presse des éléments qui n'ont pas été encore été communiqués officiellement au principal intéressé ?

    Quelle intérêt y avait-il par exemple d'inculper sa femme à une autre date que lui, sinon la volonté de mettre en place un calendrier de mises en examen pour permettre à la presse de faire plusieurs unes sur la même affaire ?

      • Mercredi 29 Mars à 09:30

        Je n'ai pas donné d'exemples car ce statut peut s'appliquer à de nombreuses situations. Ce statut C/V est comme une pièce de monnaie avec ses deux faces.

        Le cas Fillon est exemplaire. Fillon peut se plaindre de beaucoup de choses, le calendrier en est une en alimentant à ses yeux la notion de complot. Mais une éventuelle machination (qui reste à démontrer) n'atténue en rien sa culpabilité qu'il cherche à faire passer au second plan. La culpabilité tient surtout à l'accumulation des petits faits associés au non respect de la parole donnée ("je ne me présenterai pas si je suis mis en examen"). Ce personnage, outre l'absence de probité, manque totalement de dignité, ce qui, à mes yeux,  est difficilement compatible avec la présidence.

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