• Le droit à l’indifférence

    Le droit à l’indifférence

    Dans l’émission TV « ça balance à Paris » (Sur la chaîne « Paris 1ère »), des chroniqueurs font la critique de films, spectacles, livres, musique ou expositions… Les auteurs ou les acteurs sont parfois présents lors de ces critiques sans que les chroniqueurs le sachent, et ces derniers sont par la suite confrontés à ceux ou celles qu’ils ont critiqués. Confrontations qui, parfois, ne manquent pas de piquant.

    Dans l’émission de samedi dernier, une écrivaine d’origine algérienne dont le livre évoque les attitudes diverses des membres d’une famille magrébine en France, avait reçu des critiques élogieuses. Elle a eu cette réplique lors de son face à face avec les chroniqueurs : « je ne réclame pas le droit à la différence, mais le droit à l’indifférence ».

    « Le droit à l’indifférence ». Cette formule m’a frappé. Car le droit à la différence, tant prôné, a pour conséquence une segmentation de la société si les différences sont mises en exergue ou favorisées. Le droit à la différence a pour but d’éviter « discrimination » et « stigmatisation », mais c’est justement en mettant l’accent sur les différences de certains groupes que l’on attire sur eux l’attention et que d’autres peuvent ne pas tolérer cette différenciation.

    De la même façon, on peut remarquer l’effet contre-productif de l’inénarrable formule « issu de la diversité ». On peut être issu d’une mère, d’une famille, d’une ville, d’un pays mais sûrement pas d’une diversité. Cette formule n’a aucun sens, elle est hypocrite, prononcée la bouche en « cul de poule », pour de pas dire Français d’origine arabe, ou d’Afrique noire, car elle semble moins inclure l’origine asiatique.

    Que dire des « minorités visibles » pour ne pas dire noires (black étant plus prisé) comme si les blancs n’étaient pas visibles. Distinction qui, paradoxalement, a une connotation raciste.

    Alors je trouve que le « droit à l’indifférence » revendiquée par cette écrivaine d’origine algérienne est bien plus juste. Indifférence à la personne, à son physique, à la couleur de sa peau, à ce qu’elle est. Ce qui ne veut pas dire que l’on doit être indifférent à ce qu’elle fait, et admettre des attitudes et des actes qui contreviennent aux mœurs du pays. Il est impossible d’être indifférent à la domination de l’homme sur la femme, à des pratiques comme l’excision ou au rejet, jusqu’à être meurtrier, du pays qui l’accueille.

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  • Commentaires

    1
    Mardi 25 Février 2014 à 20:03

    Je suis entièrement d'accord avec vous sur le vocabulaire politiquement correct qui finit par souligner les différences en affectant de ne pas vouloir  les remarquer.

    Et aussi sur le droit à l'indifférence à condition que ceux qui le réclament n'affichent pas leur différence en revendiquant de la part de la société un traitement particulier.

    2
    Mardi 25 Février 2014 à 20:56

    Bien sûr, le droit à l'indifférence ne tient que si l'on ne revendique pas ses différences. C'est du donnant-donnant.

    3
    Mardi 25 Février 2014 à 21:09

    En phase avec votre analyse. Mais j'ai envie de dire à cette dame que si le "droit à l'indifférence"  veut dire  "laissez-nous tranquille, foutez-nous la paix" , la société française (dans toutes ses composantes) pourrait , elle aussi, légitimement réclamer ce droit  !

    4
    Mardi 25 Février 2014 à 21:21

    Très bonne analyse Doc, et ce droit à l'indifférence réclamé par cette femme est très judicieux. Bonne soirée Doc. ZAZA

    5
    Mardi 25 Février 2014 à 23:18

    Quand en plongée un requin pellagique vient à passer dans votre champ de vision vous comprenez ce que veut dire cette phrase : le plus beau cadeau qu'il puisse vous faire c'est l'indifférence.

    Il me semble que dans le champ social, au niveau de l'individu (on y revient toujours assez vite) l'indifférence est antinomique de l'empathie. Essayez de ne pas penser à une girafe. Il nous faudrait une finesse toute robotique pour vivre le concept.

    Excellent concept de critique télévisée, je vois pour le coup que ça n'ajoute pas qu'à l'information littéraire mais aussi au spectacle ; nos difficultés du vivre ensemble apparaissent comme une production de très haute technicité.

    L'indifférence ? C'est ce que cultive le "petit écran". Comme l'a justement subodoré Carlus ce nouveau droit n'est qu'une réclame pour le huis clos en plein air, une sorte de pipeau louant le libre arbitre.

    Personnellement Doc, l'abus de langage que je déteste entendre c'est les gens lorsqu'ils se basent.  Les hélicos se basent, les hommes eux se fondent ;-)

     

    6
    Mercredi 26 Février 2014 à 18:12

    @ CARLUS. C'est bien pour cette raison que j'ai ajouté que l'indifférence ne doit porter que sur la personne et pas sur ses actes ou ses attitudes.

    7
    Mercredi 26 Février 2014 à 18:13

    @ ZAZA. A condition qu'elle ne porte que sur ce qu'elle est par sur ce qu'elle fait.

    8
    Mercredi 26 Février 2014 à 18:41

    @ DJEFBERNIER. A mon avis, ce droit à l'indifférence devrait être plutôt un droit d'indifférenciation. Ne pas considérer les différences comme prioritaires, ce qui aboutirait à un multiculturalisme dont cette écrivaine ne semblait pas être partisane (si j'ai bien compris sa pensée).

    NB Votre blog est sur over-blog. je publie également mes articles sur cette plateforme. Lorsque je clique sur votre nom ici, je ne peux pas obtenir votre blog.

    9
    Mercredi 26 Février 2014 à 20:05

    Sur over-blog en effet, un endroit inconfortable et prétentieux... faudra y aller avec les doigts :-)un blog éponyme, un modèle qui favorise le rebond, je n'ai jamais aimer m'engager, mais écrire oui. Et puis lire aussi. Blogosphère, c'est super au lieu d'aller bosser^^

    10
    Mercredi 26 Février 2014 à 20:52

    ça travailler les méninges yes

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