• "Et ça continue, encore, et encore"

    "Et ça continue, encore, et encore"

    Bien que sans rapport avec ce dessin, il m'a paru intéressant de reporter un article d'Aurélie Haroche édité aujourd'hui dans le Journal international de Médecine sur le catastrophisme écologique :

     

    On va tous mourir : c’est grave, docteur ?

    Paris, le samedi 8 juin 2019 – Puisque certains de nos articles sont régulièrement critiqués pour les "idéologies" qu’ils paraîtraient servir (pro vaccin, pro pesticide voire d’une manière globale pro industrie), nous avons estimé qu’il n’y avait guère de risque majeur supplémentaire (mais comment l’évaluer ?) à évoquer la question des discours écologistes catastrophistes, autour du réchauffement climatique. Doutant qu’elle soit suffisante pour éviter toute remarque, nous ne manquerons néanmoins pas, par principe, de prendre une précaution : rappeler en préambule que nous ne nions nullement la réalité du réchauffement climatique, ni la responsabilité des activités humaines dans ce phénomène. Cependant, nous estimons qu’il n’est pas inutile de s’interroger sur les discours qui sont véhiculés autour de ce thème, sur leur pertinence et leurs limites ; comme nous le faisons dans ces colonnes quotidiennement sur de nombreux autres sujets.

    Le sacrifice de la (peut-être même pas) dernière chance

    Il faut éviter avec un zèle parfait toute source d’information pour ne pas savoir que la fin de la planète ou de l’humanité (ou les deux) est (très) proche. Et que si nous ne faisons rien, elle le sera plus encore. « C’est donc partant de ce postulat aussi sain que pondéré et malgré la logique un peu scabreuse qui admet bizarrement que la catastrophe est certaine mais qu’il n’est pas trop tard pour se sacrifier qu’on se retrouve actuellement avec une véritable bousculade de petits articles (…) dont l’idée générale est qu’avec ce qu’on observe actuellement, c’est certain, nous allons tous mourir » résume ironiquement l’auteur du blog Hastable sur le site Atlantico.fr dans un billet intitulé La maladie catastrophiste de l’écologie.

    Souviens-toi d’Haroun Tazieff

    En réalité, cela fait longtemps que l’on nous promet une mort certaine. Il n’a pas fallu attendre Greta Thunberg, jeune fille suédoise qui depuis quelques mois a été accueillie par de nombreuses instances dirigeantes pour professer sa triste parole. Certains se souviennent ainsi par exemple qu’en 1992 une enfant de 12 ans, Severn Cullis-Suzuki avait fait sensation lors du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro où elle avait tenu un discours remarqué sur l’état inquiétant de la planète. Au-delà de ces rafraichissantes prises de paroles juvéniles, depuis plusieurs décennies, scientifiques, journalistes, responsables politiques, vedettes de cinéma, peoples, n’hésitent pas à tenir des propos apocalyptiques pour éveiller les consciences.

    Le hic : certaines des prévisions funestes ne se sont pas réalisées. C’est que ce décrypte sur le blog collectif Mythes mancies et mathématiques  (blog tenu par Benoît Rittaud enseignant chercheur en mathématiques à l’université Paris-13), Cédric Moro (Consultant indépendant sur les risques majeurs) (les participants à ce blog se présentent généralement comme « climato-réalistes »). « Les discours alarmistes sur le climat ne datent pas d’hier. Grâce à la numérisation des archives audio-visuelles et à leur mise en ligne sur internet, il est possible aujourd’hui de démentir les prévisions climato-catastrophistes assénées de manière très officielle dans la deuxième moitié du siècle dernier » observe-t-il. Il cite entre autres l’exemple d’Haroun Tazieff qui en 1979 affirmait que « des pays entiers » seraient « noyés sous les eaux en l’an 2000 » ; une prédiction, qui concernait par exemple la ville de Nice, qui heureusement (pour le tourisme) ne s’est pas vérifiée.

    Celle qui deviendra Famine…

    Après avoir également cité (entre autres) les « prophéties les plus apocalyptiques » de René Dumont, il évoque le rapport sur les changements climatiques publié en 2007 par le GIEC. « Pour l’Afrique, le GIEC écrivait noir sur blanc en 2007 : "D’ici 2020, 75 à 250 millions de personnes devraient souffrir d’un stress hydrique accentué par les changements climatiques.  Dans certains pays, le rendement de l’agriculture pluviale pourrait chuter de 50 % d’ici 2020. On anticipe que la production agricole et l’accès à la nourriture seront durement touchés dans de nombreux pays, avec de lourdes conséquences en matière de sécurité alimentaire et de malnutrition" ». Alors que nous approchons dangereusement de 2020, nous pouvons avec soulagement constater qu’ « aucun des pays d’Afrique n’a vu chuter les rendements de son agriculture pluviale de 50 % sur ces 12 dernières années pour des raisons d’origine atmosphérique. C’est même la tendance tout à fait contraire. La sous alimentation en Afrique est d’abord liée à la présence de conflits et pour les dernières années (…) par la présence d’un phénomène El Niño particulièrement puissant en 2015-2016, phénomène naturel et limité dans le temps. Dans tous les cas, même si le problème de la malnutrition et de la sous-alimentation est un enjeu majeur pour l’humanité entière et pour le continent africain en particulier, force est de constater que les prévisions du GIEC sur l’impact majeur du climat dans ce domaine se sont avérées fausses. En 2016, il y avait environ 224 millions d’Africains souffrant de sous-alimentation toutes causes confondues (guerres, instabilités politiques, spéculations, récessions, inflations, faiblesse des prix à l’export des matières premières, aléa météorologiques exceptionnels et enfin, tendance climatique…). Selon la FAO elle-même, les conflits (et non le climat) sont la première cause de sous-alimentation : "En Afrique subsaharienne, la majorité des personnes sous-alimentées en 2016 vit dans des pays touchés par des conflits". La FAO parle bien du "changement climatique" comme d’un facteur important affectant la sécurité alimentaire du continent mais lorsque l’on y regarde de plus près, elle y inclut en fait n’importe quel aléa météorologique, comme il y en a toujours eu sur le continent, mettant l’occurrence d’un événement météorologique catastrophique telle qu’une inondation, une sécheresse ou un cyclone d’une année particulière sur le compte du changement climatique (…). Dans tous les cas, les scénarii catastrophiques du GIEC sur la baisse drastique de la production alimentaire et l’augmentation sensible de la malnutrition en Afrique, pour des raisons climatiques, ne sont pas produits ».

    Le jour des fous

    Certains pourraient considérer que si la fin (et non la faim) justifie les moyens, est-ce si grave de se tromper ? Beaucoup de tenants des discours catastrophistes estiment en effet que l’urgence est telle qu’elle peut bien souffrir quelques approximations. Pourtant, ce catastrophisme pourrait se révéler contre-productif, voire dangereux.

    Contre-productif quand les prophéties sont tellement marquées que certains jugent qu’elles relèvent d’un délire psychiatrique. C’est ainsi que le docteur Laurent Alexandre dont on sait qu’il ne redoute jamais d’être attaqué sur les réseaux sociaux qualifie certaines sorties récentes : « La dérive psychiatrique du discours écologique est grave. Fred Vargas explique que 4 milliards de terriens vont mourir de chaleur dans les prochaines années et sur Europe1 Apathie affirme qu’il fera 55 degrés en France dans 30 ans. Il faut plus de psychiatres ! » a-t-il ainsi déploré cette semaine sur Twitter, alors qu’il a régulièrement regretté que la forme d’autisme dont souffre Greta Thunberg n’ait pas conduit ses parents à vouloir la protéger davantage des possibles manipulations médiatiques.

    Mort du catastrophisme éclairé

    Au-delà de ce risque de ridiculisation du discours, même si beaucoup continuent à croire en la force de « l’heuristique de la peur défini par Hans Jonas » qui veut que « toute peur n’est pas nécessairement paralysante » comme le rappelait récemment le politologue Luc Semal dans Libération, certains commencent à voir les limites de cette mécanique. Sur son blog hébergé par Mediapart, Nicolas Haeringer, membre de l’ONG environnementale 350.org prend ainsi ses distances. « La catastrophe est un objet politique complexe, difficilement saisissable » observe-t-il en préambule avant d’évoquer le cas de Nicolas Hulot. « Longtemps, Nicolas Hulot a cru (…) au "catastrophisme éclairé". Il était convaincu que l’idée même de l’inéluctabilité de la catastrophe finirait bien par nous pousser à agir. La catastrophe de trop finirait bien par arriver, non pas celle de trop dans le sens où elle rendrait la terre définitivement invivable. Celle de trop dans le sens où nous cesserions d’accepter de subir le cours des choses. Cette approche est loin de faire l’unanimité, en particulier auprès de celles et ceux, dont je suis, qui sont convaincu.e.s que les mobilisations sociales sont le facteur décisif de changement car nous savons que les êtres humains, lorsqu’ils et elles s’organisent ensemble, ont une extraordinaire capacité à faire bouger la ligne démarquant ce qui est possible de ce qui ne l’est pas » écrit le militant.

    Dévoiement du discours scientifique pour servir une religion

    Ce détachement de cette doctrine du catastrophisme s’explique notamment par la prise de conscience que ces discours catastrophistes pourraient servir des idéologies politiques non démocratiques. Ceux qui pourfendent avec une ironie incisive les discours catastrophistes le pressentent bien quand ils établissement des parallèles entre l’écologie apocalyptique et les religions. « On nous propose une flagellation d’ampleur biblique, l’expiation de nos péchés d’Occidentaux dodus par un supplice quasi-génocidaire avec zéro assurance que ça serve quelque chose » écrit par exemple l’auteur d’Hashtable. Plus constructifs que ces critiques épidermiques, Antoine Chellet et Romain Felli, deux politologues suisses (Institut d’études politiques, historiques et internationales, Université de Lausanne) ont décrit en 2015 dans la revue VertigO les incompatibilités entre la démocratie et le catastrophisme futuriste. Parmi de nombreuses observations pertinentes, les deux auteurs évoquent entre autres les décalages entre les discours scientifiques et les théories catastrophistes relevant : « la littérature scientifique a aujourd’hui en partie abandonné la perspective uniquement centrée sur les impacts, et le catastrophisme implicite qu’elle impliquait. Ce changement dans le discours scientifique reste cependant très largement ignoré des discours catastrophistes qui mobilisent, de manière tronquée, les analyses des spécialistes du réchauffement climatique pour valider leurs prédictions».

    Totalitaires or not ?

    Plus globalement, ils observent « Les images du futur qui sont utilisées dans les discours catastrophistes  (…) produisent des positions politiques antidémocratiques ». Ils le mettent en évidence en signalant comment ces théories sont concentrées sur la défense conservatrice d’ordres établis (et naturels) censément meilleurs. Beaucoup d’ailleurs rappellent comment ils ont pu servir et servent des déclarations eugénistes (que l’on a pu entendre par exemple dans la bouche de René Dumont ou qui conduisent certains extrémistes à refuser de se reproduire pour réduire leur empreinte carbone... et protéger une planète vide de sa population). Face à cette situation, les deux auteurs préconisent « de réaffirmer un principe d’incertitude » et de promouvoir une « analyse de la multiplicité (et de l’imbrication) des crises du métabolisme socio-écologique ». Mais tous ne partagent pas une telle appréciation. Ainsi, Luc Semal maître de conférences en science politique au Muséum national d’histoire naturelle juge pour sa part que « Le catastrophisme peut contribuer à esquisser une démocratique écologique » à travers les mobilisations et les participations citoyennes.

    Mensonge pieux ou stratégie de la peur ? Pour vous faire une idée sur la rhétorique de la catastrophe et sur les dangers de crier au loup trop tôt, vous pouvez lire :

    Les écrits d’Hashtable : https://www.atlantico.fr/decryptage/3566327/la-maladie-catastrophiste-de-l-ecologie

    Le blog Mythes, mancies et mathématiques : https://mythesmanciesetmathematiques.wordpress.com/2018/10/15/le-catastrophisme-climatique-des-annees-60-a-80-a-lepreuve-des-faits/

    Les interventions de Laurent Alexandre sur Twitter : https://twitter.com/dr_l_alexandre?ref_src=twsrc%5Egoogle%7Ctwcamp%5Eserp%7Ctwgr%5Eauthor

    L’interview de Luc Semal dans Libération : https://www.liberation.fr/debats/2019/05/08/luc-semal-le-catastrophisme-peut-contribuer-a-esquisser-une-democratie-ecologique_1725713

    Le blog de Nicolas Haeringer : https://blogs.mediapart.fr/nicolas-haeringer/blog/030918/le-catastrophisme-desenchante

    L’article d’Antoine Chellet et Romain Felli et dans VertigO :https://www.erudit.org/fr/revues/vertigo/2015-v15-n2-vertigo02433/1035830ar/

     

    Aurélie Haroche

    Copyright © http://www.jim.fr

     

    « Rompus du 7.06.19290. La secte des « antivax » »

  • Commentaires

    1
    Samedi 8 Juin à 17:38

    Ce sont des ecolos catastrophiques, il y a beaucoup de chercheur qui dénient ce catastrophismes!

      • Samedi 8 Juin à 18:20

        La catastrophe étant inéluctable pour eux, on se demande pourquoi nous devrions changer notre mode de vie.

    2
    Samedi 8 Juin à 20:09

    Oui... mais si on écoute la zoologue, médiéviste, écrivaine (ou auteuse ?) et soutien people des Brigades Rouges Fred Vargas et le vieil Apathie... Alors, bien sur... autant se fier à Aymeric Caron tant qu'on y est !

    A défaut, on peut lire cet article sur "Causeur" et sa petite devinette d'introduction...

    "Jeunesses écologistes" : la marque de la bête? Greta Thunberg et le point Godwin 

    Depuis le national-socialisme, aucun mouvement idéologique n’avait appelé les enfants et les adolescents à défiler pour en remontrer au monde adulte… 

     

    (je voulais en faire un article, mais la perspective de passer pour un obsédé textuel de et par la petite Greta et l'antériorité de votre article fait que je vous confie le lien)

      • Samedi 8 Juin à 20:43

        Article bien caustique. Il y a 8 ans (exactement, à 1 jour près) j'avais fait un article : "Faut-il avoir peur de l'écologie ?"

      • Samedi 8 Juin à 21:28

        Je viens de le lire, avec tous ses commentaires.

        J'avais aussi mis en ligne "Hé... Ho... les Verts !" avec un lien que l'article de votre Journal international de Médecine ne reprend pas http://www.skyfall.fr/ qui mérite d'être consulté malgré une mise à jour hasardeuse.

      • Samedi 8 Juin à 22:58

        Bien sûr, je suis allé lire. Il est toujours intéressant de consulter ceux qui ne suivent pas la pensée dominante, mais comme vous le savez je suis assez réticent devant les thèses complotistes sans preuves sérieuses à l'appui.

    3
    Souris donc
    Dimanche 9 Juin à 08:40

    Vivement le réchauffement climatique !!! Ce matin 9 juin à 8h21, le thermomètre affiche 13° (au sud de la Loire). Hier soir, j'ai refait du feu dans la cheminée.

    Les météorologues savent que l'activité solaire, volcanique, océanique, a un rôle dans la variabilité climatique, qu'au Moyen-Age on a eu de ces épisodes de réchauffement-refroidissement, alors que l'activité humaine ne ressemblait en  rien à l'actuelle. Et la démographie non plus.

    Tous ces alarmistes ne doivent pas avoir fait trop d'études scientifiques. Je les vois plutôt sortis de psycho-socio. Bon, on a Hulot qui a fait 6 mois de médecine.

     

      • Dimanche 9 Juin à 08:52

        C'est du lèse-Greta. 6 mois de médecine ! Comme vernis scientifique, ce n'est pas épais.

      • Dimanche 9 Juin à 10:57

        En fait, on ne dit plus "réchauffement climatique", mais "dérèglement climatique" (ou "changement").

         

      • Dimanche 9 Juin à 11:51

        C'est en effet une notion plus large, on peut y mettre ce que l'on veut : typhons, ouragans etc...

    4
    Dimanche 9 Juin à 14:41

    Je note souvent avec amusement que lorsqu'il fait beau à contre-saison , il n'est jamais fait mention dans la presse ou à la télé d'un quelconque  dérèglement climatique. En fait, le dérèglement climatique c'est seulement quand ça nous dérange.

    Je constate aussi que quand on balance le fameux chiffre de un milliard de réfugiés climatiques d'ici à 2050, c'est principalement à l'Europe qu'on s'adresse, Ce qui voudrait dire ou bien que l'Europe serait le seul continent qui restera à l'abri du dérèglement climatique, ou bien que sur ce continent de 500 millions d'habitants, il reste assez de place pour loger un milliard de nouveaux-venus.  

      • Dimanche 9 Juin à 14:47

        Mais l'Europe est le continent le plus proche de l'Afrique et le plus perméable, c'est donc elle qui risque d'être inondée malgré la sécheresse.

    5
    Dimanche 9 Juin à 17:23
    Pangloss

    Je remarque que Xavier Gorse, s'il aime le peuple, méprise le populo.

    Quand à la catastrophe qui s'annonce (ou qu'on nous annonce, c'est selon), elle est inévitable parce qu'on ne peut pas changer notre mode de vie même si on le voulait et non pas parce que, puisqu'elle est inévitable, nous refusons de changer notre mode de vie.

      • Dimanche 9 Juin à 17:37

        Le populo n'est pas sacré parce que populo. 

        Je reconnais là votre pessimisme, mais dans la mesure où notre mort est certaine, je ne peux pas vous donner tort.

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