• Errances

    Errances

    Cette tête de Saint Jérôme a été magnifiquement peinte par José de Ribera, peintre du XVIIème, fasciné par ce saint puisqu’il l’aurait représenté 47 fois ! Ribera né en Espagne, partit très jeune en Italie, il se fixa à Naples et y fut protégé par les vice-rois espagnols, une bonne partie de l’Italie faisant partie du royaume d’Espagne.

    C’est qu’à cette époque l’Europe était un grand gâteau que les rois et le reines se partageaient entre eux, leur domaine pouvant s’agrandir ou se rétrécir au gré des mariages et des héritages et les querelles de famille se résolvaient par des guerres où l’on ne cassait pas la vaisselle mais les peuples. L’Europe était en quelque sorte unie par les familles royales dans une consanguinité festive.

    De ce fait, nombre de personnages se comportaient plus en européens qu’en « nationaux ». Descartes a passé plus de temps dans divers pays européens qu’en France et mourut en Suède. L’Italien Da Ponte, le librettiste de Mozart, erra à travers l’Europe pour finir en Amérique. Le Vénitien Casanova, grand baiseur devant l’Eternel, voyagea dans toute l’Europe pour terminer une vie bien remplie en Bohême. Ce ne sont que quelques exemples de ces « transnationaux » du XVIIe et du XVIIIe siècle qui considéraient l’Europe entière comme leur pays et qui n’hésitaient pas à se fixer quelques années loin de leur lieu de naissance mais aussi sans hésiter à quitter le pays adoptif par convenance ou par nécessité.

    Quant à Saint Jérôme, à cheval sur le IVe et le Ve siècle, il est né en Dalmatie, séjourne à Trèves, baptisé à Rome (à l’âge de 19 ans), passant par Constantinople et ordonné prêtre à Antioche, ville turque proche de la Syrie, et c’est dans ce dernier pays qu’il passa plusieurs années seul dans le désert. Après être retourné un temps à Rome, il mourut en Palestine. Ce Jérôme n’était pas tendre envers lui-même et c’est sans doute ce qui fascina Ribera. Rien n’est plus expressif qu’un visage de pénitent. Je n’ai reproduit que le visage, mais dans le tableau, St Jérôme sert sur son cœur – il fallait s’en douter – un crâne humain, et il a décrit lui-même avec délectation les souffrances qu’il s’infligeait dans son délire pieusement masochiste : « …Cette chair révoltée que j’essayais de dompter par des semaines de jeûnes […] brûlée par les ardeurs du soleil […] avec une pellicule de crasse qui me faisait une peau d’Ethiopien ».

     

    MORBIDE

     

    Les martyrs pour ne pas vivre la mort en vain,

    Ne doivent pas disparaître sans souffrir.

    Les saints rencontrent dans la mort leur destin,

    Pour exister, ils doivent d’abord mourir.

     

    Plus les chairs flagellées ruissèlent de sang,

    Plus les fidèles en garderont le souvenir.

    Les croyants clapotent dévotement

    Dans le sang des martyrs.

     

    Les fidèles dissèquent les agonies,

    Contemplent les dépouilles torturées,

    Les stigmates des chairs meurtries,

    Et les restes des corps déchiquetés.

     

    Adorateurs inlassables des sacrifiés,

    Collectionneurs de reliques mortuaires,

    Clouant sur les murs un supplicié cloué,

    Un gibet au cou et aux flancs une haire.

    Les spectacles sanglants ne sont pas gratuits,

    Pour le sacrifice que personne n’a demandé,

    Il sera exigé des fidèles un prix :

    La culpabilité.

     

    Paul Obraska

    « Prêche dans le désertJusqu’au bout »

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 29 Novembre 2013 à 18:39

    Culpabilité de ceux qui croient qu'un innocent a été supplicié pour "racheter" (?) leurs péchés.

    Un mot de Cavanna (je cite de mémoire): "Si Jésus avaient été empalé au lieu d'être crucifié, la  religion chrétienne n'aurait pas été la même"

    Interrogeons nous par exemple sur le signe qu'on aurait du faire au lieu du signe de croix.

    2
    Vendredi 29 Novembre 2013 à 18:52

    On a accusé longtemps (et on le fait toujours) les juifs d'avoir été déicides. Ce qui est inexact, mais les chrétiens devraient les en remercier, car sans ce supplice (romain) le christianisme ne serait sans doute pas né ou n'aurait été qu'une secte sans lendemain. Cavanna met le doigt... sur les hasards de l'histoire.

    3
    Vendredi 29 Novembre 2013 à 19:17

    Les Juifs déicides? Encore une aberration de l'antisémitisme!

    Un argument qui ne devrait pas concerner les athées dont certains sont quand même antisémites.

    4
    Vendredi 29 Novembre 2013 à 19:49

    Comme les juifs non religieux (ils sont la majorité) sont strictement semblables aux antisémites, il  faut bien que ceux-ci inventent des arguments dont le Protocole de Sion est le meilleur exemple. Il est vrai que le conflit palestinien est aujourd'hui une source renouvelée de haines.

    5
    Samedi 30 Novembre 2013 à 11:13

    Le conflit palestinien n'est qu'un conflit territorial. Malheureusement, ils sert de prétexte et  fournit même l'absolution à l'antisémitisme arabe; mais pas seulement arabe.

    6
    Samedi 30 Novembre 2013 à 14:13

    Je suis d'accord.

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